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Pourquoi Voie Prolétarienne n’a pas signé "l’Appel aux marxistes-léninistes, aux ouvriers et aux opprimés du monde entier" ?

Appel signé par le Parti Communiste de Ceylan, le groupe marxiste-léniniste du Sénégal, le groupe pour la défense du marxisme-léninisme (Espagne), Mao Tsé-Toung-Knedsen (Danemark), collectif marxiste-léniniste et groupe communiste de Nottingham (Grande Bretagne), groupe drapeau rouge (Nouvelle Zélande), organisation communiste prolétarienne m-l (Italie), Parti Communiste Révolutionnaire du Chili, Pour l’Internationale Prolétarienne (France), Comité de réorganisation du Parti Communiste d’Inde (m-l), Parti Communiste Révolutionnaire (USA), Union Communiste Révolutionnaire (République Dominicaine).
Cet appel sera la base de la constitution en 1984 du MRI - Mouvement Révolutionnaire Internationaliste, principal regroupement international des organisations maoistes. Il disparaîtra au début des années 2000.
Le texte ci-dessous de janvier 1981 est la critique de l’OCML VP du premier appel.

 

I. OUI, LES COMMUNISTES DOIVENT S’UNIR

 

La restauration du capitalisme en Chine après la mort de Mao Zedong a causé de grands troubles dans les rangs des marxistes-léninistes à travers le monde. Deux voies s’ouvraient alors.

 

La voie de la liquidation entreprise sous des formes différentes par le Parti du Travail d’Albanie (PTA), ses émules et plus largement par les compagnons de route de la révolution, issus pour l’essentiel des rangs de la petite-bourgeoisie lors des événements de l ’année 68. Devant ce nouveau revers, les liquidateurs ne se contentent pas de baisser les bras. Ils voudraient faire tourner la roue de l’histoire à l’envers et rayer de la conscience révolutionnaire du prolétariat mondial l’expérience la plus élevée, pour bâtir le communisme, réalisée par le prolétariat et les masses chinoises lors de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne (GRCP). Mais on n’efface pas l’histoire concrète des .hommes, avec des idées ou des paroles. Des millions de femmes et d’hommes ont soutenu et repris à leur compte cette tentative, concrète et vivante, de détruire les rapports sociaux capitalistes d’exploitation et d’aliénation, d’abolir la division sociale du travail, de faire dépérir l’Etat, de lutter pour le Communisme. Aujourd’hui encore des combattants de par le monde font vivre ces enseignements.

 

Portés par cette force, des communistes ont relevé le défi idéologique et pratique de la liquidation. Ils ont réaffirmé combien était précieuse l’œuvre révolutionnaire du prolétariat et du peuple chinois et de son dirigeant Mao Zedong. Ils ont même puisé, à travers le bilan de ce nouveau revers, de nouvelles énergies pour élever leur conscience révolutionnaire. Notre organisation « Voie Prolétarienne » s’est engagée fermement dans ce combat et a soutenu les forces internationales qui s’engageaient dans cette voie dans l’espoir d’apporter et de recevoir l’aide internationaliste nécessaire aux combattants du communisme. Nous avons ainsi soutenu les camarades du RCP-USA et diffusé l’ouvrage de J, WERNER, « 
Riposte à l’attaque dogmato-révisionniste sur la pensée de Mao Tsé Toung ». De même nous avons traduit et publié le document des camarades du PCR-Chili « Evaluation de l’œuvre de Mao Tsé-Toung ». Nous avons également développé plus largement la connaissance des forces internationales, combattu certaines initiatives d’arrière-garde purement liquidatrices ou qui, sous prétexte d’éviter les délimitations superficielles « à propos de Mao », formaient le vœu illusoire de réunir tout ce que l’étiquette marxiste-léniniste pouvait recouvrir, des liquidateurs les plus ouverts aux maoïstes de la plume. Nous avons enfin soutenu la constitution d’un pôle de gauche avec objet « d’aborder le débat théorique et politique au fond », c’est-à-dire de mener le vrai débat sur la ligne générale, concrète et vivante, actuelle et combattante, qui clarifierait les enjeux politiques de l’attaque contre la GRCP et l’œuvre de Mao et permettrait « d’unir les marxistes-léninistes et de se séparer des opportunistes » (résolution du Comité Central du 7 juillet 1979).

 

Parmi les plus récentes initiatives, nous avons reçu et discuté un projet de texte préparé conjointement par le RCP (USA) et le PCR (Chili) ainsi que l’appel ci-joint signé par plusieurs organisations et partis marxistes-léninistes.

 

Notre organisation « Voie Prolétarienne » n’a pas signé cet appel. En voici les raisons.

 

II. QUELLE RUPTURE POUR RECONSTRUIRE UN MOUVEMENT COMMUNISTE INTERNATIONAL ?

 

L’Appel indique (p7) : « L’unité ne peut se faire que sur la base de lignes de démarcation nettes et bien fermement tracées par rapport au révisionnisme et à l’opportunisme sous toutes ses formes ». C’est là une position que nous approuvons pleinement.

 

Aujourd’hui comme lors de la faillite de la 2ème IC, on retrouve à l’ordre du jour des questions cruciales telles que l’attitude par rapport à la guerre impérialiste, la question nationale dans les pays opprimés par l’impérialisme, le réformisme et le légalisme dans la lutte révolutionnaire. Sur toutes ces questions nous pouvons et devons nous appuyer sur les combats que mena Lénine. Toutefois certaines conditions ont changé, et il faut aussi analyser des phénomènes nouveaux comme l’évolution de l’impérialisme et de sa crise, la décolonisation et surtout le fait que le socialisme ait eu une longue existence sur presque la moitié du monde. Le bilan du Mouvement Communiste International (MCI) aujourd’hui, de ce fait, c’est bien avant tout celui de cette expérience historique, qui est le phénomène le plus avancé, le plus caractéristique du monde contemporain. C’est pourquoi la question que doit avant tout résoudre le prolétariat aujourd’hui est : pourquoi a-t-il perdu le pouvoir, qu’est-ce vraiment que le socialisme et la dictature du prolétariat, quelle lutte pour aller au communisme ? C’est ici que se trouve à l’évidence la différence la plus profonde et la plus riche entre la rupture 2ème/3ème IC et la rupture actuelle à opérer avec la 3ème IC. Et c’est bien pourquoi l’attitude par rapport aux enseignements de la GRCP et à la nécessité de poursuivre et approfondir sur cette base la rupture par rapport au révisionnisme moderne est la première pierre de touche, comme l’était entre 1914 et 1920 l’attitude par rapport à la guerre mondiale.

 

Notre situation diffère aussi de celle des communistes fondateurs de la 3ème IC en ce qu’il n’existe pas encore de noyau d’avant-garde, de pôle structuré, de parti expérimenté et avancé comme l’était le parti bolchevik de Lénine, capable de jouer un rôle de centre. A cette époque, la révolution allait de l’avant, et la révolution d’Octobre 17 devint le phare de l’Internationale renaissante. Aujourd’hui la GRCP s’est achevée sans qu’elle ait pu, qu’elle ait eu pleinement le temps, de jouer ce rôle. De ce fait, la rupture « maoïste » n’a pas été clairement et nettement achevée jusqu’à la reconstruction du MCI sur la base d’un programme communiste. D’où l’ampleur de la débandade actuelle parmi les forces se réclamant du marxisme-léninisme dans le monde.

 

L’hégémonie des vieux partis de la 3ème IC est restée presque intacte, sur les prolétaires des pays développés et bien souvent la GRCP y a été dénaturée dans un sens spontanéiste, anarchiste et anti-parti par les franges de la petite bourgeoisie qui s’en sont fait les porte-paroles (voir mai 68 en France).

 

Dans la « zone des tempêtes », on a vu se développer toutes sortes de courants nationalistes petits-bourgeois, qui ont mis la révolution sociale et la question ouvrière à la remorque de la question nationale.

 

Dans bien des pays, la débandade se traduit aussi par la résurgence de courants de type « gauchiste-dogmatique » qui prétendent retourner au « marxisme pur » par l’étude livresque et qui rejettent Mao, voire Lénine, aux oubliettes. Ils s’imaginent que la théorie de la connaissance est un processus a-historique, que la ligne juste pourrait se développer en dehors d’un processus historique concret plus ou moins long et complexe et en dehors de toute pratique révolutionnaire organisée. Dogmatiques et sectaires à outrance, ils ne font que développer une forme de théorie du génie et reprochent à Mao, Lénine, etc... de ne pas l’avoir été !

 

Nos tâches actuelles se concentrent donc bien autour de la question de reconstruire partout de solides partis marxistes-léninistes et de recomposer l’unité du Mouvement Communiste International.

 

Et pour cela il nous faut travailler à combattre le révisionnisme moderne jusqu’à la racine comme dit dans les points précédents. Il nous faut formuler une plate-forme qui marque clairement la démarcation et unisse les communistes (en laissant de côté les divergences secondaires).

 

III. L’APPEL NE S’ENGAGE PAS DANS L’UNITE COMMUNISTE COMBATTANTE

 

L’Appel indique que « pour faire face à une situation qui se fait de plus en plus aiguë et se montrer à la hauteur du grand défi que lance cette situation, les signataires estiment que les points d’unité contenus dans l’appel constituent des éléments importants pour le développement d’une juste ligne idéologique et politique pour le Mouvement Communiste International ».

 

Est-ce que le contenu de l’Appel est conforme à cette déclaration ?

 

III.1 SUR LA SITUATION ACTUELLE

 

L’Appel affirme qu’« une nouvelle guerre mondiale se dessine à l’horizon ». C’est une affirmation fondée sur une accumulation de faits réels : militarisation croissante de tous les pays du monde, resserrement des blocs militaires, développement des guerres impérialistes encore localisées, tout cela sur fond d’une crise économique mondiale.

 

Face à ce danger, il est juste de rappeler que la guerre en préparation sera la continuation de la politique impérialiste par d’autres moyens et qu’en conséquence les prolétaires et les peuples du monde n’ont à prendre parti pour aucun des belligérants dans une guerre injuste des deux côtés. Mais il est aussi important de traduire cette orientation dans la pratique de sorte que les communistes DIRIGENT les prolétaires et les peuples pour mettre à profit l’affaiblissement des bourgeoisies et pour renforcer leur lutte révolutionnaire, avant et pendant la guerre mondiale le cas échéant.

 

Aujourd’hui, qu’elle est cette orientation pratique ? Que signifie concrètement « développer la lutte révolutionnaire contre l’impérialisme et toute forme de réaction » ? Comment cette orientation se traduit-elle politiquement et pratiquement dans la conjoncture présente ? Par exemple, faut-il organiser des brigades internationales pour renforcer « les puissants mouvements révolutionnaires (qui) se sont développés dans plusieurs pays... qui indiquent bien clairement la possibilité d’arriver à la dictature du prolétariat » ? Face au déchainement de la réaction, faut-il organiser des fronts anti-fascistes comme cela fut fait avant la 2ème guerre mondiale ? Faut-il préparer et engager d’autres formes de lutte ?

 

Avant la première guerre mondiale, il n’a pas manqué de socialistes pour signer des deux mains (Bâle...) des appels à renverser la bourgeoisie en cas de guerre, et puis tout aussi bien pour appeler à la défense de la patrie lorsque le conflit fut engagé.

 

Avant et lors de la seconde guerre mondiale, il n’a pas manqué de communistes qui juraient leurs grands dieux qu’ils préparaient activement la révolution prolétarienne lorsqu’ils développaient les fronts populaires, anti-fascistes, nationaux. On connaît les résultats. Quand la guerre éclata ils furent nombreux à être pris de court et à se faire emprisonner, certains votèrent les crédits de guerre, d’autres ou les mêmes désarmèrent les résistants à la fin de la guerre.

 

Ainsi, au-delà de l’adhésion aux principes, c’est bien dans leur application concrète que l’on voit ceux qui appliquent une politique révolutionnaire.

 

Bref, est-ce que dans une conjoncture de « crise du système impérialiste (qui) amène à un rythme rapide le danger qu’éclate une nouvelle guerre mondiale » les tâches, la tactique et les mesures d’organisation restent inchangées par rapport à la situation antérieure ? De ces questions concrètes, l’Appel ne souffle mot. Pourquoi ? Peut-on, dans ces conditions, considérer que l’Appel est un APPEL de COMBAT qui, de plus SE DELIMITE des opportunistes ?

 

Il ne nous est évidemment pas indifférent de refuser de nous unir avec des gens qui, dans la guerre A VENIR, préconiseront l’Union nationale avec leur bourgeoisie et de nous unir avec des camarades qui appliqueront DEMAIN la tactique du défaitisme révolutionnaire. Mais AUJOURD’HUI, comment cette deuxième tactique se traduit-elle pratiquement ?

 

Depuis Lénine, de profonds bouleversements se sont produits dans le système impérialiste mondial. L’existence de l’URSS socialiste et le traité de Versailles, la crise de 1929 et le fascisme, les fronts populaires et la lutte anti-fasciste, les luttes de libération nationale dirigées par les communistes, ces principaux traits ont marqué la préparation et le déroulement de la 2de guerre mondiale. L’évolution des contradictions de l’impérialisme a soulevé alors des problèmes nouveaux par rapport à la 1ère guerre. Ce sont ces conditions concrètes qui ont enchevêtré, dans le temps et dans l’espace, différentes sortes de guerre : inter -impérialiste, de défense de la patrie socialiste, civile révolutionnaire contre la bourgeoisie, anti-fasciste et de libération nationale.

 

Depuis 1944, l’impérialisme américain a étendu sa domination jusqu’aux frontières du bloc soviétique et de la Chine, l’URSS s’est transformée en puissance impérialiste, la majeure partie des colonies a accédé à l’indépendance politique, la Chine restaure le capitalisme après avoir vécu la plus grande révolution que l’histoire ait connue, le mouvement communiste international n’existe plus pendant qu’une nouvelle crise aiguë traverse le monde impérialiste et que les prolétaires et peuples du monde résistent, à l’Ouest et à l’Est, souvent sans perspectives claires et en ordre dispersé. Tous ces événements économiques, idéologiques, politiques et militaires, voilà la réalité que vivent les masses dans le monde, voilà ce réseau complexe d’événements qui pétrit la conscience des masses et sur lesquelles la bourgeoisie et l’opportunisme maintiennent leur influence faute de rencontrer une opposition sérieuse de la part des communistes. N’est-il pas temps que les communistes ouvrent enfin les yeux ? Ca fait près de 20 ans que les marxistes-léninistes issus de la scission du MCI répètent « les principes » et se persuadent qu’ils se démarquent du révisionnisme. Et pourtant, chacun reconnaîtra que, sauf en de rares occasions, ils n’ont pas progressé de façon significative dans la direction révolutionnaire pratique des masses contre l’impérialisme ni dans la délimitation idéologique d’avec les révisionnistes. « On ne sauvait prendre les opportunistes au piège d’une formule » répétait souvent Lénine dans son combat impitoyable pour les démasquer. C’est pourquoi, il a toujours lié étroitement la lutte idéologique au combat politique concret. Malgré cet enseignement et près de 20 ans d’expérience, certains camarades pensent-ils sérieusement diriger et organiser les masses concrètes d’aujourd’hui avec les principes comme si rien de nouveau ne s’était produit depuis 60 ans ? Franchement, peut-on appeler les masses à « intensifier leur lutte révolutionnaire » en faisant l’économie d’analyser les conditions concrètes du rapport de forces entre les classes et de leur évolution au niveau mondial et dans chaque pays pris à part, en faisant l’économie d’analyser les enjeux concrets, immédiats et futurs des rivalités inter-impérialistes ? Peut-on donner une direction révolutionnaire à la lutte des prolétaires et des peuples en faisant abstraction de leurs conditions de vie, de leurs révoltes et de leurs aspirations actuelles vis- à-vis du chômage, de la vie chère, de la vie d’esclave, de la réaction, de l’oppression ? Sur la plupart de ces questions, le MCI et les masses ont vécu des expériences vivantes. Peut-on ignorer les conséquences positives et négatives qu’elles ont produites, particulièrement l’influence qu’elles exercent aujourd’hui sur les idées et les comportements ? Un seul exemple : la question nationale dans les pays impérialistes. Aujourd’hui, certains camarades estiment que, du fait que la guerre mondiale dirigée par les 2 superpuissances aura pour objet l’hégémonie mondiale, la tactique de défaitisme révolutionnaire se traduit dès à présent par la préparation des masses à la défense populaire de la patrie. D’autres camarades, considérant que la question est une question historiquement dépassée pour ces pays, appellent les prolétaires et les peuples, pour aujourd’hui et pour demain et quelles que soient les circonstances, à se désintéresser de la question. D’autres encore comme notre organisation ont une autre opinion sur la question (cf. brochure « La position du prolétariat de France sur la question nationale »). Bref, il y a des divergences entre les communistes, y compris parmi les signataires de l’Appel. Mais l’Appel n’en dit pas un mot. Il fait comme si les divergences n’existaient pas et préfère l’unanimité de façade à l’exposé ouvert des divergences qui empêchent justement aujourd’hui d’aller au combat unis. Quelle est la voie la plus rapide pour obtenir cette unité : taire les divergences ou les exposer franchement pour les résoudre ? Quelle est la voie la plus efficace pour le combat : cacher aux masses les difficultés ou les exposer de façon à les mobiliser activement pour les surmonter ? Contrairement à ce qu’affirme l’Appel, les marxistes-léninistes n’ont pas (encore), sauf en de rares endroits ou occasions, la responsabilité de diriger la classe ouvrière et les peuples. Ils ont pris cette responsabilité. Il y a là toute la « nuance », le « fossé » qui sépare l’engagement des communistes et la reconnaissance réelle de ce rôle par les masses révolutionnaires. Et cette « nuance », ce « fossé » est lui-même l’objet d’une lutte qui ne pourra être menée à bien par la répétition à grande échelle des arguments d’autorité. Cette lutte ne pourra être menée à son terme que par l’action CONSCIENTE des communistes. A d’autres époques, les communistes ont pu (se) faire illusion en menant une politique unanimiste et triomphaliste. Mais, après la GRCP et les enseignements bien compris de Mao, ce n’est plus possible !

 

III.2 LES TACHES DES MARXISTES-LENINISTES

 

L’Appel rappelle trois principes essentiels que les marxistes-léninistes doivent mettre en œuvre : la dictature du prolétariat, la lutte armée, le parti, ce sont là en effet des principes que les révisionnistes ont essayé de camoufler de multiples façons ou d’enterrer. D’où toute l’importance de ne pas s’attacher défendre des formules mais d’en faire vivre le contenu révolutionnaire.

 

La dictature du prolétariat. Reconnaître que les classes et la lutte des classes continuent d’exister pendant toute la période de transition au communisme constitue une première ligne de démarcation. Mais quelle influence cette conception du but des communistes exerce-t-elle sur les combats préparatoires à la révolution elle-même ? Voilà une question concrète, actuelle. Par exemple, quel est le rapport entre le fait de reconnaître pour demain que le prolétariat mène la lutte pour abolir la division sociale du travails base de l’existence des classes et la façon dont on conçoit, aujourd’hui, la lutte sur cette question entre les intellectuels et les manuels, la lutte idéologique et la lutte politique, la lutte politique et la lutte militaire, les dirigeants et les dirigés... au sein du parti et entre le parti et les masses ? Là se trouve concrètement la lutte de classes et de lignes entre marxisme et révisionnisme.

 

La lutte armée. Il est juste d’affirmer que « la lutte armée doit être menée de façon à être une guerre des masses ». Mais nul n’ignore par exemple que dans les pays impérialistes, particulièrement en Europe, des communistes ont déjà engagé cette lutte, objet là encore de divergences. Pourquoi un Appel au combat ne mentionne pas ces divergences sur une question aussi importante ? Question qui en appelle immédiatement une autre : peut -on aborder un tel sujet dans un Appel sans se soucier des mesures d’application qu’il implique ? Est-ce que l’Appel n’aborde pas le sujet concret par insouciance ou par opportunisme ?

 

Le Parti. Chacun sait par expérience que c’est une question de première importance posée dans les masses aujourd’hui à la suite de la dégénérescence des partis de la 3ème Internationale. N’y a-t-il pas un rapport étroit entre la « vieille » conception du Parti et la « vieille » conception de la dictature du prolétariat ? Peut-on dès lors convaincre les ouvriers de la nécessité du parti et se délimiter des opportunistes sans aborder de front des questions qui font l’objet aujourd’hui de divergences telles que la lutte de lignes comme moteur de l’édification du parti, « aller à contre-courant », savoir protéger la minorité ?

 

III.3 « LES PAYS COLONIAUX ET DEPENDANTS »

 

L’Appel opère un savant (mais non neutre) balancement entre deux façons de poser (et de résoudre) la voie de la révolution dans les nations opprimées par l’impérialisme.

 

D’un côté on pose ce que l’on considère être le dogme « ceux qui veulent sauter cette étape (de Démocratie Nouvelle) par principe » et de l’autre on fait face à la réalité « il y a une tendance indéniable à ce que l’impérialisme introduise des éléments importants de rapports capitalistes dans les pays qu’il domine…, dans de tels pays, il faut faire une analyse concrète et en tirer des conclusions appropriées en ce qui concerne la voie à suivre ». Il y a là concentrée l’amorce de deux lignes contradictoires. D’abord on fait semblant de considérer que la lutte de lignes passe entre ceux qui reconnaissent le principe de l’étape de Démocratie Nouvelle et ceux qui la nient alors que la question n’est pas de principe mais bien
concrète : quel est le CONTENU de la révolution dans les pays où se mélangent, du fait de l’enchevêtrement de plusieurs modes de production, de la structure de classes, de la question de l’oppression nationale, deux types de révolution, nationale et démocratique bourgeoise - internationale et socialiste prolétarienne.

 

Ensuite, on fait semblant de considérer que la tendance à ce que « l’impérialisme introduise des éléments importants de rapports capitalistes » est marginale alors qu’avec la décolonisation et l’accès à l’indépendance politique (relative) de nombreuses nations opprimées, le développement considérable de l’impérialisme, du capital multinational, de la division internationale du travail, cette tendance touche des pays de plus en plus nombreux.

 

Enfin, peut-on « oublier » que nous sommes à une époque où il n’y a plus de pays socialistes ni d’Internationale communiste susceptibles d’aider substantiellement les pays arriérés à développer rapidement les bases matérielles du socialisme ?

 

Bref, là où la réalité interpelle les communistes sur l’analyse concrète des situations concrètes, lesquelles font précisément l’objet de vives recherches et polémiques entre communistes, l’Appel s’accroche à des formules. Quelle délimitation avec l’opportunisme espère-t-on obtenir en procédant ainsi ? En Chine, la lutte de lignes entre Deng Xiaoping et Mao n’a pas porté sur des formules - révolution de Démocratie Nouvelle ou Révolution socialiste - mais sur le contenu de ces formules : théorie des forces productives pour redresser l’économie « déformée » de la Chine ou « faire la révolution et promouvoir la production ».

 

III.4 LES PAYS IMPERIALISTES

 

Le communiqué affirme que « la direction théorique et pratique de Mao constitue un développement quantitatif et qualitatif du marxisme-léninisme sur de nombreux fronts, et le concentré théorique de la révolution prolétarienne de ces dernières dizaines d’années ». Et pourtant, ce « développement qualitatif » le « concentré théorique de la révolution prolétarienne » n’aurait d’influence sur le cours de la révolution prolétarienne dans les pays impérialistes qu’en ce qui concerne « la nécessité de prendre comme base les profonds désirs des masses » ! Encore une fois, est-ce que les conditions actuelles de l’impérialisme ainsi que les enseignements de la GRCP et de Mao ne nous obligent pas à une réflexion approfondie sur la stratégie, la tactique et l’organisation de la révolution dans les pays impérialistes ? Quelle est la signification concrète d’affirmations de principes du genre « la ligne léniniste fondamentale en ce qui concerne les mesures politiques et organisationnelles » ou « l’importance d’élever la conscience politique de la classe ouvrière, de développer la politique révolutionnaire, de la presse communiste » ?

 

Croit-on sérieusement mobiliser les énergies pour unir les communistes, susciter pour cela le débat en leur sein, développer et organiser la lutte de ligne sur de tels rappels de principes abstraits ? Ne faut-il pas au contraire commencer par poser le contenu actuel de ces principes sur lequel existe des divergences ou des interrogations de façon à les surmonter par le débat et la lutte ? Pourquoi l’Appel n’aborde -t-il pas les questions vivantes de la marche de la révolution actuelle telles que la lutte contre la réaction, la violence révolutionnaire, le rapport entre la lutte politique et la lutte armée, la guerre populaire prolongée et l’insurrection type Octobre 17, l’appréciation et la lutte contre le révisionnisme...
Est-ce que les communistes signataires de l’Appel ou susceptibles de le signer sont unis sur ces questions ? Non. Alors pourquoi cacher les divergences ? A quoi, qui, quelle ligne, une telle attitude peut-elle servir ?

 

Autre point. Par rapport au pillage des peuples des pays coloniaux et dépendants, l’Appel rappelle que les communistes des pays impérialistes « doivent lutter contre toute tendance qui identifie les intérêts du prolétariat avec les intérêts de leur propre classe dirigeante impérialiste ». C’est là ce que nous appelons (à la suite de Lénine) une attitude NEGATIVE, d’opposition (active) totale, inconditionnelle, à l’oppression de nations par d’autres nations. Mais une telle opposition reste sur le terrain démocratique bourgeois de la revendication d’égalité des nations. Or le prolétariat se bat pour un objectif bien plus grandiose que cette seule égalité (juridique). Il se bat pour la fusion librement consentie des nations et leur disparition sous le communisme. C’est pourquoi la position POSITIVE des communistes est de soutenir politiquement les forces communistes, même embryonnaires, des pays dominés pour les aider à diriger la lutte révolutionnaire. Alors que la funeste théorie des 3 mondes met en cause la ligne internationaliste des communistes et fait l’objet de larges polémiques, peut-on ne pas aborder ouvertement cette question ? Pourquoi ne pas poser ouvertement les divergences ?

 

III.5 DE L’UNITE DES MARXISTES-LENINISTES

 

L’Appel écrit « bien qu’il soit non seulement possible mais aussi d’une nécessité vitale de prendre des mesures importantes aujourd’hui pour unifier les marxistes-léninistes véritables sur la base de lignes de démarcation claires qui sont apparues et face aux tâches urgentes du mouvement, international, il est nécessaire aussi de poursuivre l’étude, la discussion et la lutte de manière collective sur beaucoup de questions importantes ». Oui, cela est une tâche urgente. Mais l’étude de quoi et pour quoi faire ? A la première question, l’Appel répond en substance « l’étude de l’histoire du MCI » et à la seconde « pour mener la lutte contre, le révisionnisme ». Voilà ainsi en concentré deux voies « pour mener la lutte de manière collective ».

 


- lutter contre le révisionnisme (et l’impérialisme) et étudier l’histoire (et le présent)
ou
- lutter contre l’impérialisme (et le révisionnisme) et étudier le présent (et l’histoire).

 

La deuxième voie situe la lutte contre le révisionnisme par rapport à la lutte contre l’impérialisme, c’est-à-dire en rapport avec la situation concrète et les expériences vivantes de l’histoire.

 

La première voie met au premier plan la lutte contre le révisionnisme du passé, renverse le rapport entre réalité et théorie et se situe donc par rapport à un prétendu « dogme » à dépoussiérer.

 

Cette présentation des deux voies peut paraître abrupte. Elle l’est certainement encore dans l’état des débats et orientations actuelles au sein des forces marxistes léninistes. Mais à n’en pas douter, il y a là deux voies pour « poursuivre l’étude, la discussion et la lutte de manière collective » qui recouvrent certainement deux conceptions de l’interprétation des apports ce la GRCP et de l’œuvre de Mao.

 

Résumons-nous : l’Appel reconnaît que l’œuvre de Mao constitue une nouvelle étape dans le développement du marxisme-léninisme mais en pratique elle ne servirait à rien pour la révolution dans les pays impérialistes, elle ne serait utile dans les pays dominés que dans la mesure où l’on appliquerait la « recette » de la révolution de Démocratie Nouvelle et où l’on reconnaîtrait la « pertinence » de la guerre populaire prolongée. Finalement, elle n’apporterait vraiment du neuf et du vivant que pour la dictature du prolétariat. En d’autres mots, la pensée de Mao Tsé Toung serait un développement qualitatif de la science marxiste-léniniste pour DEMAIN mais pour AUJOURD’HUI ce serait simplement une addition quantitative (quelques recettes ou suggestions pertinentes). Considérer que les apports de Mao concernant le but de la révolution constituent un développement du marxisme-léninisme et n’en tirer aucune conséquence significative quant aux voies et moyens qui menant à ce but, n’est-ce pas là de la métaphysique ? Là où Mao nous a appris, par les actes joints à la parole, à considérer que la vérité est concrète et que les communistes ne peuvent diriger une action révolutionnaire qu’en faisant l’application concrète de la vérité universelle avec la réalité concrète, l’Appel prétend diriger le combat des marxistes-léninistes, des ouvriers et opprimés de tous les pays en répétant les principes universels du marxisme-léninisme et opérer des démarcations sur ces principes en dehors de leur application à la situation réelle, concrète, actuelle. Couper ainsi la ligne révolutionnaire de la réalité vivante, n’est-ce pas là de l’idéalisme ? Ca fait près de 20 ans que les marxistes-léninistes prétendent renouer avec les traditions révolutionnaires de Lénine et poursuivre l’œuvre de Mao EN AGISSANT DE CETTE FAÇON. L’Etat actuel de ces forces est plus éloquent que des centaines de discours.

 

A notre avis, l’Appel est largement influencé par le dogmatisme et par les, traditions métaphysiques et idéalistes de la 3ème Internationale et du mouvement marxiste-léniniste qui l’a prolongée contre lesquelles Mao a justement le grand mérite d’avoir combattu et commencé à rompre. Lorsque l’on pose la nécessité de « l’étude, de la discussion et de la lutte sur l’histoire du MCI » et que dans le même temps on produit une déclaration qui donne des positions politiques hors du temps (présent et passé) sur la plupart des points abordés, on ouvre la porte à « l’étude, la discussion et la lutte sur l’histoire » pour la refermer en fait clans le carcan de la recherche archéologique académique. Pourra-t-on de cette façon régler leur compte aux erreurs du MCI ? On n’en aura pas avancé pour autant d’un pouce pour que les masses règlent son compte à l’impérialisme.

 

IV. DEUX VOIES POUR L’UNITE DES COMMUNISTES

 

Ce dont les communistes, les prolétaires et les peuples ont besoin aujourd’hui c’est une ligne de combat pour abattre l’impérialisme. C’est dans le feu de la lutte théorique et pratique pour élaborer cette ligne et la faire vivra dans les masses que les communistes s’unissent. Et c’est dans cette lutte contre l’impérialisme qu’ils sont contraints de lutter contre l’opportunisme. Mais les communistes ne prennent pas la proie pour l’ombre et ne se laisseront jamais abuser à croire qu’il suffit de s’occuper du passé pour régler les questions du présent ou de lutter centre l’opportunisme pour abattre l’impérialisme. Ils ne peuvent non plus, sous le prétexte de l’urgence des tâches et de l’aspiration juste qui renaît dans le monde à s’unir, perpétuer les « vieilles » habitudes de soumettre .les questions politiques aux questions organisationnelles. Pour nous, l’appel au combat ne peut en rester au combat sur l’appel ni l’urgence des tâches se substituer aux tâches urgentes.

 

Il est incontestable qu’aujourd’hui reconnaître ou non les apports de la GRCP et de Mao Zedong au développement de la science révolutionnaire du prolétariat constitue un point clé pour le combat et pour l’unité. Mais il est également incontestable qu’il existe des divergences et des interrogations qui naissent de l’application vivante et créatrice de ces apports. Divergences vivantes et concrètes qui empêchent justement, aujourd’hui, les communistes de mener un COMBAT UNI. Or, au lieu de poser ouvertement les divergences de façon à mobiliser les communistes dans le monde pour les résoudre et préparer AINSI les conditions d’un Appel révolutionnaire au combat suivi de la direction pratique de ce combat, CET Appel masque ces divergences au profit d’une unité superficielle. Depuis plusieurs dizaines d’années, la lutte idéologique et politique a été étouffée dans le MCI au profit d’une unité superficielle de façade et d’un discours triomphaliste irréel. Les faits ont révélé que cette attitude était néfaste aux intérêts du prolétariat révolutionnaire. Aujourd’hui, les communistes ne peuvent pas ne pas rapprocher la forme, unanimiste et le contenu opportuniste de cette unité passée. C’est pourquoi, s’ils ne veulent pas reproduire les mêmes erreurs de fond, ils ne peuvent non plus reprendre les mêmes méthodes erronées. C’est pourquoi, aussi, bien que nous éprouvions le plus grand besoin de débattre, de confronter notre pratique et nos idées et de réaliser une unité combattante avec les autres communistes dans le monde, nous ne pouvons signer CET Appel. A l’évidence, les bases politiques mínima ne sont pas éclaircies pour faire aujourd’hui CE pas en avant que constitue un appel aux prolétaires et aux peuples du monde pour combattre sous la direction unifiée des communistes

 

A l’opposé, s’engager dans cette voie, aujourd’hui, sur cette base, c’est perpétuer ou semer des illusions sur la capacité réelle des communistes à DIRIGER le combat révolutionnaire UNIS. C’est aussi verrouiller la lutte vivante pour résoudre les divergences. C’est encore par conséquent encourager les tendances qui cherchent au niveau international ou dans la pureté de la doctrine les réponses aux questions qui exigent l’application concrète du marxisme-léninisme à la réalité, nationale et internationale. C’est enfin encourager la position d’apparence neutraliste dans la lutte idéologique et politique internationale de ceux qui, sous prétexte de ne pas en rester aux clivages superficiels introduits par l’attaque révisionniste d’E. Hoxha contre l’œuvre de Mao, évacuent la profonde portée idéologique et politique des divergences. C’est au fond donner des arguments et encourager « le centre » à pencher vers son côté favori : la droite.

 

Pour terminer, sommes-nous opposés à l’unité ?
Tout d’abord nous ne nous désolidarisons pas du mouvement d’unité qui se manifeste aujourd’hui au sein des forces communistes dans le monde. Nous nous désolidarisons de CET Appel. Pour autant, nous souhaitons apporter et recevoir toute contribution positive qui fasse avancer la lutte pour l’unité révolutionnaire.

 

Ensuite, nous ne sommes pas hostiles « par principe » à signer un document, et à nous engager dans un processus unitaire qui ne nous satisferait pas pleinement. Nous ne sommes pas partisans du tout ou rien. Notre lutte en France pour réaliser l’unité des communistes nous a appris que si l’on ne construit pas d’unité sans se délimiter, on ne peut non plus se délimiter sur tout d’un seul coup et oublier que l’unité est également un moyen de développer la délimitation. Mais, il y a une condition pour adopter la souplesse tactique : préserver l’essentiel. Et CET Appel qui tait les divergences et prétend servir de base pour un combat unifié ne respecte pas cette condition. Au mieux c’est un leurre, au pire une mystification.

 

Finalement, nous sommes d’avis que pour réaliser l’unité de combat des communistes, il faut poursuivre le processus précédemment engagé, c’est-à-dire :
- que chaque parti et organisation poursuive ses efforts dans le travail théorique et pratique correspondant â la situation concrète de son pays
que les partis et organisations approfondissent la connaissance de leurs lignes et de leurs pratiques réciproques et développent la lutte pour l’unité idéologique, politique et pratique
- que les partis et organisations développent la traduction et la circulation des documents et polémiques entre eux et dans tous les organes susceptibles de les publier
- que les partis et organisations se rencontrent en réunions bi et multilatérales dans le but d’élever la lutte et l’unité au plus haut niveau

 

De sorte que nous arrivions dans les délais les plus rapprochés à poser une base politique minimum sur la stratégie et la tactique révolutionnaire qui permettra d’entreprendre des activités communes qui forgeront une véritable unité des communistes combattants.

 

Pour notre part, nous avons déjà commencé ce travail et nous le poursuivrons.

 

« Sans défendre les contributions de Mao Tsé Toung et sans construire sur la base qu’elles constituent, il n’est pas possible de vaincre le révisionnisme, l’impérialisme et la réaction en général » (Appel p. 9).

 

Le Comité Directeur de l’OCML VOIE PROLETARIENNE
Janvier 1981

 

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