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Coronavirus : vote, bosse et ferme-la !

En 48 heures et trois discours, voilà le pays paralysé et toute activité collective interdite pendant un mois pour tenter d’enrayer la progression du virus.

« Toute » activité ? Non pas toute…

  • Les municipales sont maintenues, et on peut dire sans se tromper que le risque d’y récupérer le virus est bien plus important que celui de voir les promesses électorales se réaliser… L’enjeu du pouvoir politique est une question clé pour les politiciens bourgeois.
  • Le travail, le système productif est maintenu, quoi qu’il en coûte. Les lieux de rencontre que sont bars, restaurants et spectacles sont fermés, mais les usines tournent à plein rendement, avec des centaines voire des milliers d’ouvrier.e.s regroupés sans plus de précautions et contraints de continuer à bosser. Au risque de dizaines de milliers de morts supplémentaires.

Voilà mis à nu en cette période de crise ouverte la véritable nature de cette société d’exploitation. D’ailleurs, les mesures mises en place par Macron et Philippe sont très parlantes.

-  D’abord l’accent mis sur le télétravail, en ritournelle écœurante. La mesure s’adresse évidemment aux cadres, aux technicien.ne.s qui peuvent travailler à domicile, aux employé.e.s délocalisables, c’est-à-dire aux couches moyennes et supérieures de la petite-bourgeoisie salariée. Les ouvrières et ouvriers de la chimie, de l’industrie, du BTP, des transports (publics ou privés), les caissières de la grande distribution, les femmes de ménage, sont évidemment exclus comme tous les travaux manuels. Le capitalisme ne cesse de renforcer la division entre travail manuel et travail intellectuel, on en voit maintenant la matérialisation numérique.
Etre ouvrier ce n’est pas seulement produire des richesses, c’est être dépossédé de sa puissance intellectuelle et être réduit à un « robot humain » manuel, qui ne peut pas connaître le télétravail – évidemment !

Notre exigence : droit de retrait pour tous les prolétaires, automatique, sans contestation et à 100% dès que le virus est avéré ! Et si nécessaire fermeture des entreprises, comme pour les écoles !

-  Après des décennies de plans d’ajustement structurel du système de santé et de l’hôpital, on est arrivé à l’os d’un système qui n’en peut plus, entre suicides, burn out et démissions, le tout au nom de la rentabilisation de la médecine. Voilà qu’on va pressurer encore plus – si c’était possible – pour affronter une épidémie qui met en danger le système productif. Les personnels de santé vont devoir travailler au-delà du raisonnable, au-delà de 60 heures par semaine, sans même que les heures supplémentaires soient payées…

-  La santé des ouvriers et prolétaires est purement et simplement abandonnée, juste quelques mots pour les personnels de santé qui n’ont même pas les masques nécessaires pour se protéger.

Pour les autres, c’est bosse et ferme-la. Aucune protection, aucune information quand un collègue disparaît du jour au lendemain, confiné pour cause de virus, c’est l’opacité complète. En Italie, la révolte gronde, et la grève se répand, le droit à la santé ne se partage pas !

-  C’est encore plus scandaleux pour les professions en contact avec du public, ou à risques. Les caissières, les prolétaires des transports ou de la surveillance aéroportuaire, les professionnels du nettoyage (femmes de ménage, nettoyage industriel) qui vont être en tension avec les désinfections à répétition et donc au contact du virus. Celles-là et ceux-là, qu’ils bossent jusqu’au bout, on les remplacera pour maintenir à tout prix l’activité économique ! Et encore plus lorsqu’il s’agit de sous-traitants, là les entreprises donneuses d’ordre s’en « lavent carrément les mains »…

Notre exigence : protection renforcée (masques, gants) pour tous ces personnels en contact avec le public ou avec le virus !

-  Concernant le chômage technique (pour celles et ceux qui y auront accès), le gouvernement garanti 70% du brut ou 84% du net. Pour un SMIC net de 1185€, c’est une perte sèche de 190€ par mois. Quand on finit les mois en comptant les euros, c’est juste impossible…

Notre exigence : le chômage technique à 100% dans tous les cas, qu’il s’agisse des fermetures d’entreprises ou de la garde des enfants.

-  La fermeture de l’ensemble du système éducatif va imposer des gardes compliquées, et quand il n’y a pas de solution immédiate (grands parents, nounou…) la présence d’un des parents devient obligatoire, et on peut parier que ce vont être les femmes les premières renvoyées au foyer. Au premier chef les femmes prolétaires dont les salaires sont plus faibles que ceux des hommes (donc moins de perte pour le ménage). Encore une régression, comme s’il y en avait besoin !

Notre exigence : prise en charge à 100% du confinement d’un parent, quel qu’il soit !

-  Le développement annoncé de l’enseignement à distance est une autre mesure de classe, plus sournoise. Car pour qu’il fonctionne, il faudra des parents attentifs, présents et opérationnels sur le terrain éducatif comme informatique d’ailleurs : oui, enseigner c’est une vraie compétence. Alors, c’est nickel pour les parents bobos déjà partis à la campagne avec leurs enfants, télé-travail et télé-enseignement, dans la verdure et au soleil. Gageons que malheureusement les gamins ou jeunes de banlieue vont une nouvelle fois être abandonnés à eux-mêmes, et perdront purement et simplement un mois de scolarité, comme s’ils avaient besoin de ça. Il y aura bien sûr les efforts des enseignants les plus motivés, mais à l’impossible nul n’est tenu…

Notre exigence : annulation ou report de tous les examens et évaluations

-  L’isolement des anciens dans les EHPAD apparaît comme une mesure de bon sens. C’est oublier que c’est un secteur hautement sinistré, où il manque 800 000 professionnels et des moyens importants. Pour les anciens, ce qu’il faut c’est des moyens humains et médicaux, pas les enfermer et les isoler.

Notre exigence : des moyens pour les EHPAD, pour maintenir les liens avec les anciens, bien entendu avec toutes les précautions nécessaires.

Au vu de ce qui s’était passé en Alsace, dans l’Oise ou ce qu’on commençait à voir dans la Seine Saint-Denis, ça fait déjà une semaine que tout aurait dû être arrêté. Mais voyez-vous pour les bourgeois, les prolétaires de l’Oise ou des banlieues ne comptent pas vraiment, il a fallu que l’épidémie explose et commence à s’attaquer aux députés ou aux membres du gouvernement pour qu’on se décide, difficilement, aux mesures nécessaires. Cela, nous le comprenons bien comme un mépris de classe, le même que nous ressentons chaque fois que nous entendons le mot télétravail…

Voilà bien longtemps que les pays dominés connaissent les « épidémies sans frontière », Ebola, paludisme, et autres dengue, et cela n’a pas provoqué un tel branle-bas de combat dans la bourgeoisie mondiale.

Le fait est, c’est que cette fois, le virus a touché le cœur de la machine productive impérialiste. Parti de Chine, il touche maintenant l’Europe et les Etats-Unis, et le système économique capitaliste basé sur la mondialisation libérale vacille, les Bourses s’effondrent. Le capitalisme est ultra fragile, c’est bien une des leçons de l’épidémie actuelle, il est incapable de s’y affronter et en est réduit à le laisser se développer en tentant d’en limiter les conséquences – une fois de plus les prolétaires vont trinquer. Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas un replâtrage d’un système qui montre sa faillite, mais d’une véritable révolution du système économique, appuyé cette fois sur les besoins réels des populations les plus fragiles et pas sur les profits des monopoles mondialisés.

Macron nous a appelé à « faire Nation », à serrer les coudes et à oublier nos contradictions, il ne manque pas d’air.

Après la loi Travail, après la destruction de l’hôpital public que l’on paye aujourd’hui, après les réformes catastrophiques et en cascade dans l’éducation, après la réforme sur les retraites, et avant les futures réformes auxquelles il a fait une allusion voilée, voilà qu’il nous demande notre soutien ?

Alors que les mesures qu’il avance sont une nouvelle fois discriminatoires contre les ouvrier.e.s et les prolétaires, dans le seul objectif de maintenir la machine économique à profits à flot ?

Jamais ! Jamais le patronat et le gouvernement n’auront notre soutien !

Nous ne sommes que de la chair à patron dans la guerre économique, et l’épisode Coronavirus n’est qu’une anecdote pour le capitalisme, comme d’habitude ce sera tant pis pour nous, les exploités. Jamais nous ne nous rendrons complice de notre propre exploitation ! Et Mélenchon qui ose dire que l’heure est à la cohésion et à l’entraide !

Le Coronavirus n’est évidemment pas un virus de classe, il touche également puissants et misérables. Par contre, toutes les mesures proposées ont un caractère de classe bien marqué, pas question de rentrer dans le jeu de Macron et des autres !

Une nouvelle fois, la preuve qu’il faut reconstruire notre camp, en toute indépendance.

Exigeons nos droits face aux exploiteurs !

Organisons-nous solidairement entre exploités, voisins, riverains, pour nous prendre en charge collectivement, les enfants, les anciens, les malades, avec bien sûr les précautions nécessaires !

Non à l’union nationale !

Le virus dont il faut se débarrasser, c’est le capitalisme !


La déclaration mise en page sous forme de bulletin téléchargeable


Egalement disponible en espagnol : http://ocml-vp.org/article2095.html

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