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Millerand et la « République »

Bien avant Mitterrand ou Mélenchon

L’idée d’une dualité entre réforme et révolution a toujours traversé le socialisme en France. En guise de socialisme, c’est souvent un républicanisme de gauche, un mélange des traditions révolutionnaires et républicaines bourgeoises qui fut mis en œuvre. Ce qui fit dire à Engels : « Quand vous ne cessez de répéter que le « marxisme » est en grand discrédit en France, vous n’avez en somme vous‑même d’autre source que celle‑là ‑ du Malon de seconde main. Ce que l’on appelle « marxisme » en France est certes un article tout spécial, au point que Marx a dit à Lafargue : « Ce qu’il y a de certain, c’est que moi je ne suis pas marxiste ».

 

En 1893, une cinquantaine de députés sont élus à la Chambre, qui se réclament du socialisme. On y trouve Jean Jaurès et Jules Guesde. Guesde, le moins connu, était dirigeant du Parti Ouvrier Français. Ce parti était un des fondateurs des journées du 1er mai dites « fête du travail ». Il se battait pour des avantages précis pour les ouvriers, comme la réduction de la journée de travail.
Guesde s’oppose à Jaurès sur la participation du socialiste Millerand au gouvernement bourgeois.
Millerand avait déclaré : « Le socialisme consiste en la substitution nécessaire et progressive de la propriété sociale à la propriété capitaliste... Pour y parvenir, il faut écarter la violence et ne compter que sur le suffrage universel. » Ce programme de collaboration de classe était défendu par ceux que l’on appelait à l’époque « possibilistes ». Jaurès, lui, approuvait l’entrée de Millerand au gouvernement. Notons en passant que ce gouvernement comprenait Gallifet, le fusilleur de la Commune.

 

Mais si Guesde paraît très ferme sur les principes, le parti est toujours divisé sur la participation au gouvernement bourgeois. Les débats occupent même beaucoup de temps dans les congrès, non sans ambiguïté. Par exemple en 1899, deux motions sont votées, une qui condamne la participation, l’autre qui veut l’encadrer. Seule restriction : il faut que l’élu ait « l’assentiment du parti ». En 1900, Jaurès et Guesde s’opposent dans un débat contradictoire à Lille devant 8 000 personnes. Ce débat est connu sous le nom des « deux méthodes ». Le congrès socialiste international donnera raison à Guesde en condamnant toute tactique « partipationniste ». Guesde semble l’avoir emporté. Pas si simple. Jaurès, pacifiste, avait combattu la loi de 1913 instaurant le service militaire de 3 ans et surtout rappelle le mot d’ordre de « grève générale » en cas de guerre. Il est assassiné en 1914. La CGT approuve la « défense de la patrie » et l’union sacrée. Seule une minorité se détourne du chauvinisme.

 

Guesde lui-même devient ministre d’État de 1914 à 1916. Il pensait que « la guerre est mère de révolution ». Il y eut des révolutions à travers le monde, en particulier en Russie, mais il y avait un parti bolchévik qui avait préparé les travailleurs à prendre le pouvoir. A Zimmerwald en 1915, il n’y eut pas de représentant « officiel » du parti, seulement des oppositionnels. Guesde et la majorité du parti n’analysaient pas la guerre comme un produit de l’impérialisme, du chauvinisme, du militarisme. Beaucoup de socialistes à l’époque voyait le socialisme comme quelque chose de lointain. Ils étaient trop occupés à gérer l’activité quotidienne. Le socialisme, c’était quelques discours, des slogans en fin de congrès, aucune réflexion profonde. C’est ce que nous appelons de l’économisme. Millerand avait déclaré, en parlant du programme, « que son élasticité et son vague pouvait être utilisés pour attirer au socialisme une partie de l’élite de la bourgeoisie que n’avait pu entamer notre propagande très précise ». Tout ce que les socialistes disaient n’avait qu’un lointain rapport avec le programme de la révolution.

 

Nos modernes « possibilistes » du Front de Gauche nous servent la République à tout débat, ils nous parlent d’une république sociale, avec des réformes. Mais où est le but, comment en finir avec cette société d’exploitation ? La République ? mais on y est ! C’est le socialisme la future et seule étape. Il nous faut un véritable parti communiste qui nous fixe dès maintenant le cap.

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