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Intervention d’ouverture de l’OCML Voie Prolétarienne
Réunion publique "Danger de guerre, espoir de révolution" du 13 février 2026
Cette introduction a également été traduite en anglais : https://ocml-vp.org/article2917.html
Et elle est également téléchargeable au format pdf ci-contre
La guerre à venir est dans tous les esprits, le moral est dans les chaussettes. Guerre en Ukraine avec la Russie, génocide à Gaza, provocations de Trump, agressivité commerciale de la Chine, conflits dans toutes les régions du monde, militarisation de la société, pas un journal d’actualité sans être complètement plombé.e.s, réduit.e.s à l’impuissance et à la dépression. En vrai, c’est cela qu’ils cherchent. • Pas question de rajouter ici une nouvelle dose pour casser le moral. On a besoin de solidarité mais aussi de garder la tête froide et les idées claires, et de s’enrichir mutuellement pour se faire une idée la plus réaliste de la situation. Ce sont les idées claires qui nous permettent de lutter contre la panique et le déni, contre le sentiment d’impuissance, les pathologies et les addictions, les anxiétés, les antidépresseurs. • Pas question de faire de ces nouveaux cours de géopolitique qu’on voit fleurir un peu partout sur les réseaux sociaux pour analyser doctement les contradictions mondiales, chacun plus expert que l’autre, pour déboucher sur la même conclusion que la guerre se rapproche sans qu’on puisse en conclure quoi que ce soit. Nous, nous parlons d’un camp, celui du prolétariat mondial, celui des peuples en lutte contre l’impérialisme, tous les impérialismes. Et c’est comme cela que nous voulons parler de la guerre qui semble se préparer. • Pas question non plus d’opposer paix et guerre, de s’opposer à la guerre au nom de la défense d’une « paix » qui n’est que la défense de l’ordre existant. Nous aussi reprenons la formule de Jaurès : « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage ». En retournant cette phrase, on comprend que la seule opposition réelle à la guerre c’est l’opposition au capitalisme, donc qu’avant tout c’est le combat pour la révolution qui compte, pas celui pour une « paix » impérialiste illusoire !
Les peuples aspirent à la paix, à la bonne entente, et sont effrayés par la guerre et les affronte-ments que l’on sent venir. C’est un réflexe « humain », de protection, les peuples aspirent à la paix « en général ». Sentiment entretenu par tous les réformistes, ce grand mythe de la paix mondiale est une fumisterie, particulièrement vivante dans les pays impérialistes qui sont restés à l’abri des conflits ces dernières décennies, après la chute du nazisme.
Car de quelle paix parle-t-on aujourd’hui ? Celle de l’exploitation renforcée, des sans-papiers, de l’amiante, de la précarité, des morts au travail, de la pénibilité ? De la famine et des massacres récurrents au Congo ou au Yémen ? Du génocide méthodique contre le peuple Palestinien, devant lequel TOUTES les puissances ferment les yeux ? Celle de la mondialisation libérale et de ses ravages ? Celle de la concurrence, de la domination, du pillage, des migrations imposées, des morts en Méditerranée, du racisme, des violences policières ? Ici en France, ou aux Etats-Unis, en Amérique Latine, en Afrique ou partout ?
Nous ne défendons pas la paix des puissants. L’invocation du droit international est aujourd’hui la forme principale du pacifisme. Le droit international, c’est comme la France pays des droits de l’homme, ça n’a jamais vraiment existé. Il ne faut pas être nostalgique d’une illusion, sinon on va nourrir l’impuissance. Lénine disait de la Société Des Nations, l’ancêtre de l’ONU que c’était un club de puissances coloniales et impérialistes, une « caverne de brigands ». Même au plus fort des luttes de décolonisation le conseil de sécurité de l’ONU est resté cette caverne de brigands. Aujourd’hui les brigands sont sortis de la caverne, ils ont ouvert les portes de l’enfer !
Contre la guerre, c’est pour la révolution que nous combattons, pas pour revenir à l’ordre ancien qui a d’ailleurs créé les conditions du conflit à venir. Nous sommes communistes, maoïstes, et notre combat contre la guerre impérialiste est celui de la révolution, avec encore plus d’urgence en ces périodes troublées où les nuages s’assombrissent, avec l’espoir et l’optimisme d’une situation où nos ennemis sont plus fragiles que jamais.
Mais qui sont les fauteurs de guerre ? Le monde est arrivé dans une séquence où Chine, Russie, et autres puissances contestent l’hégémonie économique mondiale des Etats-Unis et de l’Occident en général, qui se défendent becs et ongles. Le règlement « pacifique » des contradictions n’est plus d’actualité, on est dans le rapport de forces brut et direct, et que le plus fort gagne – toujours au détriment des peuples.
Pour les uns, « c’est la faute à Poutine et à la Russie ». C’est le discours dominant partout dans les médias et les gouvernements en Europe qui sont engagés dans une course frénétique à l’armement et à la militarisation. Pour les autres, les fauteurs de guerre « c’est les USA et l’OTAN et leurs valets européens », qui n’ont cessé de provoquer la Russie et donc le conflit ouvert actuel.
Dans un cas comme dans l’autre, il y a une part de réalité, mais unilatérale et simpliste. Il y a le risque de glisser de la corde raide de la dialectique pour soutenir un impérialisme contre un autre, supposé moins agressif ou plus légitime. Et ce glissement, des groupes qui, en France, se prétendent révolutionnaire ou communistes n’y échappent pas.
Sauf que l’impérialisme, c’est d’abord un système capitaliste poussé à l’extrême, ce qui veut dire concurrence et lutte pour les marchés, le repartage du monde, le pillage des ressources. Une puissance impérialiste n’existe pas seule, elle n’existe que face à ses concurrents.
En ce sens, le moins agressif n’est pas le moins responsable, il l’est autant que les autres. Quand la Chine augmente sa présence économique sur toute la planète, c’est pour augmenter ses parts de marché et la profitabilité de son capitalisme, au détriment des autres impérialismes. En ce sens, la Chine « provoque » sévèrement ses concurrents partout dans le monde. Ce n’est pas un hasard si tous les commentaires politiques soulignent la compétition économique acharnée entre les Etats-Unis et la Chine comme toile de fond de la situation mondiale et principal facteur de guerre pour l’avenir. Mais dans ce contexte, qui est le principal fauteur de guerre ? Ni l’un ni l’autre particulièrement, mais tous les deux, en ce qu’ils manifestent une contradiction fondamentale de l’impérialisme, la concurrence pour la domination des marchés. La politique ultra-agressive de Trump est en réalité dans la continuité de celles de Biden et Obama, qui déjà avaient la Chine dans le viseur.
L’impérialisme est un « système », avec ses multiples puissances et rouages contradictoires. Le capitalisme est la cause des guerres de l’histoire moderne. Ces guerres n’ont rien d’insolite, elles ne contredisent pas les bases du capitalisme et de la propriété privée des moyens de production, ni le système de concurrence et d’exploitation ; elles en sont les conséquences directes.
La tendance à la guerre entre impérialistes est donc toujours simultanée à la tendance à la guerre entre prolétariat et bourgeoisie. Face à la baisse du taux du profit, les capitalistes engagent une lutte féroce contre la classe ouvrière pour élever le taux d’exploitation, lutte d’autant plus féroce que chaque capitaliste y est poussé si l’on peut dire par la concurrence des autres.
Notre ennemi principal, est ici, en France, c’est l’impérialisme français. Sans aucune hésitation, sans aucune discussion, c’est la base du marxisme et d’un point de vue révolutionnaire.
La France est une grande puissance impérialiste, et veut rester grande puissance impériale, après avoir perdu l’essentiel de son empire colonial. C’est la 5ème armée mondiale, la quatrième puissance nucléaire, le deuxième exportateur d’armes, le deuxième espace maritime mondial grâce aux colonies, membre du Conseil de Sécurité Nations Unies. C’est un complexe militaro-industriel puissant, organisé, centralisé autour de la Direction Générale de l’Armement (DGA). C’est un des piliers du « Monde Occidental » qui a ré-intégré le commandement intégré de l’OTAN en 2009.
C’est une grande puissance économique capitaliste, certes sur le déclin, en particulier au niveau industriel, mais avec des secteurs de pointe comme l’aéronautique et le spatial, l’agro-alimentaire, le luxe, les assurances et la finance, et bien d’autres domaines.
Pour nos bourgeois impérialistes, c’est la peur du déclin économique et la hantise du déclassement, ce qui est vécu comme une humiliation pour les nostalgiques de la « grandeur de la France ». Le vrai « grand remplacement » pour eux, c’est la perte des marchés.
« Les conditions de la compétition mondiale changent », comme l’a dit Lecornu et l’impérialisme français doit donc s’adapter.
• C’est la modernisation de l’armée et augmentation de son budget, qui aura plus que doublé d’ici 2030, alors qu’on ne nous parle que du trou de la dette !
• C’est le soutien massif aux monopoles de l’armement, pour les commandes françaises mais aussi pour l’exportation.
• C’est l’encouragement fait aux industries civiles de se reconvertir dans l’armement, avec le chantage à l’emploi qui va avec.
• C’est la militarisation des esprits bien sûr, et la préparation de toute la société à la guerre. Et tout ça, c’est à nous le payer. D’où l’austérité, l’école et la santé sacrifiées.
• C’est le durcissement de l’exploitation, la destruction des droits collectifs de la classe ouvrière et des travailleurs, sous prétexte aussi d’économie de guerre.
• Et pour faire passer la pilule de gré ou de force, il y a la répression contre tous les « empêcheurs d’exploiter et de piller en rond » : syndicalistes, soutiens à la Palestine, écologistes radicaux. En arrière fond idéologique et politique, le développement du nationalisme, du racisme, du chauvinisme ; pas qu’en France d’ailleurs !
Oui, l’impérialisme US reste, à l’échelle globale, le premier oppresseur des peuples du Monde. Mais les autres ne valent pas mieux. Il n’y a pas lieu de faire une classification des pires et des moins pires lorsque cela revient à soutenir les uns contre les autres – ce qu’on voit clairement avec les « campistes » qui soutiennent plus ou moins explicitement la Russie de Poutine ou la Chine de Xi Jinping au nom de ce « nouveau monde multipolaire ».
Certains pseudo-révolutionnaires campistes comme l’Union pour la Reconstruction Communiste, URC (mais ils ne sont pas les seuls) vont même jusqu’à soutenir implicitement le régime fasciste iranien, en fermant les yeux sur les épouvantables massacres de masses qu’il commet contre son peuple. Ou le régime corrompu et parasitaire de Maduro et Cie au Venezuela. Comme ils ont soutenu le boucher Assad contre le peuple syrien. Cela, sous prétexte qu’ils feraient partie d’un prétendu « axe de la résistance » contre les impérialistes et les sionistes.
Nous ne sommes pas ambigus :
• Nous sommes contre le bombardement de l’Iran
• Nous sommes contre l’agression au Venezuela
• Nous sommes contre l’agression de l’Ukraine
• Nous sommes contre tous les embargos et blocus impérialistes, comme celui de Cuba
• Nous sommes en général contre toutes les opérations de changement de régime organisées par les puissances impérialistes, que ce soit par les USA au Venezuela ou par la Russie en Ukraine, qui ont toujours abouti au pillage du pays et à une aggravation des conditions de vie pour la classe ouvrière et les peuples.
Mais nous le disons tout aussi clairement, tous les peuples du Monde méritent de se libérer de leurs chaînes, les Iraniennes et Iraniens comme les autres. Nous refusons de jouer un jeu d’échec géopolitique cynique, indifférent au sort des masses, sans point de vue de classe. Nous refusons de soutenir des régimes pourris sous prétexte d’un pseudo anti-impérialisme qui n’est que la recherche d’un nouveau parrain pour se débarrasser d’un ancien.
Nous, nous ne nous trompons pas : c’est la classe ouvrière et les peuples du monde que nous soutenons, contre nos ennemis communs.
L’avenir que nous promettent nos exploiteurs n’est pas très fun. Entre victimes éventuelles sur le champ de bataille, et militarisation de la société, nous pouvons avoir du souci à nous faire. La tentation c’est de céder à cette ambiance qu’on nous martèle dans tous les médias. Ambiance de peur, de nationalisme, de dépression inquiète face aux incertitudes à venir. Et donc de se raccrocher à la défense d’une paix impérialiste dont nous avons déjà dit combien elle était illusoire.
Nous disons non, nous refusons de rentrer dans le jeu. Ils préparent la guerre ? Organisons notre camp pour en finir avec toutes les guerres. Illusoire ? Nos forces sont encore très faibles, on ne va pas se mentir. Mais la lutte des classes, la résistance des peuples est bien vivante. Souvenez-vous des printemps arabes ou des gilets jaunes. Voyez aujourd’hui la Génération Z, la résistance héroïque du peuple palestinien, les révoltes des peuples d’Iran et de Birmanie. N’oubliez pas les guerres populaires menées par les maoïstes en Inde et aux Philippines.
Aujourd’hui, un des enjeux c’est la construction d’une solidarité internationale. C’est pour cela que nous avons invité le Comité de Soutien à la Révolution Populaire aux Philippines, le Parti Communiste de Grèce marxiste-léniniste, qui vont apporter leur point de vue et leur expérience, ainsi que d’autres forces qui ne sont pas présentes, comme l’UUOCmlm de Colombie qui a transmis une vidéo. C’est pour cela que nous avons signé une déclaration internationale commune de soutien au peuple palestinien (que vous trouverez sur notre table de presse).
Notre seule issue, c’est construire l’indépendance politique des prolétaires et des masses opprimées, sans injonction à choisir notre camp entre tel ou tel exploiteur, entre tel ou tel massacreur. C’est la voie à suivre, et nous ne serons pas seuls, avec les prolétaires et les peuples du monde qui combattent nos mêmes ennemis !