Vous êtes dans la rubrique > Approfondir > Polémique avec la Coordination 93

Polémique avec la Coordination 93

Manif Femmes du 17 octobre 2009

Un des tracts les plus intéressants est incontestablement le Manifeste des femmes de la Coordination 93, car la revendication mise en avant est la « Régularisation immédiate et sans conditions des travailleuses isolées dans l’aide à la personne ». Parmi les Collectifs de sans-papiers, jusqu’à présent, on voit surtout des hommes engagés dans le mouvement gréviste. Donc, la Coordination 93 fait avancer le mouvement en mettant en avant le combat obscur des femmes. Femmes souvent isolées, travaillant au noir pour un employeur privé, réduites, pour se battre, à se réunir dans les quartiers et non dans les entreprises. C’est là leur réalité, leur condition, et le combat d’une femme vaut autant que celui d’un homme, même s’il est plus difficile. Ce tract nous apprend aussi ce que les médias taisent : en Belgique et en Italie, des régularisations massives de femmes viennent d’être obtenues.

Reste à discuter de ce qui légitime, dans ce Manifeste, la revendication de régularisation des femmes sans-papiers. Et là, nous ne sommes vraiment pas d’accord.
Le tract part du rapport du CERC (Conseil de l’Emploi, des Revenus et de la Cohésion sociale, 2008), qui met en avant un besoin futur de 1,2 million de personnes pour l’aide à la personne en 2040. Il renvoie aux propositions du gouvernement, aux femmes venant dans le cadre du regroupement familial, de « se former dans les emplois d’aide à domicile ». Tout cela pour démonter que demain, la population française, les Gaulois si vous voulez, aura bien besoin des services de toutes ces femmes qui doivent « se professionnaliser, devenir compétentes », afin de travailler dans des métiers comme l’hôtellerie, la restauration, le ménage et autres professions « pas encore considérées officiellement comme sous tension ».

Là, on croit rêver : c’est le langage du gouvernement, c’est le recours à l’immigration choisie selon « les besoins de la France » ! Mais, camarades, c’est qui la France ? Pourrions-nous oublier si vite pourquoi ce beau pays attire tant de monde ? Aurions-nous déjà oublié le pillage impérialiste des ressources, l’inégal développement des économies lié au capitalisme, les systèmes de dictature bourgeoise plus féroce encore dans la plupart des pays d’origine des migrants ? En clair, devons-nous accepter une vision néo-colonialiste des rapports entre pays et entre humains, pour que le « pays d’accueil » ouvre les portes « selon nos besoins » ?


Non, camarades, les transformations dont nous avons besoin aujourd’hui pour préparer les luttes de demain ne peuvent pas s’inscrire ainsi dans cette idéologie dominante. Hommes ou femmes, les migrants sont nos égaux, et notre combat pour l’égalité des droits passe par cette reconnaissance : ils ont pleinement le droit, comme tous les travailleurs, de venir s’installer, vivre, travailler, élever leurs enfants ici, s’ils conçoivent leur avenir ici.

Contre la concurrence, libre circulation des hommes et des femmes !
Régularisation de toutes et tous, égalité des droits !

Voir aussi le compte-rendu de la manif du 17 octobre et l’article sur une rencontre à la Courneuve

Soutenir par un don