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Retour du CITA : Solidaires pour un monde différent !


Au Conseil de 2007, des chartes de solidarité avaient été écrites. Quel bilan en a été tiré ?

En 2007, 2 chartes ont été conclues, l’une entre travailleurs de VW, l’autre entre travailleurs de la General Motors (GM). 22 sites de production s’étaient engagés : - à s’informer mutuellement - à se battre contre toutes divisions, - à n’accepter aucune politique patronale reportant sur d’autres les conséquences de la crise, - à refuser de casser des grèves et à les soutenir activement, - à s’opposer à toute forme d’oppression, etc.

Ces chartes ont eu un impact réel, au-delà de VW et de GM ! Par exemple lors de leur lutte, les camarades russes de Ford-Saint-Pétersbourg se sont adressés aux ouvriers de Ford-Cologne et Saarlouis : la solidarité a été organisée. Les ouvriers en grève en 2008 chez American Axle se sont adressés à leurs camarades de chez Opel-Allemagne pour échanger leurs expériences. Des rencontres entre délégations ont eu lieu. Chez GM, lors d’une journée d’action européenne en septembre 2009, 5000 travailleurs de différents pays se sont retrouvés à l’usine d’Anvers menacée de fermeture.
Le CITA de 2007 a montré l’intérêt qu’il suscitait au niveau mondial par la présence croissante de délégations étrangères. Depuis, des participants d’un peu partout font partie intégrante de la coordination internationale du CITA.

Avec la crise, la solidarité internationale est vécue comme de plus en plus nécessaire ?

Tout à fait. La crise actuelle a pris une ampleur inégalée. Fin 2008, le capital détruit par la crise était 1000 fois plus important qu’en 1929. Dans l’automobile, rien qu’en Europe, la production aurait diminué de 20% en un an.
Les Etats capitalistes ont engagé des sommes astronomiques pour relancer la machine industrielle et contrer la grogne sociale qui s’est développée. Au niveau mondial, 50 milliards de dollars de subventions ont été accordés aux constructeurs d’automobiles. Des primes à la casse ont poussé momentanément les ventes. En même temps, des dizaines de milliers d’intérimaires sont licenciés, des CDD non prolongés et les apprentis non embauchés.
Mais ces mesures n’ont fait qu’amortir momentanément le choc de la crise, elles ne changent en rien la nécessité pour les capitalistes de restructurer l’industrie automobile. Le patron de VW estime qu’en 2012, seuls 7 à 8 groupes survivront au niveau mondial. Chaque groupe veut être parmi les « vainqueurs » - la concurrence est rude et les salariés doivent en faire les frais !
La commission européenne a calculé que les capacités de fabrication sont de 94 millions de véhicules au niveau mondial alors que les ventes ne sont que de 55 millions en 2009. Les restructurations amèneront à des fermetures d’usines et à des centaines de milliers de licenciés. Ce que subissent les équipementiers (ou sous-traitants) actuellement va se faire sentir chez les constructeurs dans un avenir proche.

Vous avez discuté de la politique de division des patrons ?

Oui. Par exemple, chez Opel, la direction, avec les comités d’entreprise réformistes, a lancé une campagne avec T-shirts, etc, « Nous sommes Opel ». Chez VW, le patron martèle qu’il faut « battre Toyota ! » Mais, en tant qu’ouvriers, se faire le petit soldat de la bataille des capitalistes n’apportera qu’une spirale sans fin visant à abaisser les salaires, à dégrader les conditions de travail, à accepter les suppressions des postes, etc.

La crise a exacerbé les oppositions des travailleurs à cette politique de collaboration de classes. Il est donc décisif de mener activement et avec ténacité la discussion dans l’entreprise et dans le syndicat, en combinaison avec des formes d’action adaptées. Chez Opel Bochum, par exemple, on organise des réunions hebdomadaires lors des pauses avec plus de 700 participants. L’activité militante s’est déployée sous la forme d’une pétition qui s’opposait à la baisse des salaires et à tout le baratin pour « renoncer à nos acquis », pour la survie du site, etc. 1000 signatures, des assemblées et un gros travail de résistance pendant des mois ont fait reculer la direction. Cela contribue à l’organisation de l’unité des travailleurs au niveau du groupe, mais aussi à la consolidation de la conscience de classe en Allemagne.

L’opposition ouvrière militante s’est activée et a riposté, d’abord sur le front des idées : Les ouvriers du monde entier n’ont qu’un seul adversaire, le patronat exploiteur ; et certainement pas le travailleur de tel ou tel pays ou même tel ou tel site de production. Pas de concurrence entre nous !
Cela s’est fait en s’appuyant sur les syndicalistes de lutte, qui s’opposaient pratiquement aux discours et à l’attitude de collaboration de classe de dirigeants syndicaux. Ces derniers, sur le site Opel de Bochum par exemple, voyaient d’un œil positif la fermeture du site d’Anvers en Belgique pour « sauver » celui de Bochum.
Les dirigeants syndicaux, collaborateurs du patronat, naviguent sur la tendance spontanée, présente dans la classe ouvrière : « Je vois d’abord mon entreprise, mon boulot immédiat ». Les militants de lutte de classe sont donc à contre-courant de cette attitude qui attache le travailleur à son exploiteur.

Quels ont été les résultats de ce 6ème CITA ?

De nouvelles chartes de solidarité ont été conclues – pour Daimler, pour Ford et pour l’équipementier mondial Bosch – et les chartes existantes chez VW et chez GM ont été actualisées. Le débat, démocratique et fraternel, a été important. On a beaucoup appris et on a appris à s’écouter. Venant de divers pays et groupes, les expériences et les points des vues étaient parfois différents. Ainsi un débat a eu lieu sur la façon dont on peut en finir avec les directions réformistes dans les syndicats. L’urgence de protéger l’environnement a fait l’unanimité, mais les solutions proposées ont été différentes.
La nouveauté, c’est d’avoir défini et voté un programme international de lutte dans l’automobile. Bien sûr, on a fait la fête autour d’un repas internationaliste, on a chanté en philippin, en russe, espagnol, allemand, anglais... Cela nous rapproche et cela fait sentir notre unité au niveau international.
Ce week-end nous a montré qu’un monde différent est possible ! Les travailleurs unis trouveront des réponses pour un avenir sans capitalistes. Pour un monde libéré de l’exploitation et de l’oppression. Une participante de Opel-Allemagne a exprimée ainsi son enthousiasme à la fin : « Nous allons porter la flamme de la solidarité de nos équipes dans le monde entier. » C’est l’orientation qui nous rendra forts et qui nous permettra de vaincre !

Collaboration ou lutte de classe ?

La collaboration de classes s’est particulièrement développée en Europe. A travers les comités d’entreprise et surtout à travers la Confédération européenne des syndicats (CES). L’Union Européenne a investit 40 millions d’euros pour que dirigeants syndicaux et politiciens coopèrent à cette politique de collaboration de classes.
Opel est précurseur : les dirigeants des comités d’entreprise en Allemagne répondent à la crainte de perdre l’emploi par le slogan : « Tous doivent devenir moins exigeants pour éviter des licenciements », comme si le renoncement servait à sauver des emplois ! Un représentant d’un syndicat réformiste espagnol a dit, à la journée d’action à Anvers : « La restructuration est nécessaire, mais socialement compatible, sans fermeture d’usines. » La vie nous a montré le contraire.
Mais surtout, la concurrence entre les sites est développée :on bombarde les collègues d’Opel d’informations quotidiennes pour les monter les uns contre les autres : Bochum contre Rüsselsheim, Zaragoza (Espagne) contre Eisenach (Allemagne), Bochum (Allemagne) contre Anvers (Belgique).

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