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Défendre le Rojava est un devoir internationaliste
Déclaration 28/01/2026
En 1994, notre organisation a publié une première brochure « Turquie-Kurdistan : Vers quelle révolution ? », où nous apportions déjà notre solidarité sans condition à la lutte de libération du peuple kurde, tout en formulant des critiques sur l’organisation qui dirigeait cette lutte au Kurdistan de Turquie (Kurdistan-Nord), le PKK, Parti des Travailleurs du Kurdistan, un front de libération nationale à direction petite-bourgeoise. A l’époque le PKK se réclamait encore du marxisme- léninisme tout en faisant la guerre aux guérillas d’extrême-gauche qui lui faisaient concurrence sur ce qu’il estimait être son territoire.
En 32 ans, beaucoup de choses ont changé. Le PKK a abandonné toute référence au marxisme-léninisme au début des années 2000 et se réclame désormais du « confédéralisme démocratique » que nous avons également critiqué en 2015 (voir ICI). Il agit maintenant en front commun avec la majorité des organisations d’extrême-gauche de l’État turc. Il a impulsé la création d’organisations sœurs au Kurdistan de Syrie (PYD, Parti de l’Union Démocratique) et au Kurdistan d’Iran (PJAK, Parti de la Vie Libre au Kurdistan). En Syrie, alors que la guerre civile dévastait le pays, le PYD a proclamé en 2012 l’autonomie du Rojava, ou Kurdistan de Syrie. Début 2015 après de longs mois de bataille acharnée, les milices du PYD et leurs alliés arabes et assyriens remportaient dans la ville de Kobâne la première grande victoire contre Daech.
Plusieurs Etats impérialistes (Russie, USA, France) ont alors commencé à armer les milices du PYD tout en installant des bases militaires sur le territoire du Rojava. A partir de la bataille de Raqqa en 2016, le PYD s’est retrouvé en situation de gérer des territoires en majorité arabes que ses milices avaient repris à Daech. Le Rojava se transformait en Autorité Autonome du Nord et de l’Est Syrien (AANES). En même temps l’État turc bien décidé à éradiquer toute entité kurde à ses frontières s’emparait de plusieurs villes majoritairement kurdes (Jarabulus, puis Afrine et Serêkaniyê). La chute du régime de Bachar el-Assad et l’arrivée au pouvoir d’Ahmed al Chaara (ancien de Daech et d’Al Qaida) avec le soutien de la Turquie a accentué la pression contre le Rojava.
Depuis début janvier la situation est devenue de plus en plus dramatique. Après de multiples négociations infructueuses entre le PYD et le gouvernement de Damas autour du maintien de l’autonomie kurde et de l’intégration des troupes arabo-kurdes de l’AANES dans l’armée syrienne, les troupes du régime et leurs alliés ont attaqué les quartiers kurdes d’Alep et de Raqqa. Avec le soutien de l’armée turque et de ses supplétifs locaux, les forces du régime de Damas ont lancé une offensive sur le territoire du Rojava (en prenant le contrôle de 60 % des zones rurales). Les troupes arabes de l’AANES ont fait massivement défection, poussées par leurs chefs tribaux, et sont passées à l’ennemi ; des milliers de prisonniers et prisonnières de Daech étaient libérés par les troupes du régime. La ville symbolique de Kobâné est de nouveau encerclée, l’eau et l’électricité y sont coupées, l’approvisionnement en vivres est bloqué. De nouveau, des enfants et des personnes fragiles meurent de faim et de froid à cause de l’hiver rigoureux.
Ces événements tragiques ont mis à jour un certain nombre de faiblesses sérieuses de la stratégie du PYD au Rojava.
– Le PYD espérait qu’en menant son peuple dans la lutte victorieuse contre Daech, elle pousserait les différentes puissances impérialistes présentes sur place (France, USA) à accorder une reconnaissance politique à l’AANES, voire à la soutenir militairement en cas de danger. A l’arrivée, il n’y a rien eu : Trump s’est rangé du côté du régime d’Al Chaara, tout en révélant des SMS de Macron qui lui confirmait sa totale identité de vue sur la question. Israël a signé en janvier un accord de coopération militaire et sécuritaire avec Al Chaara. Les USA ont même reproché à l’AANES de ne pas avoir mieux surveillé les prisonniers et prisonnières de Daech, en fermant cyniquement les yeux sur le fait que c’était le régime qui les avait libérés.
– LE PYD a passé beaucoup de temps à négocier l’amitié des chefs tribaux arabes, tout en renonçant à étendre la révolution des femmes et à encourager les mouvements anti-féodaux au sein des masses arabes. A l’arrivée, les chefs tribaux ont poussé les combattants arabes de l’AANES à passer du côté du régime.
– Sous l’impulsion de son principal dirigeant emprisonné en Turquie, Abdullah Öcalan, le PKK a accepté de se dissoudre et d’affaiblir son potentiel militaire en échange de promesses de paix purement verbales de l’État turc. A l’arrivée, Devlet Bahceli le dirigeant de l’extrême-droite nationaliste allié d’Erdogan qui se présentait comme « facilitateur » du soi-disant processus de paix appelle désormais à l’épuration ethnique du Rojava et l’armée turque aide ouvertement les forces du régime syrien dans son offensive contre le Rojava.
Désormais le Rojava mesure pleinement sa solitude. Comme le dit le proverbe « les Kurdes n’ont pas d’autres amies que leurs montagnes ». Ils ont besoin de la solidarité internationale des peuples, parce que leur lutte de libération est juste, mais aussi parce que le Rojava, s’il ne correspond pas toujours au fantasme d’utopie autogestionnaire que s’en font certains de ses partisans (en particulier libertaires) permet tout de même depuis bientôt 14 ans à 8 millions de Syriens et de Syriennes de vivre dans un espace de paix et de sécurité relative.
– les avancées dans les droits des femmes doivent être défendues.
– la coexistence des peuples doit être défendue.
– l’accueil des minorités persécutées du reste de la Syrie doit être défendue.
C’est pourquoi nous appelons plus que jamais à participer à toutes les mobilisations en soutien au Rojava.