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Vague massive de protestations ouvrières et populaires au Kazakhstan, où les prix des carburants ont augmenté de plus de 90 %.

Depuis le 2 janvier, la révolte s’est répandue sur tout le territoire, et la répression est féroce – la police tire sur la foule, on compte les victimes par dizaines. Le président actuel, Kasim-Yomart Tokayev a en effet progressivement mis en place toute une série de mesures antipopulaires depuis le début de son mandat en 2019 avec la suppression progressive des subventions à la population qui a entraîné en particulier le doublement du prix de l’énergie. Et cela dans un pays producteur de gaz et de pétrole, où la classe dirigeante qui a privatisé les revenus de l’Etat n’a aucune honte à afficher une richesse insolente.

Le peuple kazakh a pris d’assaut les bâtiments publics dans les principales métropoles telles que Noursoultan (ex-Astana, capitale du pays) et Almaty. Les forces répressives ont été largement dépassées par le mécontentement social et, malgré la répression brutale, la déclaration de l’"état d’urgence" et la sale campagne visant à qualifier les journées de protestation de terrorisme et d’agents de l’étranger, la présence du peuple dans les rues n’a pas diminué.

Cette révolte, dont nous n’avons entendu parler que lorsqu’elle a commencé à atteindre la capitale du pays, gronde en réalité dans les centres industriels du pays depuis longtemps. La contestation est partie le 3 janvier des champs pétrolifères de Zanaozen, dans l’ouest du pays, où les travailleuses et travailleurs du pétrole se mirent massivement en grève pour exiger une augmentation de 100% de leurs salaires, une amélioration des conditions de travail, un abaissement de l’âge de la retraite et la liberté syndicale. Dans cette même ville, en 2011, une révolte ouvrière avait été mâté dans le sang, avec plusieurs dizaines de personnes tuées par les forces de répression. Le jour même, le mouvement s’est propagé sur les autres sites gaziers et pétroliers de la région, puis dans les mines de cuivres et de fer du centre du pays (notamment celles du groupe ArcelorMittal), avec des revendications à la fois démocratiques et de classe. La révolte kazakhe est donc une révolte profondément ouvrière dans sa forme et dans son contenu.

Ces journées de lutte intenses ont montré que les griefs de la population ne portent pas seulement sur des revendications économiques et syndicales, mais aussi sur le maintien du régime à poigne de Noursoultan Nazarbaïev, l’ancien président au pouvoir depuis trente ans et qui continue en fait à contrôler l’Etat. Nazarbaïev, c’est un de ces bourgeois d’Etat de l’ancienne URSS, ancien dirigeant du pseudo Parti Communiste du Kazakhstan qui s’est reconverti dans la gestion libérale de l’économie et de l’Etat. Il a créé tout un cadre juridique, politique et idéologique contre la subversion et contre toute velléité d’opposition au gouvernement. Le gouvernement actuel de Tokayev n’est qu’un gouvernement fantoche sous contrôle de Nazarbaïev. Dans beaucoup d’anciennes républiques d’URSS, les bourgeoisies aujourd’hui au pouvoir sont issus des cercles dirigeants de l’ex-pseudo-Parti communiste. A 30 ans de la chute de l’URSS, cela donne une idée de la vraie nature de l’ancien régime soviétique qui n’était plus qu’un fruit capitaliste-bureaucratique pourri.

Les manœuvres désespérées de Tokayev ont d’abord consisté à limoger tous les gouverneurs, y compris Nazarbaïev lui-même pour tenter d’éteindre le feu, puis à tirer dans la foule en cherchant l’intervention de pays comme la Russie pour étouffer la protestation populaire massive.

La crise mondiale du système capitaliste-impérialiste est palpable partout sur la planète et le Kazakhstan n’y échappe pas, pris dans les contradictions des puissances impérialistes, Etats-Unis et Europe d’une part, Russie et Chine d’autre part. C’est un important pays producteur de pétrole et d’uranium (en particulier pour les centrales nucléaires françaises) et sa position est convoitée sur l’échiquier géopolitique. Les mesures actuelles, comme partout, sont la porte de sortie de la bourgeoisie pour faire reporter la crise sur le dos de la classe ouvrière.

Les masses populaires n’ont rien à gagner des gouvernements bourgeois, et il faut souligner que tôt ou tard, même si le régime dictatorial est renversé, il se trouvera des dirigeants « démocrates » qui capituleront dans cette lutte de peur qu’elle remette trop profondément en cause l’ordre bourgeois et tenteront d’arrêter ou d’éteindre la lutte du peuple du Kazakhstan. C’est un moment important où les intentions des impérialismes russe et chinois sont démasquées, et avec les événements comme ceux en Ukraine et au Belarus, et qui montrent que les Etats-Unis ne sont pas le seul exemple de pays impérialiste.

A travers son organisation de coopération régionale l’« Organisation du Traité de Sécurité Collective », la Russie de Poutine a annoncé qu’elle allait intervenir pour rétablir l’ordre au Kazakhstan et sauver le régime pourri. Poutine veut se faire passer pour un rebelle au « Nouvel Ordre Mondial », mais la Russie agit en puissance réactionnaire comme toutes les autres, qui vole au secours des tyrans menacés par leurs peuples.

L’OCML Voie Prolétarienne salue la lutte courageuse du peuple kazakh contre les mesures antipopulaires de Tokayev, contre la bourgeoisie capitaliste d’Etat reconvertie à la sauce Nazarbaïev. Nous appelons à la vigilance contre tous les prétendus dirigeants de la lutte, au rejet de la domination des puissances étrangères et surtout, à la nécessité d’un courant rouge et d’avant-garde qui puisse diriger la lutte en termes révolutionnaires sans tomber dans le piège du réformisme. La classe ouvrière du Kazakhstan est à l’avant-garde de ce combat, et elle doit le rester !

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