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Expulsion de Schaeffer, loi Darmanin, anniversaire de Saint-Bernard, le combat des sans-papiers continue !

Le collectif de Sans-Papiers Schaeffer d’Aubervilliers a été expulsé ce mardi du lieu de vie qu’il occupait depuis l’automne 2018. La préfecture a procédé comme à son habitude, déployant un important dispositif de force de l’ordre pour boucler le quartier, vider les lieux de ses occupants et leur interdire par la suite tout retour pour récupérer leurs affaires. Des hébergements temporaires (5 jours !) ont été proposés aux familles, à des mineurs isolés, ou encore pour raisons médicales, mais pas en Seine-Saint-Denis -et encore moins à Aubervilliers-, mais en province, jusqu’en Alsace ; et on ne choisit pas son bus, les affectations sont arbitraires, on monte et on ne descend plus qu’à l’arrivée !
La préfecture a poussé le cynisme jusqu’à proposer ces hébergements en province à ceux pouvant justifier d’un contrat de travail… un document que personne n’a, et de toutes façons, accepter reviendrait à perdre son travail ! Résultat : 5-6 cars sont partis avec en tout quelques dizaines de personnes à bord. La plupart des hommes, femmes et enfants se retrouvent aujourd’hui à la rue sans aucune solution. Vont-ils bientôt rejoindre les centaines de sdf sans-papiers installés dans la misère le long du périphérique ??

Le collectif était constitué depuis fin 2016 mais bien de ses membres étaient déjà présents en France depuis plusieurs années. Tous les efforts d’intégration, à devoir subir les conditions de vie et d’exploitation les plus dures, les marchands de sommeil et les patrons voyous, la scolarisation des enfants, la participation au tissus associatif local, tout ça n’aura donc pas pesé lourd face aux objectifs de la préfecture et derrière elle ceux de l’Etat.

Pour l’Etat capitaliste bourgeois, l’essentiel a aujourd’hui été rétabli, le droit du propriétaire d’un local commercial inoccupé depuis des années à disposer de son bien, y compris en l’absence de tout projet d’avenir. Tout le reste est secondaire, le recours du collectif devant le Juge de l’Exécution pour un délai supplémentaire n’a plus lieu d’être et ne sera même pas examiné. Idem le jugement du tribunal administratif de Montreuil qui a condamné l’Etat à verser des astreintes journalières allant de 50 à 200€ par requérant selon les cas pour ne pas avoir héberger les membres du collectif ayant fait valoir et obtenu leur droit à l’hébergement dans le cadre d’une procédure pour le droit à l’hébergement opposable (DAHO), et ce depuis le 15 juillet 2019 ; la préfecture n’a jamais proposé le moindre hébergement, préférant s’acquitter de ces astreintes qui ne sont en fait pas versées aux intéressés mais à un fond d’aménagement urbain qui finance les communes et communautés de communes pour des projets de logements sociaux. Mais pour les Sans-Papiers, rien, ni hébergement, ni argent !
Ainsi, la mairie d’Aubervilliers qui fait aujourd’hui la sourde oreille face à l’expulsion a probablement bien profité de centaines de milliers d’euros pendant 5 ans, sur le dos des Schaeffer. Si les camarades sans-papiers avaient touché eux-mêmes l’argent, ils auraient même pu acheter le local !! En parallèle, les logements de haut standing se multiplient sur la commune, en prévision des JO de 2024…

En dispersant une partie des membres de Schaeffer aux quatre coins du pays avec ses hébergements sans lendemain, l’Etat s’attaque à la forme historique d’organisation des Sans-Papiers que représente le collectif. Une organisation qui répond à la fois à la nécessité de vie collective et de logement pour tous ceux qui n’ont pas d’autres solutions et ne veulent pas tomber dans les griffes des marchands de sommeil et une organisation qui permet surtout de sortir de l’ombre et de mener la lutte pour la régularisation de tous.

Le collectif Schaeffer est engagé aux côtés des autres collectifs de Sans-Papiers dans cette lutte pour les papiers pour tous, contre les critères et la régularisation aux cas par cas, contre les contrôles et la répression, contre la mainmise des patrons avides de travailleurs bons marchés et dociles dans tous les secteurs de l’économie où les activités sont non délocalisables et grosses consommatrices de main d’œuvre.
Depuis 7 ans, l’OCML Voie Prolétarienne soutient la lutte des Schaeffer, et nous sommes toujours là. Comme nous soutenons la lutte des sans-papiers sous-traitants de la Poste qui continue depuis presque deux ans (octobre 2021), DPD, Chronopost et RSI, avec l’aide de Solidaires et du CTSPV de Vitry. Comme nous soutenons la lutte des sans-papiers d’Emmaüs Saint-André dans le Nord. Depuis toujours, nous sommes là pour construire l’unité de la classe ouvrière contre l’exploitation, au-delà des frontières et des nations.

Le collectif Schaeffer est à reconstruire et il travaille déjà à cela, pour continuer à marcher dans les pas des Saint-Bernard qui ont ouvert la voie il y a déjà 27 ans et rendre hommage à la radicalité et à la détermination de Madjiguène Cissé, décédée cette année à Dakar. Pour le refus des critères et pour la remise en cause de décennies de lois anti-immigrés. Pour l’indépendance du mouvement des Sans-Papiers, contre les réformistes de tous poils qui ne font que chercher le compromis avec le gouvernement, celui-ci comme les précédents.

A bas l’Etat capitaliste bourgeois ! Non à une nouvelle loi anti-immigrés et raciste de Darmanin !

Vive la lutte pour la régularisation sans conditions de tous les Sans-Papiers !

Tous-tes à la commémoration de Saint-Bernard, manifestation samedi 26 août - 14H00 - Place de la République

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