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Marseille : clientélisme, corruption, spéculation. Les quartiers populaires paient l’addition.

L’effondrement des 2 immeubles d’habitation pourris de la rue d’Aubagne qui ont causé la mort de 8 personnes met au grand jour la situation désastreuse des couches paupérisées du centre-ville de Marseille, abandonnées et reléguées depuis tant d’années par une municipalité qui se consacre à d’autres tâches plus à son goût :
- la « métropolisation » de Marseille pour en faire une métropole régionale rivalisant et damant le pion à ses villes rivales : Barcelone et Gênes. Cela signifie attirer les capitaux vers le tourisme et le tertiaire (siège d’entreprises, développement des secteurs bancaires et d’assurances) aux dépens du passé industriel qui pour le présent est déplacé en périphérie (pétrochimie et raffineries, sidérurgie, port de containers, électronique, aéronautique).
- la gentrification d’une ville anciennement ouvrière (port colonial et industries navales, métallurgiques et agro-alimentaires pour l’essentiel). Euromediterranée constitue la plus forte opération de rénovation urbaine de toute l’Europe tant il y à faire, d’un point de vue de domination bourgeoise, pour contourner puis réinvestir le centre-ville. Marseille doit être la seule grande ville de France dont le centre-ville n’a pas encore été gentrifié, c’est-à-dire dont on n’a pas chassé les couches populaires pour les remplacer par des couches moyennes solvables. Noailles, Belle de Mai, St Mauront, La Villette…comptent parmi les quartiers les plus pauvres et délaissés d’Europe. La « culture » est utilisée, en retard sur d’autres villes d’Europe mais avec des atouts réels, pour changer l’image de mafia de la ville et attirer une nouvelle population, ne serait-ce qu’en tant que touristes (beaucoup d’entre eux viennent pour découvrir le MUCEM par exemple).
- la désindustrialisation, menée parallèlement dans toutes les grandes villes en France depuis les années 70, est encore accentuée par ces choix de ville offerte aux touristes (les croisiéristes par exemple sont passés de 100 000 à 1,3 million en dix ans) et aux capitaux du secteur tertiaire (ainsi, développement des cliniques privées au détriment de l’Assistance Public des Hôpitaux de Marseille, des hôtels au détriment du logement social effectif,...).

 

Les morts de Noailles ont mis le focus sur cette politique d’ensemble municipalité/département/région/Préfecture et son caractère criminel. La municipalité ayant été à la pointe de l’abject dans ce domaine, y compris dans la désignation de cibles intermédiaires pour éviter d’être mise en cause comme principale responsable. Rappelons pourtant Muselier parlant de la population du centre-ville comme d’une « faune insupportable » ou Gaudin déniant le titre de Marseillais à ceux qui ne paient pas d’impôts et alarmant qu’il faut remplacer cette « population étrangère ». Les municipalités Gaudin développant « l’œuvre » de clientélisme, de corruption et de spéculation initiée par les municipalités Deferre depuis la fin de la 2e Guerre mondiale.

 

Il y a pourtant deux politiques différentes en œuvre à Marseille, le laisser-faire libéral et le dynamisme ultra-libéral.
La première consiste à laisser faire le marché qui peu à peu va épurer ethniquement et socialement le centre-ville. D’où le choix de la municipalité Gaudin (et régional et préfectoral) de ne pas investir dans la rénovation du centre-ville pour ses habitants, attendant principalement qu’ils soient chassés par la misère, le mal-logement et le manque d’emplois (les trois sont liés évidemment et s’alimentent). Mais à Noailles, La Plaine, La Belle de Mai, le Panier… la présence d’une petite bourgeoisie urbaine moderne, qui accepte le panachage social et ethnique, jette les bases de rapprochements et de luttes communes avec les couches paupérisées sur la base de la défense de son quartier.
La seconde politique à l’œuvre, d’inspiration néo-libérale, est plus offensive. Euromed en est son fer de lance à Marseille : il s’agit de lancer une grande politique d’aménagement public pour réhabiliter des quartiers pauvres (Joliette Arenc, Les Crottes, La Cabucelle) en y réalisant une épuration sociale et ethnique, dans le but d’y attirer des capitaux fonciers avec promesse de profits conséquents, au service d’une stratégie ambitieuse de positionnement sur le marché des métropoles attractives). La résistance y est plus difficile mais l’ambition en est quand même parfois contrecarrée comme pour la rue de la République où la faillite de Lehman Brothers a participé à rendre ineffective la gentrification attendue (vieille histoire, déjà celle de la rue impériale !).
Le tout dans des choix de spécialisations territoriales définis au niveau européen, mais sur lesquels nos luttes quotidiennes peuvent aussi influer.

 

Car la riposte grandit et s’organise : collectifs naissants ou anciens à La Plaine, à Noailles, aux Crottes, à Belle de Mai et dans certaines cités (Flamants, Busserine,...). Habitants des quartiers centraux voués (selon la municipalité) à la démolition ou résidents des grosses cités, la colère est palpable. Il s’agit de la fédérer en force collective consciente qui puisse s’opposer aux projets de la bourgeoisie car le risque est grand que celle-ci s’appuie sur la vétusté du centre-ville pour le reconstruire en y accélérant la gentrification. Par exemple, plus de 100 logements en péril ont été vidés de leurs habitants après les effondrements de la rue d’Aubagne. Plus d’un millier d’habitant.es ont été, à ce jour, évacués dans de nombreux autres quartiers. Cela va accélérer la rénovation capitaliste du centre-ville, aider à déloger les habitant.es dont la bourgeoisie ne veut plus.

 

Après le recueillement, la colère. Par exemple à la manifestation du 14 novembre, 10 000 personnes présentes, sur des pancartes brandies on pouvait lire « Gaudin tu te tires ou on se pointe », « Sang sur les mains, menottes au poignet ». Où va-t-on les reloger, pour qui seront faites des rénovations/reconstructions, quelles solidarités de lutte entre les différents quartiers et couches de la population ? L’avenir de Marseille en tant que ville encore populaire va se jouer maintenant, si nous arrivons à combattre les grandes manœuvres en cours...

 

OCML VP Marseille

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