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BD « Dans l’ombre de Charonne »

J’ai lu la BD recommandée avec enthousiasme dans le dernier Partisan. Le dernier paragraphe de la préface m’a fait tiquer :
« Pendant de nombreuses années, la confusion était grande entre les massacres d’Algériens à Paris le 17 octobre 1961 et Charonne. Puis, par le combat inlassable mené par les enfants de l’immigration algérienne, la date du 17 octobre 61 a enfin acquis une grande visibilité. Il faut maintenant que ces deux dates, 17 octobre 61 et 8 février 62, soient définitivement liées comme signe de fraternité entre l’immigration ouvrière algérienne et les militants en France qui ont refusé la guerre livrée en Algérie. »
Il n’est pas question de réduire tout le travail de Benjamin Stora et tout le contenu de la BD à un seul paragraphe. Mais cette conclusion de la préface illustre bien un danger dans la résolution des contradictions : escamoter les responsabilités politiques, fuir les critiques et les auto-critiques. Or pour pardonner, il faut savoir quoi !
La différence est frappante entre les réactions aux deux crimes d’Etat, une énorme manifestation d’un côté, qui a pesé politiquement, et quelques articles de journaux de l’autre. Mais les « enfants de l’immigration algérienne » ne sont pas les seuls à avoir mené le combat de la mémoire pour le 17 octobre –VP, presque seule, l’a mené aussi dès ses origines, témoin le meeting d’octobre 81. Ces « enfants de l’immigration » doivent aussi, de leur côté, savoir dénoncer le prix à payer quand une organisation bourgeoise mène la lutte nationale. Quant au PCF, le poids de son réformisme, de son nationalisme et de son alliance avec la social-démocratie a été déterminant.
L’unité entre le 17 octobre et le 8 février se fera bien avec « l’immigration ouvrière », et pas l’immigration algérienne en général, et avec les militants qui en France sauront dénoncer la trahison qui se cachait derrière l’ambiguïté du « refus » de la « guerre en Algérie ».
Ceci dit, Partisan avait raison de recommander cette BD, elle est bien faite et vraiment très intéressante.

 

M.C.

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