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Juin 36 : une grève générale, et après ?

Juin 1936. Ah ! la belle grève générale, avec bals musette dans la cour des usines, doublée d’un gouvernement de gauche qui a traduit en lois les acquis historiques, les 40 heures, les congés payés… Désolé, mais la réalité fut un peu plus compliquée. 80 ans après, il n’est pas inutile de rappeler quelques faits, tant les clichés sont entretenus, y compris dans le camp ouvrier, par les réformistes, toujours prêts à nous proposer un nouveau gouvernement de gauche, comme par les partisans de la grève générale, libertaires ou trotskistes. Les uns accusés par les autres de trahison, et les autres par les uns d’aventurisme gauchiste. Essayons simplement de pourchasser quelques clichés à l’aide de quelques faits.

 

1936 commence en 1934

 

Premièrement il est impossible de comprendre un mouvement sans savoir d’où il vient et où il va. Tous les historiens s’accordent à dire que le Front populaire est né en 1934 et qu’il s’achève en 1938. Un cadre de cinq ans, donc.
Encore s’agit-il là, écrit Antoine Prost [1], d’un temps court, celui des réalités politiques. La réalité économique nous positionnerait dans un temps moyen qu’il faudrait faire débuter en 1929 à Wall Street. C’est celui de la crise et de ses effets. Enfin le temps long, systémique, est celui d’une phase nouvelle du capitalisme, dont une des caractéristiques est le taylorisme. L’ensemble seul peut nous donner un aperçu proche de la réalité concrète vécue par les travailleurs dans les premiers mois de 1936 : chômage de masse, intensification de l’exploitation, montée de l’extrême-droite, et programme commun de la gauche.
Vous voyez là des points communs avec la situation de 2016. Raison de plus pour examiner celle de 1936 et en tirer quelques leçons. Une différence notable toutefois : l’absence aujourd’hui d’une union de la gauche. Nous verrons que c’est évidemment un élément important.

 

1933 : « Si le glissement se poursuivait…, grève générale » !

 

L’arrivée au pouvoir de Hitler en janvier 1933, l’incendie du Reichstag en février, la répression anti-communiste systématique qui s’ensuit dans toute l’Allemagne, ne laissent pas indifférents les militants ouvriers en France. Le CCN (comité confédéral national) de la CGT des 30 et 31 mars 1933 vote une résolution qui se conclut ainsi :
« Si le glissement amorcé se poursuivait et si la défaillance des forces sur lesquelles le monde ouvrier se croit en droit de compter entraînait une phase critique, la CGT s’affirme résolue à mettre en œuvre tous les moyens, y compris la grève générale, tant dans les services publics que dans l’industrie privée » [2].
Traduisons en clair : Nous nous croyons en droit de compter sur la bourgeoisie pour sauvegarder la démocratie, mais si par malheur nous étions déçus, nous serions contraints de recourir à notre arme ultime, bien regrettable, et ceci y compris dans les secteurs où la grève est illégale et contraire à leur vocation : les services publics.
Rappelons que, depuis la scission de 1921, la CGT est liée à la SFIO (section française de l’internationale ouvrière), c’est-à-dire aux socialistes, tandis que la CGT-U (unitaire) est affiliée à l’Internationale syndicale rouge et liée au PC.

 

1934 : Le danger est concret et imminent

 

Imaginez le choc du 6 février 1934 en pensant à ceux du 21 avril 2002 (Lionel Jospin éliminé par Jean-Marie Le Pen au premier tour des présidentielles), ou du 7 janvier 2015 (attentats contre Charlie Hebdo et l’Hypercasher). La manifestation des Ligues fascistes du 6 février 1934, dirigée contre l’Assemblée Nationale, fait entre 15 (le jour même) et 37 morts (si l’on compte les décès ultérieurs), et environ 2000 blessés. Le danger de dictature à l’italienne ou à l’allemande, même s’il est exagéré par l’émotion, prend une forme « concrète, imminente et majeure ». On connait les réactions de 2002 et 2015 : voter Chirac, manifester avec Hollande, Netanyahou et Omar Bongo…
Le lendemain du 6 février 1934, la CA (commission administrative) de la CGT « décide le principe d’une grève générale de 24 heures, pour encourager le ministère Daladier dans sa résistance aux factieux » [3]. Une délégation se rend vers 13 heures à la présidence du Conseil pour apporter son soutien populaire et gréviste au gouvernement. En vain : Daladier a démissionné. Mais retenez ce nom. On retrouve l’homme politique du parti radical en président du Conseil – appellation du premier ministre à l’époque – en 1938-1939, comme liquidateur systématique de tous les acquis de juin 1936. C’est à lui que la CGT vient offrir son arme ultime ce 7 février 1934.
La première impulsion du « rassemblement populaire » est là (« Rassemblement » est la première appellation du Front populaire) : une sorte d’union sacrée dans la défense de la démocratie bourgeoise.
La démission de Daladier au lendemain du 6 février oblige à recadrer le périmètre du « rassemblement ». Le télégramme envoyé alors aux UD est le suivant : « Gouvernement démissionnaire ; libertés publiques menacées ; organisez sans délai manifestations avec tous groupements de gauche » [4]. Puis la grève générale d’une journée est fixée au lundi 12 février.
Le vendredi 9, le PC manifeste seul à Paris. La manifestation est durement réprimée. Le 10, PC et CGT-U se rallient à l’appel à la grève générale pour le 12. Grèves et manifestations ce jour-là forment alors un puissant mouvement national, marqué par le « tous ensemble » du monde du travail.

 

1935 : Après sa naissance, le Front populaire est déclaré

 

Officiellement constitué le 14 juillet 1935, le Rassemblement populaire compte à la fin de l’année une centaine d’organisations affiliées, partis politiques, syndicats, associations diverses. En octobre 1935, les deux congrès syndicaux, celui de la CGT comme celui de la CGT-U, se prononcent pour la fusion des deux organisations [5]. Ce sera chose faite au congrès de Toulouse en mars 1936.
Lorsque deux sensibilités apparemment aussi divergentes que le réformisme socialiste (SFIO, CGT) et le communisme révolutionnaire (PC, CGT-U) se rapprochent, la question du contenu s’impose. Est-ce la poussée des événements et des travailleurs qui radicalise les modérés, ou le danger de dictature qui réduit les visées révolutionnaires à des objectifs démocratiques ? Ou une situation médiane, mais à quel niveau ?
En 1934, le PC était encore sur la ligne « classe contre classe ». Les socialistes étaient qualifiés de sociaux-traitres faisant le lit du fascisme. Les mots d’ordre de la CGT-U pour la journée du 12 février, publiés dans l’Humanité et dans la Vie Ouvrière, étaient les suivants : Contre les diminutions de salaires, Pour de véritables assurances sociales, Pour la dissolution des ligues fascistes, Contre la politique de soutien et de collaboration avec le patronat et à la bourgeoisie par les chefs de la CGT et les partis dits de gauche [6].
« Brusquement » [7], le 6 juin 1935, Gitton, le secrétaire général de la CGT-U, se prononce pour l’unité réelle du mouvement syndical, sans fractions organisées. A la même période, en mai-juin 1935, Thorez se met à défendre ce qu’il vomissait la veille : la République bourgeoise, la défense nationale, l’unité au sommet des organisations ouvrières et populaires (et plus seulement à la base et dans l’action) [8].
Que s’est-il passé ? D’abord la mobilisation des travailleurs. Pendant toute cette période 1934-1935, les manifestations sont si nombreuses, le 1er mai est un tel succès, que le gouvernement juge utile d’encadrer le phénomène par les décrets-lois du 30 octobre 1935 : déclaration préalable et autorisation préfectorale deviennent obligatoires. D’ailleurs, le PC s’était officiellement prononcé en faveur d’un Front populaire dès octobre 1934 [9].
Mais sur le contenu politique, le revirement vient clairement de Moscou. Le 2 mai 1935 est signé un pacte franco-soviétique. Et Staline déclare à Laval « approuver pleinement la politique de défense nationale faite par la France pour maintenir sa force armée au niveau de sa sécurité » [10]. Le VIIe congrès de l’Internationale Communiste en juillet-août 1935 entérine ce virage. Dès le 31 mai, l’Humanité publie un article de la Pravda indiquant : « L’IC estime que l’appel au front unique devant la menace fasciste… est nécessaire dans certaines conditions… Un pareil appel est possible dans un pays comme la France… » [11].
Le passage du sectarisme à l’opportunisme se double d’une subordination aux intérêts nationaux de la « patrie du socialisme ». Ce ne sont pas les modérés qui se sont radicalisés, ce sont plutôt les révolutionnaires qui se sont reniés. Mais ni le sectarisme, ni l’opportunisme ne font une saine politique de principe et d’alliance. Le Front populaire est mal parti !

 

« Une lutte nationale... est une lutte politique » (Le Manifeste)

 

La grève générale, c’est bien juin 1936. Mais si l’on considère l’ensemble du mouvement, on peut distinguer sept épisodes.
Du 11 au 23 mai : six grèves avec occupations dans l’aéronautique et l’automobile.
Du 24 mai au 1er juin : vague de grèves dans la métallurgie parisienne.
Du 2 au 7 juin : élargissement à d’autres branches et d’autres régions.
Du 8 au 11 juin : les accords de Matignon n’empêchent pas un nouvel élargissement.
Du 12 à la fin juin : l’appel de Thorez (« Il faut savoir terminer une grève ») a d’abord un effet dans la métallurgie et la région parisienne.
Juillet-août : suite et quasi-fin.
Septembre-décembre : multitude d’escarmouches à propos des mises en œuvre des accords.

 

Premier constat : ce n’est pas la CGT

 

Il n’y a jamais eu d’appel à la grève générale en mai ou juin 1936 émanant de la direction de la CGT. D’ailleurs, les secteurs initiateurs, aéronautique, automobile, métallurgie, ne figurent pas parmi les plus syndiqués. 4% seulement dans la métallurgie. Ce sont des branches nouvelles, structurées par le taylorisme. Là où la grève sera forte, les syndicats sont tout aussi faibles : 5% dans le textile, 3% dans les industries alimentaires. Il ne faut pas plaquer sur l’avant-1936 une situation qui sera celle créée pendant et après le mouvement.Inversement, il n’y aura pas grève là où les syndicats sont bien implantés – c’est même une preuve de leur modération : 22% dans les chemins de fer, 35% dans les services publics, 44% à la poste. Les points forts et faibles du PC sont sensiblement les mêmes que ceux de la CGT. Les grands magasins « connaissent une grève particulièrement spectaculaire, alors qu’ils ne comptent pas de section syndicale, ni d’ailleurs de cellule communiste » [12].
Est-ce à dire que la spontanéité est tout, et l’organisation rien ? Notons simplement que souvent une poignée de militants, voire un seul, joue un rôle décisif. Les deux premières grèves sont celle de Bréguet au Havre, à parti du 11 mai, et de Latécoère à Toulouse, à partir du 13. La première « avait été soigneusement préparée par un militant communiste connu, Louis Eudier » [13].
Il faudrait citer ici intégralement ces deux pages où un ouvrier horloger raconte comment il a organisé la grève dans sa boite, les Ateliers Brillé, le 12 juin : « Cette usine totalisait une centaine d’ouvriers, peu communicatifs, distants les uns envers les autres… Nous n’étions que deux syndiqués… J’avais pris des dispositions pour organiser le mouvement… De deux syndiqués, nous passâmes en une journée à quatre-vingt-dix-huit… » [14]. La réunification syndicale avait créé une dynamique en elle-même. Le programme de Front populaire a été signé en janvier. La fusion entre CGT et CGT-U a lieu en mars. De mars à mai, le syndicat enregistre 250 000 adhésions. Le 1er mai est un tel succès que ce n’est plus seulement une journée de lutte mais qu’il prend des airs de fête. « Le 24 mai, au Mur [des Communards au Père Lachaise], 600 000 ouvriers de la région parisienne défilaient… Quand on se sent fort dans la rue, on ne peut pas continuer à se sentir esclave à l’usine. Quand on a vu, devant le Mur des Combattants de la Commune, le président du Conseil de demain lever le poing comme les camarades, comment ne pas croire que, cette fois, le gouvernement n’est pas du côté des capitalistes ? » (Pierre Monatte, dans Révolution prolétarienne, 10 juillet 1936) [15]. Et pourtant…

 

Ce n’est pas le gouvernement…

 

Toute la philosophie, toute la politique et toute l’action de Léon Blum tend à éviter la mobilisation des ouvriers. Plus grave : la CGT et le PC étaient totalement impliqués dans ce trip réformiste.
Depuis le début du siècle, la vie politique officielle française est dominée par le parti radical. Créé en 1901, il est laïcard, droits-de-l’hommiste, pour les nationalisations et la justice fiscale. Un parti de notables, une bourgeoisie de « gauche » qui se fait élire par des travailleurs pour gérer les affaires de la bourgeoisie. Jusqu’aux affaires au sens de scandales. L’affaire Stavisky date de fin 1935, nous l’avons rappelé.

Aux législatives des 26 avril et 3 mai 1936, la poussée électorale socialiste et communiste était prévue, pas une nette majorité et un président du Conseil pour la SFIO. Le PC décline les propositions de participation au gouvernement de Léon Blum, tout en l’assurant de son soutien total et « sans éclipses ». Les communistes ont d’ailleurs participé à l’élaboration du programme de Rassemblement populaire adopté en janvier, dans lequel « on retrouve en définitive les mots d’ordre du radicalisme le plus classique » [16]..
« Il fallait, écrit Thorez dans Fils du peuple, élargir notre alliance, l’étendre aux classes moyennes afin d’assurer la défaite du fascisme » [17]. Et le « rassemblement » consiste aussi à gagner la majorité des ouvriers et employés qui nourrissent des opinions démocrates et nationalistes. Les socialistes eux-mêmes, au cours des longues négociations de 1935 pour un rapprochement des partis de gauche, ont mis entre parenthèses leur programme spécifique aux prétentions anti-capitalistes. C’est pourtant la perspective de ce gouvernement au programme réformiste-bourgeois, alors qu’il ne peut prendre ses fonctions près d’un mois plus tard, le 4 juin, qui est une des causes de la grève générale. Et non l’inverse : le « mouvement social » trouvant son « débouché politique » dans un bulletin de vote.
Pierre Monatte, syndicaliste révolutionnaire, résume ainsi : « L’esclavage dans l’usine moderne, la souffrance accumulée pendant des années, …la crise économique, voilà les causes profondes… Le facteur décisif…, ça a été la venue du Front populaire : enfin la police ne serait plus au service des patrons » [18].
C’est donc par la négative que le nouveau gouvernement joue le rôle de facteur déclencheur. Traditionnellement, le gouvernement envoyait ses agents armés dans les conflits, pour protéger les jaunes et assurer aux portes la « liberté du travail », pour déloger les grévistes en cas d’occupation… Maintenant, nous avons un nouveau soutien puissant, la CGT, et un ennemi armé en moins, le gouvernement.
Ceci dit, la coalition à dominante socialiste et radicale ne fait pas un allié sûr. « Un ouvrier s’écrie : Depuis qu’on a gagné les élections, nous craignons que le gouvernement nous oublie » [19].
Léon Blum, le numéro un de notre facteur déclencheur, a eu cet incroyable aveu au « meeting de la Victoire » de la SFIO, le 15 mai 1936 : « Donnons au pays l’impression du changement qu’il veut ». L’impression !

 

Ce ne sont pas les revendications

 

N’imaginez pas non plus que le cahier de revendications, par sa pertinence, ou son réalisme responsable, ou au contraire son audace, joue un rôle essentiel dans le déclenchement et la propagation du mouvement. Les premières occupations notées, chez Bréguet et chez Latécoère, faisaient suite toutes les deux au 1er mai, exigeant la réintégration d’ouvriers licenciés pour leur participation à la journée internationale de lutte (deux au Havre, et trois à Toulouse). Ce n’est pas cette revendication qui a structuré le mouvement de juin !
Mieux : De nombreuses grèves se déclenchent sans revendications précises. Même après tout ce qui s’est exprimé dans la métallurgie parisienne, reprenant des éléments de programme des partis de gauche, la semaine de 40 heures, les congés payés, des conventions collectives, la CGT y ajoutant l’augmentation des salaires et la question de l’hygiène et des conditions de travail. On se met en grève pour améliorer son sort comme les autres, sans plus de précisions [20]. Simone Weil note « un fait bien compréhensible mais très grave ; les ouvriers font la grève mais laissent aux militants le soin d’étudier le détail des revendications » (La condition ouvrière, p. 171) [21].
Il ne s’agit donc pas, au fond, de revendications. Il s’agit d’une révolte. Viennent des militants et des organisations, soit réformistes, apportant leur réalisme et leur respect résigné du capitalisme, soit révolutionnaires, pour lesquels toute lutte est un embryon de révolution et toute réforme à la fois une victoire et un piège contre-révolutionnaire [22]
. Même quand la revendication est très précise – la réintégration de deux ou trois camarades injustement licenciés, par exemple -, même quand la lutte est acharnée et la victoire totale, la reprise du travail a toujours un petit goût amer. Car « le véritable résultat est moins le succès immédiat que l’union de plus en plus large des travailleurs » (Le Manifeste). Une grève générale ressemble toujours à une révolution manquée.

 

Une révolution manquée ?

 

Les patrons et autres capitalistes, eux, sont clairs sur ce point du bilan global. Au procès de Riom, début 1942, Léon Blum fait une révélation : « Sans aucun doute, j’aurais tenté moi-même ce qu’on a appelé l’accord Matignon. Mais je dois à la vérité de dire que l’initiative première est venue du grand patronat… Dès le vendredi matin (5 juin), Mr Lambert-Ribot, qui avait été mon camarade pendant de longues années au Conseil d’Etat… m’a fait toucher par deux amis communs… » [23]. Lambert-Ribot est le représentant patronal de la métallurgie.
Notez donc ceci : L’accord Matignon est une idée, une demande du patronat. Vous pouvez rétorquer que « l’initiative première » revient à la classe ouvrière. Reste la question : pourquoi le patronat est-il à ce point demandeur pour accorder de nouveaux avantages aux travailleurs ?
Le même Lambert-Ribot, au cours d’une cérémonie le 18 novembre 1937, s’est adressé ainsi aux signataires de juin 1936 : « L’accord Matignon a préservé le pays d’événements singulièrement plus redoutables, de graves émeutes susceptibles de dégénérer en guerre civile. En signant cet accord…, vous avez certainement sauvegarder notre régime social » [24]. L’adjectif « capitaliste » aurait été plus approprié que « social », mais on a compris !

Eviter les soviets, c’est-à-dire le pouvoir ouvrier, nous avons dit combien Léon Blum était en accord sur ce point avec son « camarade » Lambert-Ribot. L’un sous la forme économique : accorder provisoirement quelques améliorations ; l’autre sous la forme politique : faire jouer la démocratie. Un autre camarade de Blum, le secrétaire général de la CGT Jouhaux, est lui aussi sur cette longueur d’onde, qui déclare à la radio au lendemain de Matignon : « Cela démontre péremptoirement qu’il n’est pas nécessaire de réaliser l’Etat totalitaire et autoritaire pour l’élévation de la classe ouvrière à son rôle de collaboratrice dans l’économie nationale ; mais le fonctionnement régulier et l’élévation de la démocratie le permettent » [25]. Benoit Frachon, communiste, ex-secrétaire de la CGT-U, lui répond au CCN du 16 juin : « Les patrons ont discuté sous la menace et la peur de l’élargissement du mouvement » [26].
Le lendemain de sa prise de fonction, soit le 5 juin, Léon Blum convoque donc les responsables patronaux. L’un d’eux raconte : « Il [Blum] insista sur le fait qu’à ses yeux le point particulièrement grave de la situation présente résidait dans l’impossibilité pour le gouvernement de savoir d’où venait le mouvement ouvrier et où il allait » [27]. On peut dire que la direction CGT avait exactement le même problème : comment encadrer et comment arrêter ce raz-de-marée ?
Pour sauver leur pouvoir, leur « régime social », les patrons ont soudain grand besoin des syndicats, comme d’un gouvernement de gauche, bref de dirigeants qui aient à la fois la confiance des ouvriers et le respect du capitalisme.

 

La forme de la menace

 

La menace d’un pouvoir ouvrier a un visage très précis, c’est l’occupation. Légalement, elle est une violation de la propriété privée. Les précédents de ces grèves « sur le tas » entraînaient rapidement une intervention policière. Ce n’est pas seulement le gouvernement qui s’y refuse en juin 1936. Il la propose aux patrons, conscients que ce remède ne ferait qu’empirer le mal. Devant l’Assemblée Nationale comme devant la Cour de Riom, Blum défendra les occupations comme un facteur d’ordre : « Il se peut qu’au point de vue de l’ordre, ces faits [les occupations] présentent des dangers moins graves que ces batailles de portes et de rues que nous avons connues… » [28]. Mais les patrons ressentent aussi un désordre profond déjà présent, la remise en cause de leur domination, la prise en gage de ce qui fonde leur richesse et leur pouvoir.
Les ouvriers ajoutent volontiers la menace d’une prise de possession définitive. 700 délégués de la métallurgie parisienne, réunis le 10 juin, lancent l’ultimatum suivant : « Les délégués… décident de limiter à 48 heures le délai [pour signer l’accord]. Si ce délai n’est pas respecté, ils demandent : 1. La nationalisation des usines de guerre et de celles travaillant pour l’Etat, leur fonctionnement étant assuré par le personnel technique et ouvrier, sous le contrôle des ministères concernés… » [29]. Cette idée d’un mix nationalisation-autogestion est donc bien présente. Exceptionnellement, comme chez Delespaul-Havez, usine de chocolat et biscuit à Marcq-en-Bareuil, les ouvriers font tourner eux-mêmes l’usine [30].
Même l’ordre et la discipline, l’absence de vols et de dégradations, l’entretien des machines, etc, sont ambivalents. C’est à la fois le signe d’une prise de possession globale, responsable, organisée [31], et la conscience que l’aventure est provisoire. « On est comme les soldats en permission pendant la guerre », écrit Simone Weil. Il faut éviter les motifs de grief lors de la reprise du travail [32].

Ainsi, d’une part cette menace de pouvoir ouvrier généralisé n’existerait pas sans l’existence d’une CGT réunifiée et d’un gouvernement de gauche. Mais d’autre part, l’un et l’autre, CGT à majorité socialo-réformiste et gouvernement au programme radical, sont devenus les clés du sauvetage de la société capitaliste. Très concrètement ils font tout pour que s’arrête la grève. Même le PC et les ex-CGT-U ?

 

Tout pour que s’arrête la grève

 

Les clés du sauvetage de la société capitaliste : n’est-ce pas un peu exagéré ? Écoutez donc encore Blum au procès de Riom :
« La contrepartie, c’était l’évacuation des usines. Les représentants de la CGT ont dit aux représentants du grand patronat : « Nous nous engageons à faire tout ce que nous pourrons… C’est maintenant que vous allez peut-être regretter d’avoir systématiquement profité des années de déflation et de chômage pour exclure de vos usines tous les militants syndicalistes… » Et je vois encore M. Richemond qui était assis à ma gauche baisser la tête en disant : « C’est vrai. Nous avons eu tort. » [33].
Tout pour que la grève s’arrête : n’est-ce pas un peu unilatéral ?

Ne pas lancer de mot d’ordre de grève générale illimitée. Ne jamais s’opposer à une reprise du travail dans une boite seule au prétexte qu’il faut rester solidaire du mouvement général. Populariser largement les reprises, toujours associées au mot victoire, même quand le résultat est maigre. Passer sous silence les réticences à l’acceptation des résultats et à la reprise. Ne pas populariser les aspirations au pouvoir ouvrier sous forme d’étatisations et de gestion directe. Ne jamais parler de révolution, et stigmatiser ceux qui, de près ou de loin, en parlent. Ne jamais laisser entendre que seule la peur de tout perdre fait vraiment céder les capitalistes et permet d’obtenir de véritables améliorations. Tout cela, les dirigeants syndicaux et politiques l’ont fait, à des degrés divers et sous diverses formes.
Mais, c’est vrai, il serait unilatéral d’oublier le rôle des milliers de militants qui ont organisé et soutenu le combat et permis à la classe de déployer une partie de sa puissance, voire même d’entrevoir une analyse révolutionnaire. Ces militants étaient dispersés, « anarcho-syndicalistes qui lisent le Libertaire, syndicalistes révolutionnaires influencés par la Révolution Prolétarienne, trotskistes autour de La Lutte Ouvrière, socialistes qu’influence la Gauche Révolutionnaire de Marceau Pivert… » [34]. Et communistes au sein de la CGT.

 

La responsabilité du PC

 

Deux illustrations des dégâts provoqués par la ligne du parti communiste : les alliances de classes, la politique internationale.

On connait l’appel à la reprise de Thorez, le 11 juin. Il faut en relire les motivations : « Nous n’avons pas encore derrière nous, avec nous, décidée comme nous jusqu’au bout, toute la population des campagnes. Nous risquerions même, en certains cas, de nous aliéner quelques sympathies des couches de la bourgeoisie [sic] et des paysans de France. Alors ?... alors il faut savoir terminer une grève… » [35].
Thorez reviendra sur ce positionnement historique, pour le justifier, le 30 octobre 1936 : « Nous avons eu raison… quand nous avons dit : il faut savoir terminer une grève, quand nous avons expliqué à la classe ouvrière qu’elle ne devait pas marcher plus vite que l’ensemble de notre peuple… C’est la leçon de 1848… C’est la leçon de 1871. L’héroïsme des communards, leur audace, a dit Marx, …ne peuvent prévaloir contre le fait que la Commune était un mouvement isolé et condamné à la défaite » [36].
Marx est outrageusement réduit, lui qui a écrit, au nom de la première Internationale : « Les ruraux (c’était, en fait, leur appréhension maîtresse) savaient que trois mois de libre communication entre le Paris de la Commune et les provinces amèneraient un soulèvement général des paysans ; de là leur hâte anxieuse à établir un blocus de police autour de Paris » [37]
. Marx va des ouvriers vers les paysans, pour un « soulèvement général ». Thorez, des paysans vers les ouvriers, pour éviter les « aventures ».
La dialectique des alliances fonctionne à l’envers, dans le sens contre-révolutionnaire. La marche au pouvoir ouvrier et au communisme n’est pas reniée, elle passe par la voie pacifique de la démocratie bourgeoise. Un jour peut-être, un Front populaire à majorité communiste…
Ce démocratisme va loin, car d’un côté il tend la main aux travailleurs d’extrême-droite, mais de l’autre participe à la chasse aux opposants trotskistes et gauchistes. Le 10 juin, « le bureau politique… exprime sa solidarité aux grévistes ; se félicite que les travailleurs, dans leur action légitime, réalisent les mots d’ordre du parti concernant la réconciliation française. Il adresse son salut chaleureux aux travailleurs catholiques et Croix de feu qui, avec les socialistes et les communistes, luttent ensemble et arborent dans les usines, ateliers et bureaux le drapeau tricolore de nos pères et le drapeau rouge de nos espérances, réconciliés par le PC… » [38].
Dès 1936, le PC prône l’élargissement du Front populaire en Front français : « Front français pour le respect des lois, pour la défense de l’économie nationale, pour la liberté et l’indépendance du pays… Sur ces trois points, notre opinion est que l’on peut se rencontrer avec ceux qui ne sont pas d’accord sur l’ensemble du Front populaire… » En juin 1937, puis en mars 1938, il se déclarera prêt à participer à un gouvernement d’union nationale avec Blum [39].

 

La politique internationale

 

Le PC n’est plus la SFIC comme en 1921 – section française de l’Internationale Communiste – mais le poids de Moscou reste entier. Sauf que les intérêts de la nouvelle bourgeoisie rouge en Russie exigent précisément nationalisme et démocratisme. Le retour du drapeau tricolore et de la Marseillaise dans les rangs ouvriers rassure peut-être le travailleur moyen et le petit-bourgeois, certainement pas le travailleur immigré. L’unité populaire doit-elle se faire au prix de l’unité ouvrière ? C’est un point de la politique « étrangère » que nous ne devons pas passer sous silence.
Durant les années chômage, de 1931 à 1936, environ 400 000 travailleurs immigrés ont été renvoyés dans leurs pays d’origine, sans que ce fait ne semble rencontrer d’oppositions [40].
En janvier 1936, le PC demande à Jean Renoir la réalisation d’un film qui illustre sa politique. Ce sera « La vie est à nous ». Une phrase du film résume cette politique : « La France n’est pas aux Français, car elle est aux deux cents familles ». La première partie de la phrase a de quoi faire peur [41].
L’accord de Matignon, dans son article 5 sur les élections de délégués dans les entreprises, précise : « Seront éligibles les électeurs… de nationalité française ». Cette restriction ne semble gêner personne.
Enfin il y a un flou dans les distinctions entre étrangers d’origine et étrangers à l’entreprise ou au syndicat, l’étranger en général étant facilement assimilé au provocateur gauchiste [42].
Cette politique est pourtant développée au nom de la lutte contre le fascisme !
En 1936, le PC est devenu le parti de la classe ouvrière. Il est devenu nombreux et puissant en devenant démocrate et chauvin. Ce ne sont pas les travailleurs qui, formés par la lutte, ont changé, c’est la direction du PC (orientation et dirigeants).
Ainsi, ce sont les mêmes illusions – la confiance dans une CGT réunifiée et dans un gouvernement socialiste – qui ont incité les travailleurs à se mobiliser, et qui ont permis ensuite de faire passer les consignes de réalisme et de reprise du travail. La boucle est bouclée : de la révolte à la réforme. Une grève générale.
Ce n’est qu’un premier pas, disaient-ils. Mais le deuxième sera celui de la revanche de la bourgeoisie. Un pas en arrière.

 

Où est passée la victoire ?

 

Finalement, juin 1936 a été un échec. Il est possible d’avancer cette affirmation, un peu unilatérale et provocatrice, à l’aide d’un regard porté sur la situation deux ans après (fin 1938) et quatre ans après (juillet 1940).
Du côté des acquis, l’accord Matignon prévoyait une augmentation des salaires de 12% en moyenne, de 15% pour les plus bas à 7% pour les plus élevés. Le léger resserrement restera, mais le pouvoir d’achat… En deux ans, d’avril 1936 à avril 1938, les denrées alimentaires ont augmenté de 53,6%, l’habillement de 73,3%, et les articles de ménage de 62,7% [43].
En février 1937, pris à la gorge par les banques qui n’assurent plus le financement du déficit de l’Etat, et face à « la nécessité d’arrêter la course entre les prix et les salaires » (Léon Blum le 21 février) [44], une « pause » est décidée, qui n’est pas sans évoquer le « tournant de la rigueur » de mars 1983 et son « blocage des salaires et des prix ».
Les 40 heures ? A la fin de l’année 1936, le patronat invente, et obtient du gouvernement, la récupération de Noël et du Jour de l’An. Puis ce seront tous les jours fériés, soit 80 heures par an. Les 40 heures seront remises en cause de deux manières : les heures supplémentaires, le retour à la semaine de six jours. Puis c’est la majoration des heures supplémentaires qui sera attaquée.
Les délégués ouvriers ? Ils seront écoutés mais pas entendus. A terme, ils pourront devenir un substitut à la mobilisation.
Les congés payés, Léo Lagrange sous-secrétaire d’Etat à l’organisation des loisirs et des sports, les CLAJ (auberges de jeunesse), etc ? Développeront plus l’évasion et l’individualisme que le partage et la culture [45].
Les conventions collectives ? Le patronat refusera de les réévaluer, elles seront prorogées par décrets du gouvernement.
La dissolution des ligues fascistes ? En novembre 1936, l’UCAD, union des comités d’action défensive, dépose ses statuts. Son objectif est la lutte contre un putsch communiste menaçant [46]. En son sein se cache le CSAR, comité secret d’action révolutionnaire, connu sous le surnom « Les Cagoulards ».
Le mode de lutte lui-même, la grève sur le tas, est au premier rang des remises en cause. Harcelé par le Sénat, Salengro, ministre de l’Intérieur, s’engage à réprimer les occupations. Thorez lui emboite le pas, conseillant « de ne pas se laisser aller à une action inconsidérée » [47].

 

Les luttes, pourtant…

 

Les grèves pourtant sont alors nombreuses, mais dispersées, défensives, « encadrées ».
16 mars 1937. A Clichy, le PSF, nouvelle appellation des Croix de Feu, organise un meeting. Cinq ouvriers de la contre-manifestation sont tués par le service d’ordre fasciste. Raynaud, dirigeant CGT, communiste, raconte les deux jours qui suivent : « Des grèves éclatèrent un peu partout, spontanément, de façon anarchique… Certaines de ces grèves n’ont pu être arrêtées mercredi que parce que les ouvriers ont su que l’union départementale envisageait un mouvement général pour le jeudi. Ainsi cette grève générale a été une grève pour le maintien de l’ordre » [48]. Vous avez bien lu : une grève générale pour le maintien de l’ordre.
15 décembre 1937. Grève aux usines Goodrich (future Kléber Colombes). Contre la réorganisation « rationnelle » du travail et contre le licenciement injuste d’un ouvrier. Le gouvernement arbitre en défaveur des ouvriers, et le patronat ajoute 52 licenciements pour fait de grève. Les instances CGT se prononce… pour la reprise du travail. « Les cris de : traitres ! vendus ! fusent de toutes parts… Les effectifs de la section syndicale tombent brutalement » [49].
Mars-avril 1938. La grève se généralise dans la région parisienne. C’est un échec. C’est mai 1936 à l’envers. Ne manque plus que l’extension nationale de l’échec…
30 novembre 1938. Depuis avril, les ministres socialistes ne sont plus au gouvernement. Daladier gouverne avec la droite. En novembre, ses décrets-lois sont un récapitulatif de toutes les remises en cause, une véritable déclaration de guerre au monde du travail : semaine de six jours, suppression des majorations pour les 250 premières heures supplémentaires (soit cinq heures par semaine), annulation des interdictions du travail aux pièces dans les conventions collectives, étalement possible des congés payés, mesures contre les travailleurs étrangers, recrutement de 1500 gendarmes supplémentaires [50].
Le 25 novembre, la CGT annonce qu’une grève générale est décidée pour le 30. Elle est déclarée politique et illégale par le gouvernement. Celui-ci a cinq jours pour procéder à des réquisitions, des mobilisations, menacer fonctionnaires et cheminots, stimuler la résistance patronale, exploiter la radio. « Le mouvement ouvrier, affaibli par deux années de capitulation, ne peut résister à une telle mobilisation… C’est une grave défaite » [51].
La répression est « délibérée, systématique, massive et d’une rare sévérité » [52]. Elle est judiciaire, gouvernementale, patronale [53]
. 10 000 militants environ sont licenciés.
Les acquis de 1936 ne sont plus qu’un champ de ruines. En particulier l’acquis principal : l’organisation. La CGT perd environ le tiers de ses adhérents [54]. Des centaines de milliers de travailleurs pensent que lutter est inutile, et s’organiser, un piège.

 

« Jusqu’à la lie »

 

Le point de départ du rassemblement populaire de 1934 fut une mobilisation contre le danger fasciste, mélange de dictature va-t-en-guerre et de nationalisme raciste. A ce niveau aussi, l’échec est total.
Le gouvernement Blum, appuyé jusqu’au bout par le PC, avait l’ambition d’éviter la guerre civile et la guerre internationale. On aura les deux. Il voulait éviter le fascisme. On aura Pétain pourchassant les communistes et raflant les juifs sans que les nazis ne le lui aient demandé.
En 1936, la lutte contre le fascisme se jouait principalement en Espagne, depuis la victoire du Front populaire en février et le soulèvement contre-révolutionnaire de Franco en juillet. Franco est soutenu militairement et continûment par Hitler et Mussolini. Blum ne peut à la fois solliciter les prêts de la City de Londres, ceux des banques françaises, et s’engager aux côtés des républicains espagnols. Même les brigades internationales ont un revers : « Pendant qu’on dirigeait [vers l’Espagne] le trop-plein… de la jeunesse révolutionnaire… se faire écraser par la mitraille de l’ennemi », le pouvoir « réel », « l’armée régulière » [à Paris] a les mains libres » (cette constatation est adaptée de Friedrich Engels au sujet de la révolution de 1848 en Allemagne) [55].
Mais la coupe du réformisme et du nationalisme doit être bue jusqu’à la lie [56].
. Le 10 juillet 1940, l’Assemblée nationale, Sénat et Chambre des députés réunis, « donne tous pouvoirs au gouvernement de la République, sous la signature et l’autorité du maréchal Pétain… (Cette Chambre est celle qui fut élue les 26 avril et 3 mai 1936, la Chambre du Front populaire) » [57]. Le chef de file des réformistes de la CGT (revue « Syndicats »), René Belin, accepte le ministère du Travail de Vichy, de juillet 1940 à avril 1942. « Il installe dans les commissions d’experts plusieurs de ses compagnons » [58].
Juin 1936 reste pour la classe ouvrière la preuve de sa puissance de géant, de sa capacité à changer toute la société. Et pour la bourgeoisie, le souvenir de sa hantise de la révolution. Les acquis de 1936 seront réactivés et dépassés par l’insurrection de 1944. Mais dirigés par le même parti « communiste », les ouvriers sont appelés à rendre les armes… à De Gaulle, et à retrousser les manches pour reconstruire… le capitalisme.
« Tous ensemble », oui, mais pour faire quoi ? Tant que notre direction politique ne sera pas révolutionnaire et internationaliste, une grève générale, et même une insurrection armée, ne changeront, fondamentalement, rien.

 

Toutes les citations sont extraites de :

- Bayac / Histoire du Front populaire, Jacques Delperrié de Bayac, Fayard, 1972, 542 p.
- Bourdé / La défaite du Front populaire, Guy Bourdé, Maspéro, 1977, 362 p.
- Danos I / Juin 36 – I, Jacques Danos et Marcel Gibelin, Petite Collection Maspéro, N°104, 1972, 126 p.
- Danos II / Juin 36 – II, n° 105, 175 p.
- Lefranc, Juin 36, Georges Lefranc, Julliard, 1966, 352 p.
- Prost / Autour du Front populaire, Antoine Prost, Seuil, 2006, 354 p.

[1Prost, p. 76 et suiv.

[2Prost, p. 46.

[3Prost, p. 48.

[4Prost, p. 48.

[5Lefranc, p. 54

[6Prost, p. 65

[7Lefranc, p. 54.

[8Lefranc, p. 35.

[9Lefranc, p. 53

[10Lefranc, p. 35.

[11Danos I, p. 20.

[12Prost, p. 76-77.

[13Prost, p. 78.

[14Lefranc, p. 196-198.

[15Lefranc, p. 113.

[16Danos I, p. 27

[17Danos I, p. 22.

[18Lefranc, p. 238.

[19Lefranc, p. 186.

[20Lefranc, p. 185.

[21Lefranc, p. 242.

[22Plate-forme politique de l‘OCML VP, cahier 3, p. 7.

[23Danos I, p. 71.

[24Lefranc, p. 277.

[25Lefranc, p. 160.

[26Danos I, p. 86, note 23.

[27Lefranc, p. 125.

[28Danos II, p. 39.

[29Danos I, p. 94.

[30Danos II, p. 14.

[31Danos II, p. 48.

[32Prost, p. 94.

[33Lefranc, p. 153.

[34Lefranc, p. 241

[35Lefranc, p. 172.

[36Danos II, p. 61.

[37Karl Marx, La guerre civile en France, O.C. tome 2, p. 240.

[38Danos I, p. 113.

[39Danos II, p. 59.

[40Prost, p. 84.

[41Prost, p. 80.

[42Lefranc, p. 174.

[43Danos II, p. 101.

[44Danos II, p. 109.

[45Danos II, p. 94.

[46Danos II, p. 125.

[47Danos II, p. 100.

[48Danos II, p. 140.

[49Danos II, p. 141.

[50Danos II, p. 156

[51Danos II, p. 157.

[52Prost, p. 120.

[53Bourdé, p. 213 et suiv.

[54Bourdé, p. 250 ; Prost, p. 147.

[55Friederich Engel, Révolution et contre-révolution en Allemagne, OC. Tome I, p. 357.

[56Bayac, p. 452 (titre du chapitre 17)

[57Bayac, p. 475.
Bayac, p. 475.

[58Bourdé, p. 288.

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