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Qu’est-ce que l’Amérique latine ?

Ce qui unit ces pays, c’est d’abord une Histoire commune : la colonisation espagnole ou portugaise pour la plupart, puis les (fausses) indépendances au début du 19e siècle, et enfin la domination néo-coloniale des États-unis ; l’Amérique latine est un peu aux USA ce que l’Afrique noire est à l’impérialisme français.

Néo-colonialisme à l’américaine

C’est bien avant que la France n’installe Houphouët-Boigny au pouvoir en Côte-d’Ivoire (1962) que les États-unis mettront au point le néo-colonialisme en Amérique latine (après avoir supplanté la Grande-Bretagne en influence dans la région, qui elle-même avait supplanté l’Espagne) ; en 1903, ils fomentent l’indépendance du Panama (détaché de la Colombie) dont le gouvernement leur cède immédiatement la souveraineté sur le Canal. Un peu partout en Amérique centrale, des coup d’État militaires sont régulièrement encouragés par les USA, notamment pour préserver les intérêts des compagnies pétrolières, minières et fruitières américaines (par exemple la fameuse « United Fruits Company »). Aujourd’hui encore, même si c’est de façon plus discrète, l’impérialisme étasunien continue à vouloir faire la pluie et le beau temps : on se souvient des dictatures militaires au Chili, au Brésil, en Argentine et en Uruguay, ou plus récemment du coup d’État au Honduras en 2009. Mais attention, le nôtre est aussi bien présent : les entreprises françaises sont les premiers employeurs privés en Colombie, par exemple.

Les classes en présence

Historiquement, dans ces pays, l’impérialisme s’appuie sur une bourgeoisie à son service composée de plusieurs strates. D’abord, la bourgeoisie compradore, qui tire ses revenus de l’exportation des matières premières et de l’importation de biens de consommation et est l’agent commercial des puissances impérialistes. Ensuite, les grands propriétaires terriens, plus ou moins modernisés ; il s’agit de propriétés qui dominent une masse de paysans sans terre de façon semi-féodale. Aujourd’hui, la tendance est au passage de la grande propriété sous-exploitée et archaïque à la grande propriété capitaliste moderne. Ces couches de la bourgeoisie se sont unies pour contrôler les appareils d’États, et former ainsi une « bourgeoisie bureaucratique ». Il existe également une petite bourgeoisie nationale, qui possède les capitaux investis dans l’industrie locale au service de la consommation nationale, mais celle-ci est très faible.
Face à la bourgeoisie, on trouve donc une paysannerie pauvre (principalement constituée d’indigènes amérindiens) et une classe ouvrière plus ou moins développée selon les pays : ouvriers agricoles, mineurs, et bien sûr ouvriers d’industrie. À cela s’ajoute la masse des prolétaires vivant de petits boulots ou au chômage, qui s’amassent dans les bidonvilles des grandes villes.

Entre archaïsme agraire et modernité capitaliste

Voilà la situation historique. Mais du fait de l’intégration inégale des pays d’Amérique du sud à l’économie capitaliste mondiale, les situations sont aujourd’hui très différentes. L ’Argentine par exemple, est un pays capitaliste développé (même s’il reste sous la domination impérialiste), avec une importante classe ouvrière, un paysannerie aujourd’hui aussi peu importante qu’en Europe occidentale. Le Brésil a l’ambition de se faire un place parmi les puissances impérialistes. Mais à l’inverse, au Guatemala et en Bolivie, les paysans pauvres et moyens constituent encore près de la moitié de la population active dans le cadre d’une agriculture encore très archaïque, et l’industrie est très peu développée.

Les Communistes doivent savoir s’adapter !

À situations différentes, tâches différentes pour les révolutionnaires. Pour nous, les maoïstes, là où les revendications de la paysannerie jouent un rôle important, ses problèmes constituent un levier pour mobiliser les masses dans la révolution : lutte contre le féodalisme, pour la réforme agraire, contre l’impérialisme qui les ruine, etc. Il faut articuler les tâches nationales (anti-impérialistes), démocratiques (la terre, l’indianité, les droits démocratiques, etc.) et anti-capitalistes. La révolution passe d’abord par une phase nationale et démocratique, en transition immédiate vers une révolution socialiste. Ce qui garantit cette transition, c’est que la classe ouvrière doit diriger de bout en bout, même lorsque la paysannerie est la force principale. Aujourd’hui, en Amérique latine, l’importance des tâches agraires est variable : parfois la paysannerie constitue la force principale dans la lutte de classe, mais dans d’autres pays, les tâches « agraires » sont moins importantes, et dans ce cas, c’est déjà la classe ouvrière qui doit être la force principale de la révolution. Dans tous les cas, la libération de l’impérialisme sera une des premières tâches révolutionnaires dans tous les pays d’Amérique latine, qui sons tous dominés. À chaque pays correspond une situation concrète, et c’est aux communistes d’être capables, dans chacun des cas, d’élaborer une stratégie de la révolution.

 

Axel

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