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Tout ne peut pas changer en un jour… et en 365 ?

Tract 1er Mai 1982

Le tract original en fac similé, à télécharger

Mai 82, on est bien obligé de faire un bilan du « changement » ; sinon qui osera le faire ? Le PS et le PCF sont satisfaits d’eux-mêmes : ils ont prouvé à tous leurs détracteurs de droite qu’ils étaient parfaitement capables de gouverner comme la droite. Et cela leur suffit. Et c’est vrai que la droite est malhonnête de critiquer le gouvernement.

PLUS ÇA CHANGE, PLUS C’EST PAREIL !

• Sur la RÉDUCTION DU TEMPS DE TRAVAIL : le PS et le PC ne font qu’appliquer le « Rapport Giraudet » fait sous Giscard, et qui prévoyait de lier toute diminution du temps de travail à la hausse de la productivité. C’est à dire de ne donner presque rien aux travailleurs en échange de beaucoup : horaires à la merci du patron, équipes en tous genres, travail le week-end, hausse des cadences, suppression des pauses acquises, etc.
L’ordonnance sur les 39 heures, c’est Giscard et Barre qui l’ont inventée...

• Sur l’ARMÉE et les EXPORTATIONS D’ARMES, rien ne bouge : le service militaire à 6 mois ? Les généraux n’en veulent pas. Ah bon. L’Afrique du Sud, les émirs, les généraux sud-américains, l’Inde, ont besoin d’armes pour écraser les peuples affamés. On leur en vend. On entretient des bases militaires en Afrique. Pour l’emploi dit-on. Un jour, il faudra bien s’en servir, pour continuer à vendre. Pour l’emploi, rien de tel : après les millions de morts de la deuxième guerre mondiale, les destructions immenses des villes et des campagnes, l’économie est bien repartie, les chômeurs étaient au cimetière.
Messieurs du PS et du PC, pourquoi arrêter votre raisonnement en chemin ?

• Sur l’IMMIGRATION : le droit de vote pour les ouvriers immigrés et l’égalité des droits en général, il n’en est pas question. La régularisation de tous les sans-papiers, il n’en est plus question. Le gouvernement annonce 50 000 expulsions. Même la droite n’a jamais osé le dire comme ça, elle se contentait de le faire.

• Pour les FLICS, des moyens, les contrôles d’identité légalisés. Officiellement ils n’auront pas le droit de tirer sur tout ce qui bouge, mais quand on sait que le ministre de la police est pour, ça encourage les initiatives.
La hiérarchie policière est rassurée ! Enfin quelqu’un qui est satisfait du changement.

• Pour les FEMMES, le « temps partiel », et l’autre partie du temps à la cuisine. Hausse générale des tarifs et toujours la pénurie de crèches. Et le tour est joué ! Ce que la droite voulait faire, le retour des femmes au foyer, le renforcement de l’esclavage domestique, c’est la gauche qui le réalise. Et pour amuser la galerie, une « loi anti-sexiste », aussi efficace que la loi anti-raciste de 1972.

On pourrait parler des nationalisations – « comme De Gaulle » disent-ils à ceux qui les critiquent - oui, comme De Gaulle, ni plus ni moins. Des salaires : il faut partager la pénurie entre travailleurs dit E. Maire (et Mauroy). L’ex-ministre Fourcade (giscardien) l’approuve et dit qu’il l’a toujours dit. C’est vrai.

« Le PS vire à droite » disait le PCF. Certains militants et électeurs du PS n’en croyaient pas un mot. Aujourd’hui c’est le choc de la réalité ! Les militants et sympathisants du PC eux le croyaient plus ou moins. Aujourd’hui quelques-uns sans doute s’aperçoivent que la voiture a bien viré à droite et fonce dans la ligne droite. Mais que le PCF est dans la remorque. Et une remorque ça n’a que deux roues et pas de moteur.

LA FAUTE À QUI ?

Comment le gouvernement a-t-il expliqué son bilan ? On a d’abord eu droit à « l’héritage » giscardien. Ensuite on a parlé de « sabotage des patrons ». Puis on a parlé de « la crise », que voulez-vous, ça existe.

Mais qui nous a bourré le mou pendant des années en disant que « la politique giscardienne était responsable de la crise », « qu’une autre politique améliorerait la situation », « votez pour nous et nous ferons le reste » ? Qui donc, sinon le PC et le PS a prétendu que ce régime était RÉFORMABLE, pour peu que des gens compétents et « de gauche » s’installent dans les fauteuils rembourrés de l’Etat ?

Les voilà maintenant accusant les masses de leur propre lâcheté et de leur propre trahison : « si rien ne bouge, c’est la faute aux travailleurs qui ne sont pas assez mobilisés » !

  Qui donc a organisé une négociation branche par branche sur la diminution du temps de travail, afin de diviser la classe ouvrière en autant de corporations ?
  Qui donc n’a donné aucuns droits démocratiques aux ouvriers à l’usine, pour réserver quelques strapontins supplémentaires à un appareil syndical bureaucratisé comme jamais ?
  Qui donc envoie les flics contre la mobilisation anti-nucléaire à CHOOZ, contré les ouvriers en grève avec occupation, et qui donc a pris une raclée aux élections professionnelles de Renault-Billancourt pour avoir brisé la mobilisation véritable des ouvriers ?
  Qui donc critique la CFDT et FO lorsqu’ils signent des accords pourris, mais ne lève pas le petit doigt pour lutter ? Qui parle de mobilisation et qui mobilise ?

Peut-être avons-nous mal compris nos responsables syndicaux : sans doute veulent-ils parler d’une MOBILISATION POUR LA PRODUCTION ?

LE RÉVEIL VA SONNER

Nous savons bien que ce n’est pas facile de réagir. Le mouvement ouvrier a perdu beaucoup d’illusions. D’abord des illusions sur le « changement », le « socialisme » de Brejnev et Jaruzelski, personne n’en veut plus, le « socialisme » de Mitterrand c’est celui de Giscard, il le prouve tous les jours. Il nous faut retrouver une voie révolutionnaire qui s’attaque vraiment au capitalisme, qui ne mette pas les fonctionnaires à la place des patrons et des patrons à la place des fonctionnaires. Il faut mettre au centre de nos objectifs la lutte contre la séparation entre une masse de travailleurs sans maîtrise de leur vie et de leur travail, et une minorité de propriétaires du savoir et du pouvoir. Lutter contre le partage des misères-pour les uns, et le partage des richesses pour les autres.

Il faut aussi frayer une voie concrète à un redressement des forces ouvrières désorientées, déçues, divisées. Nous ne pouvons pas compter sur un mouvement de lutte au niveau national, car ceux qui ont la force de l’organiser (les partis et syndicats de gauche) ne veulent pas ni ne peuvent l’organiser sur des objectifs réellement ouvriers. Tout au plus peuvent-ils essayer d’encadrer des troupes pour soutenir leur patrie capitaliste, la compétitivité de leurs patrons, la stabilité de leurs ministres.

Il nous faut donc organiser la résistance à la base, contre les mesures patronales et gouvernementales. Y gagner des forces pour aller plus loin, y débattre aussi de 1’avenir. Les mouvements sur les 39 heures, les luttes des immigrés sans papiers, Flins et Citroën, autant d’actes de résistance à développer.

• CONTRE L’AMÉNAGEMENT PATRONAL DU TEMPS DE TRAVAIL OUVRIER
• POUR LES 35 H AVEC EMBAUCHE OBLIGATOIRE ET BAISSE DES CADENCES
• POUR LA RÉGULARISATION DE TOUS LES SANS PAPIERS
• CONTRE TOUT CONTRÔLE DE L’IMMIGRATION, POUR L’ÉGALITÉ DE TOUS LES DROITS
• POUR LES DROITS DÉMOCRATIQUES À L’INTÉRIEUR DES USINES ET DES BUREAUX (presse, affichage, réunion, association...)
• CONTRE. LE TEMPS PARTIEL, L’INTÉRIM, LES CONTRATS PRÉCAIRES.