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Vive la lutte du peuple Algérien !

Depuis plusieurs semaines, les Algériennes et Algériens manifestent en masse leur rejet du régime bourgeois bureaucratico-militaire qui s’est obstiné à vouloir faire « réélire  » un Bouteflika sénile. L’OCML-VP a décidé de relayer l’appel qui suit, diffusé par un collectif de jeunes militantes et militants révolutionnaires et progressistes de ce pays présents en France. Cette déclaration trace des lignes de démarcations fondamentales en rejetant les pseudo-opposants qui veulent juste remplacer au pouvoir une fraction de la bourgeoisie par une autre, en appelant à l’auto-organisation des masses à la base indépendamment des manœuvres du régime, et en soulignant la nécessité de construire une organisation populaire qui porte une alternative politique radicale.

 

Déclaration

 

Les manifestations immenses qui se déroulent ces jours ci dans tous les coins du pays pour le rejet du cinquième mandat constituent un événement inédit et sans précédent dans l’histoire de l’Algérie. Les millions de travailleurs, chômeurs, femmes qui ont investi pacifiquement la rue depuis un mois est une réponse cinglante à la décision du gouvernement de reconduire un président mourant pour un cinquième mandat. C’est un formidable sursaut de dignité face à une humiliation de trop !

 

Cependant, si la décision de Bouteflika de se représenter a été la provocation qui a fait déborder le vase, il n’en demeure pas moins que la situation marquée par l’inflation galopante, l’érosion du pouvoir d’achat, le chômage élevé touchant la jeunesse et l’absence des libertés sont les facteurs qui ont prédisposé ces millions de personnes à investir la rue afin de crier leur colère.

 

Après plusieurs décennies de politiques antisociales et de remise en cause des acquis des travailleurs et d’abandon des secteurs publics vitaux tels la santé, l’éducation, la situation de pans entiers de la population fut plongée dans la précarité et la pauvreté. Alors, au de-là de la contestation du cinquième mandat, c’est surtout cette politique libérale et autoritaire qu’il faille combattre afin d’améliorer le niveau de vie de la population et recouvrer les libertés démocratiques fondamentales.

 

Que cette politique soit incarnée par un Bouteflika mourant ou le candidat Ghediri, par "l’opposant" Benflis ou un président jeune, ça ne changera rien au sort des classes populaires. Le changement de présidents et du personnel politique dirigeant nous montre à chaque fois que ça n’induit aucune rupture avec les politiques libérales génératrices d’exploitation et d’inégalités sociales criardes.

 

D’ailleurs, la perspective de la conférence nationale inclusive annoncée dans le communiqué attribué à Bouteflika s’inscrit parfaitement dans cette optique. Il est probable que le régime opte pour une figure consensuelle issue de "l’opposition" afin de canaliser d’une part le mouvement sur une voie électoraliste et d’autre part mener à bien la politique économique du gouvernement qui se déclinerait en une succession de mesures d’austérité, de suppression des transferts sociaux, de précarisation du travail.

 

Et pour endosser ce rôle, ce ne sont pas les prétendants qui manquent. Ils seraient nombreux à offrir leurs services au régime si ce dernier opérait une ouverture à des segments de l’opposition libérale. C’est pourquoi les tractations en cours au sein de l’opposition et la perspective annoncée par le régime de la tenue d’une conférence nationale doivent nous alerter sur les convergences qui peuvent se dessiner entre le régime et cette opposition au détriment des intérêts des nombreux manifestants qui peuplent les rues. Les mobilisations ne faiblissent pas, des grèves se déclenchent dans différentes entreprises, et des appels à la grève générale se multiplient.

 

En revanche, l’absence criante d’une organisation capable de proposer une alternative au service des besoins de ces millions de manifestants risque de profiter largement aux patrons et aux autres partis qui utiliseraient ces mobilisations comme force d’appoint pour imposer les réformes drastiques et antipopulaires.

 

Il est plus qu’indispensable que tous les militants qui rejettent le cinquième mandat de Bouteflika et son régime autoritaire et libéral, de s’unir pour proposer une autre alternative antilibérale au service des besoins de tous les démunis.

 

Pour la construction des comités dans les quartiers, les universités et dans les usines ! Pour l’auto-organisation des masses !

 

Paris, le 10/03/2019

 

Collectif El Yassar

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