Vous êtes dans la rubrique > Archives > Antinucléaire : pourquoi, avec qui, jusqu’où ?

Antinucléaire : pourquoi, avec qui, jusqu’où ?

Partisan N°12 - Juin-Juillet 1986

Comme nous l’indiquions dans le dernier numéro, notre position s’est constituée à partir de l’étude critique de toutes les analyses parues sur le nucléaire depuis les années 70.

Les caractéristiques des principales positions politiques rencontrées à propos des enjeux du nucléaire.

Le PS promettait en 1981 l’arrêt du programme nucléaire. Un an plus tard, au gouvernement, il annulait le projet de centrale nucléaire de Plogoff, sous la pression de la lutte, mais il poursuivait le programme nucléaire civil au ralenti, et en pleine austérité, il augmentait encore les budgets consacrés aux surgénérateurs et au développement de l’armement nucléaire. Les fonctionnaires du capital qui dirigent ce parti et qui pullulent à la direction des secteurs de nombreuses entreprises nationalisées comme le Commissariat à l’Energie Atomique, EDF, la CGE, etc. ont vite soumis la contestation des excès du nucléaire aux intérêts généraux de l’impérialisme français.

Le PC a depuis longtemps défendu le développement du nucléaire civil puis militaire conformément aux intérêts particuliers de sa base sociale très présente parmi les ingénieurs, cadres et techniciens du nucléaire civil et parmi les aristocrates ouvriers que comptent en masse le CEA et EDF, tous attachés à la santé de l’impérialisme français.

Lutte Ouvrière, fascinée par une science et une technique qu’elle considère au-dessus des classes, ne critique que les utilisations du nucléaire par le capitalisme (sécurité bradée sur les centrales, armement nucléaire) et compte bien développer l’énergie nucléaire après la révolution en s’en remettant aux experts si ceux-ci lui garantissent une meilleure sécurité. Elle n’envisage de lutte sur le nucléaire que sous la forme d’une propagande contre les capitalistes qui développent le nucléaire. D’où son refus de participer à la manifestation du 24 mai. Le déroulement de la catastrophe de Tchernobyl lui inspire par ailleurs une critique de la société en URSS limitée au manque de démocratie de la « bureaucratie » à l’égard des masses.

La LCR partage la même analyse limitative des enjeux de classe du nucléaire, mais a plus justement le souci de lier la lutte immédiate contre le nucléaire à la lutte pour la révolution.

Les Verts prétendent, eux, dissocier la lutte autour du nucléaire d’avec la lutte contre le capitalisme. Partisans d’un capitalisme débarrassé des conséquences excessives du nucléaire sur la population (pollution, sécurité insuffisante des centrales, secret et dispositif quasi-militaire requis pour cela), ils reflètent les limites de l’opposition des couches moyennes de la petite bourgeoisie urbaine à la politique de la bourgeoisie monopoliste : imposer des garde-fous au développement du nucléaire, tout en acceptant l’importance du nucléaire pour la santé de l’impérialisme français.
Les plus radicaux des écologistes et alternatifs (bien implantés dans la région Rhône-Alpes, particulièrement concernée, il est vrai) font une critique assez intéressante des conséquences du nucléaire sur l’ensemble de la vie sociale, donnent une vision très riche de la société électronucléaire dans sa globalité. Mais, le plus souvent, ils ne relient pas ces rapports sociaux qu’ils mettent à nu aux rapports de classe dans la production. Ils ne font pas le lien avec la lutte des classes, l’affrontement bourgeoisie/prolétariat, alors que la carte nucléaire a été jouée par la bourgeoisie pour tenter de contourner provisoirement la crise. Du coup, ils n’abordent absolument pas les moyens de combattre le nucléaire, ils n’en voient pas le contenu anticapitaliste, et n’envisagent absolument pas la prise du pouvoir, la dictature du prolétariat comme seuls moyens de remodeler la société dans le sens favorable aux intérêts des masses.

Notre position antinucléaire à nous, VP, s’est échafaudée au moyen d’un fil à plomb bien précis : quel rapport à la lutte des classes (au niveau national et international) et plus stratégiquement quel rapport à la division sociale du travail, fondement des rapports de classe dans toute société. Ce dernier critère est en effet le maillon à saisir pour examiner le rôle d’une technique comme le nucléaire non seulement dans la société capitaliste aujourd’hui, mais aussi dans la société socialiste. Car là aussi, le prolétariat doit s’affronter à la bourgeoisie pour réduire la division du travail qui tend à la reproduire.

C’est ce fil directeur conforme au marxisme que la Révolution Culturelle a restauré dans la lutte contre la politique révisionniste de priorité au développement de la production et des moyens de production au détriment de la lutte politique, de priorité aux experts au détriment des masses, à la technique au détriment de la politique, politique défendue par Lin Piao, mais aussi Staline et Trotski [1] avant lui.

Guidée par cette boussole, l’analyse du nucléaire nous amène à la conclusion que le développement du nucléaire représente un cran supplémentaire dans la soumission par le capitalisme de la plupart des rapports sociaux et que c’est un axe très important de restructuration de l’impérialisme français en vue d’une issue provisoire à la crise et pour préparer la prochaine guerre impérialiste.