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Producteurs sauvons-nous nous-mêmes

Editorial de Partisan n° 223 décembre 2008

L’enthousiasme suscité par l’élection d’Obama n’était pas partagé par tous, en particulier par beaucoup de nos collègues et camarades de lutte. « Ce n’est pas lui qui va résoudre la crise mondiale ! » Ce bon sens politique, pourtant, ne répond pas à au moins deux questions : Quelle est la signification politique de l’événement ? Deuxièmement, si ce n’est évidemment pas Obama qui va résoudre la crise du capitalisme, alors ce sera qui et comment ?

Un black — ou métis — à la tête de la première puissance impérialiste, c’est un symbole fort pour tous ceux, et nous en sommes, qui luttent contre les discriminations. Tout-à-coup, la France « pays des droits de l’homme » semble bien en retard ! Mais encore ? Obama a promis un calendrier de retrait des troupes d’Irak. Dans le même temps, comme Sarkozy il y a quelques mois, il prévoit un renforcement de l’effort militaire en Afghanistan, et il se donne le droit d’intervenir dans les zones tribales du Pakistan. Car il partage la même vision de l’ennemi que Bush : c’est le terrorisme de Ben Laden et les Talibans. Il a rappelé que les Etats-Unis sont les meilleurs amis d’Israël. Bref, Obama va gouverner comme Kennedy ou Clinton. La politique américaine, au fond, ne va pas changer.

L’élection d’un président avec 64% de participation, c’est inattendu. Les travailleurs américains se mobilisent : voilà le véritable événement. Et pas seulement dans les urnes. Pas seulement contre les discriminations. Cette élection renvoie à toutes les manifestations contre la guerre en Irak, toutes les protestations contre la politique de Bush, et dernièrement contre les effets de la crise. Rappelez-vous la grève générale de tous les sans-papiers du pays en mai 2006 : en avons-nous fait autant en France ou en Europe ? Dans ces élections, il n’y a pas qu’Obama, il y a la classe ouvrière.

Evidemment, les élections mobilisent pour démobiliser. Elles ignorent les abstentionnistes. Et elles donnent l’illusion aux travailleurs d’avoir leur petit pourcentage de pouvoir, alors qu’ils n’ont que celui de choisir entre des candidats bourgeois tous prêts à gérer le capitalisme. C’est, comme le disait un slogan de 1968, un « piège à cons ». « Change, yes, we can », répétait Obama (le changement, oui, nous le pouvons). « Nous », c’est mieux que les « Je » de Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal (Je ferai ceci, Je serai le président de cela). Mais que doivent faire les travailleurs américains aujourd’hui, l’élection étant gagnée : attendre, faire confiance ? Rappelons-nous les paroles de l’Internationale, écrites en 1871 : « Il n’est pas de sauveur suprême, Ni dieu, ni césar, ni tribun, Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes ». Cette leçon ne vaut pas que pour les travailleurs américains !

Venons-en à la deuxième question : qui va résoudre la crise mondiale et comment ? Pour changer les règles de l’économie, pour satisfaire les besoins fondamentaux de tous les hommes, pour sauver la planète du désastre écologique, pour abattre l’impérialisme et arrêter toutes les concurrences et les guerres, il faut une puissance gigantesque. Cette puissance existe, mais elle est systématiquement réprimée, ignorée, canalisée. Ce qui manque à cette « super-puissance » écrasée, que sont les ouvriers et les travailleurs, c’est d’être organisée. Pour commencer dès maintenant à sortir du bourrage de crâne idéologique et médiatique, de la manipulation politique et réformiste, et de la passivité, qui n’est pas une vie, mais une survie.

La crise fragilise le capitalisme. « Karl Marx avait raison », proclamaient des manifestants devant la Bourse de Wall Street. Et la crise révèle le rôle central de l’Etat comme garant de l’ordre capitaliste. Récemment encore, l’Etat français a repris 33% du capital des Chantiers de l’Atlantique de Saint-Nazaire : encore une nationalisation (de blocage). La bourgeoisie a un atout pour piloter ses crises à sa manière : l’intervention directe de son état-major. Cette intervention peut prendre des formes répressives, fascistes, guerrières ; ou des formes de gauche : le culte de l’Etat est un des piliers du réformisme. Le NPA comme LO et le PCF, par exemple, réclament un secteur public unique de la banque… Non, « il n’est point de sauveur suprême », surtout pas l’Etat bourgeois ! « L’Etat comprime et la loi triche, L’impôt saigne le malheureux ».

Mais reprenons cette « Internationale » jusqu’au bout. Voici son dernier couplet : « Ouvriers, paysans, nous sommes Le grand parti des travailleurs ; La terre n’appartient qu’aux hommes, Le riche ira loger ailleurs ». Ce grand parti, c’est à la fois l’Internationale et l’ensemble des classes travailleuses. Son programme, c’est évidemment le communisme ; pas un anti-capitalisme fourre-tout. Et dans chaque pays, une « section » nationale, qui forme, qui unifie, qui oriente. Et partout où il y a des travailleurs, dans les entreprises, dans les syndicats, dans les quartiers populaires : des militants communistes qui forment, qui unifient, qui orientent. Ce n’est pas un rêve. C’est l’objectif et le contenu de notre lutte militante quotidienne.

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Les principaux articles du n° 223 :

Crise
Petites questions sur une grande crise

Les subprimes : révélateur ou bidon ? Suffirait-il donc d’augmenter les salaires ? D’où viennent Les centaines de milliards ? Alors : « investissez au lieu de spéculer » ? Est-ce que l’Etat peut tout de même limiter les dégâts ? le mieux ne serait-il pas de nationaliser carrément toutes les banques ? Alors, les travailleurs vont trinquer de toutes façons ? Y a-t-il un risque de guerre ?…

NPA et construction du parti
Le droit de tendance dans le parti fait-il la démocratie ?

La Gauche Révolutionnaire propose, comme l’ex-minorité de LO, un fonctionnement semi-fédéraliste. « Avoir un fonctionnement semi-fédéraliste permet qu’en son sein puisse exister différentes plateformes, différents courants politiques et ce aux différents niveaux de l’organisation. Chacun de ces courants politiques pourra avoir son propre journal et son propre matériel. » Le moins que l’on puisse dire, c’est que la confiance ne règne pas, chacun amène son repas et mange dans son coin, mais on dit qu’on est ensemble. On est loin d’une pratique collective, loin du centralisme démocratique…

Critique du réformisme
Une banque unique contrôlée ?

La banque unique n’a de sens que dans le cadre d’un pouvoir ouvrier (de dictature du prolétariat) comme première mesure, non de suppression de l’échange marchand, mais comme limitation et contrôle de celui-ci. Hors de ce contexte, le recours à l’Etat comme régulateur du capitalisme (par une banque centrale ou pas) est un leurre idéologique.

Justice de classe
Derrière Rouillan, une question de principe

C’est une question de principe pour la bourgeoisie : pas de cadeau pour des combattants révolutionnaires qui se sont attaqués à elle et à l’Etat et qui ne renient pas leurs actions.

Lutte internationale des femmes
Pour une conférence mondiale des femmes en 2011

Deux mille femmes, mais aussi des hommes, ont participé au VIIIe Conseil politique des femmes à Düsseldorf en Allemagne, en octobre. Plus de 30 pays étaient représentés.

Histoire
L’athéisme du curé Meslier

On ne peut pas parler des croyances et de la religion sans évoquer le legs visionnaire et incontournable du Curé Meslier. Il y expose sans ambiguïté son athéisme et sa vision révolutionnaire de la société. Sous la forme d’une confession, il présente comme péché d’avoir passé sa vie à prêcher la parole de Dieu.

Tunisie
La région de Gafsa "en état de révolution"

La révolte commence le 5 janvier 2008, jour où sont publiés les résultats, jugés frauduleux, du concours d’embauche de la Compagnie des Phospha-tes de Gafsa (CPG), l’unique employeur de la région. De jeunes chômeurs occupent le siège régional de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT), dont le dirigeant corrompu possède une entreprise sous-traitante de la CPG, à Redeyef.

USA
Obama élu, mais pour quels changements ?

Quarante cinq ans après le discours de Martin Luther King « Je fais un rêve », l’élection d’un président métis est un symbole fort.

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