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LUTTE OUVRIERE OU LE PC ”bis”
Partisan N°30 - Avril 1988
CELA A LE GOÛT DU PC, LA COULEUR DU PC, MAIS CE N’EST PAS (ENCORE) LE PC !
UN PROGRAMME, QUEL PROGRAMME ?
D’abord on est quand même saisi par la faiblesse des propositions d’Arlette et de LO. A tel point d’ailleurs que des lecteurs s’interrogent dans leur journal sur « l’ombre d’un programme » qu’ils n’ont pas trouvé ...
Rien sur les solutions au chômage, sur le racisme et l’unité de la classe, sur la destruction de l’impérialisme français, les industries d’armements, les colonies...
Bon, mais en grattant un peu, on trouve quelques éléments : le SMIC à 6000 F, faire payer les riches, interdire les licenciements et obliger les patrons à investir.
Et là, on est quand même surpris (du moins pour ceux qui ne connaissent pas) par la similitude des analyses avec celles du PC.
Par exemple, voyons l’analyse de la crise :
« Mais à quoi cela a-t-il abouti ? Les entreprises font plus de bénéfices depuis 1982. Ah, oui, pour cela, ça marche !
Mais avec ces bénéfices, elles n’ont pas créé un seul emploi. Elles n’ont pas investi pour moderniser et accroître les moyens de production. Elles se sont contentées d’acheter d’autres entreprises, ce qui a fait monter les actions tant et plus, jusqu’à ce que cela aboutisse à la catastrophe, au krach boursier ! Voilà à quoi aboutit la liberté accrue de ces gens-là.
Il n’y a pas de raison pour que nous acceptions cela. Les travailleurs doivent se préparer à arracher à la bourgeoisie ce capital supplémentaire dont elle dispose et ne sait plus que faire, cette fraction de capital qui devrait être destinée à créer des emplois, et non pas à partir en fumée à la Bourse ou ailleurs ». (Bulletins d’entreprise du 28.01.1988).
Pas un mot sur la concurrence féroce, la guerre économique de plus en plus tendue au niveau mondial, qui mène les capitalistes aux restructurations, au redéploiement au niveau mondial. Pas un mot sur les lois du marché, la production aveugle et non pas au service de la satisfaction des besoins des travailleurs.
Simplement de méchants capitalistes qui spéculent au lieu d’investir, les vilains !!
Quant aux conséquences pour les travailleurs, elles sont ahurissantes : nous, naïvement, on croyait que le travail des révolutionnaires c’était de faire la révolution, c’est-à-dire d’arracher tout le pouvoir à la bourgeoisie, de s’approprier et transformer tous les moyens de production au service de la classe ouvrière. Et on nous propose seulement de s’attaquer au capital « supplémentaire » utilisé à spéculer au lieu d’investir ?
Il y aurait donc un « bon » capital, à maintenir, et de « mauvais » capitalistes à qui il faudrait seulement un peu forcer la main ?
Bref on critique les « excès » du capitalisme, les bavures, mais on ne critique pas au fond ce régime d’exploitation. On croirait entendre Marchais ou Lajoinie qui disent exactement la même chose !
QUESTION DE CONFIANCE...
Evidemment, quand on a le même programme, c’est un peu difficile de se délimiter...
Mais, va-t-on nous dire, quand même, vous exagérez. Lutte Ouvrière n’a pas la même attitude, critique le nationalisme, critique le PC au fond...
Nous demandons alors où et quand sont apparues clairement ces délimitations. Sur le nationalisme ? LO se permet de faire un bulletin d’entreprise (14/03/88) sur le thème « notre nationalité : travailleurs », sans dire un mot du chauvinisme du PC.
LO critique le programme de Lajoinie comme celui d’un « candidat gestionnaire » (LO du 5 mars), sans expliquer aucunement en quoi ce programme est faux, et quelle politique il révèle. Simplement une énumération de positions dont il faut supposer qu’elles sont à critiquer.
Mais le plus net c’est qu’implicitement, LO reprend à son compte le programme revendicatif du PC et mène exclusivement sa critique sur l’absence de confiance que l’on peut faire à ce parti.
« Le vote pour Lajoinie, c’est aussi approuver ce que le PCF a fait de son programme d’hier lorsqu’il était au gouvernement et lui donner carte blanche pour faire ce qu’il voudra demain avec son programme d’aujourd’hui. Voter pour Lajoinie ce n’est pas seulement voter pour un programme, c’est voter pour des hommes qui ont montré qu’ils pouvaient s’asseoir sur le programme sur lequel ils s’étaient engagés.
Et pourtant tous ceux qui approuvent le programme revendicatif du PC aujourd’hui ont intérêt à se faire entendre.
La seule façon de le faire clairement dans ces élections est de voter pour celle qui n’a jamais cessé de dire qu’il fallait faire payer les riches et prendra sur leurs profits pour maintenir le pouvoir d’achat des travailleurs, qu’il fallait interdire les licenciements et obliger les patrons à investir pour créer des emplois » (LO 05/03/88).
Et encore :
« Si le Parti Communiste voyait ses voix remonter et passer de 10 à 15% des voix, oui, cela pourrait faire peur, un peu, à la bourgeoisie. Car cela signifierait une radicalisation de la classe ouvrière ; cela signifierait que les travailleurs sont d’accord avec le radicalisme du Parti Communiste de ces derniers temps, même s’il n’est que verbal.
Mais le problème, c’est que le Parti Communiste a eu 15% en 1981, et même plus auparavant, et qu’en a-t-il fait ? Rien d’utile pour les travailleurs. Et ce que nous disons, nous à Lutte Ouvrière, c’est que si le Parti Communiste voyait ainsi ses scores remonter, il s’en servirait pour monnayer quelques faveurs auprès du Parti Socialiste, et on verrait à nouveau les syndicats, la CGT en tête, renoncer à toutes les luttes, comme ils l’ont fait sous le gouvernement socialiste.
C’est pourquoi nous disons, à Lutte Ouvrière, que pour que les travailleurs se fassent vraiment entendre, se fassent craindre, il faut un vote de colère, un vote radical, à l’extrême-gauche, exactement comme à l’autre bout, une partie de l’électorat n’a pas peur de voter à l’extrême-droite. Car ce qui est utile, ce n’est pas d’élire des hommes qui nous trompent, mais de faire entendre sa voix ». (bulletins d’entreprise 29/02/88).
En bref, aucune critique sur son activité aujourd’hui, mais on ne peut pas lui faire confiance... Sous-entendu, on peut faire confiance à LO, qui finalement défend presque la même chose !
LES MÉCONTENTS, SUIVEZ LE GUIDE !
Finalement, il y a un autre point commun entre Arlette et Lajoinie pour ces élections. C’est le souci de rassembler les mécontents, de pousser un gros coup de colère, de montrer sa force, etc. etc., sur un contenu politique réduit au strict minimum (la critique de la politique libérale, partagée par la droite et le PS), en laissant l’avenir dans le vague.
« Aujourd’hui, le candidat du Parti Communiste se dit le candidat des mécontents. Mais ça ne suffit pas.
La seule candidate qui a toujours dit la vérité, c’est Arlette Laguiller : une travailleuse, une employée de banque, restée employée de banque car elle est restée dans sa classe sociale ; une femme travailleuse qui n’a jamais mâché ses mots, et qui a osé dire en 1981 que Mitterrand trahirait les espoirs des travailleurs ; la seule candidate qui permet aux travailleurs mécontents de dire clairement ce qu’ils pensent ! » (bulletins d’entreprise du 08/02/88).
L’avenir étant résumé à « Faites-nous confiance », et pas à eux, suivez le guide, nous, à Lutte Ouvrière, on sait ce qui est bon pour vous !
Conception bourgeoise de la politique, du parti de la révolution qui maintient la division entre les dirigeants et les dirigés (les masses) et conduit nécessairement à la formation de nouveaux bourgeois.
JE VEUX ÊTRE LE PC À LA PLACE DU PC !
Mais quand même, LO, ce n’est pas le PC, dirons nos camarades ouvriers qui les rencontrent dans les usines ! Nous disons que c’est le même programme, au sens où c’est la même conception de transformation de la société, débarrassée des aspects les plus grossiers et repoussants :
– le chauvinisme
– le bureaucratisme
– la gestion Immédiate du capitalisme, en opposant en fait la mobilisation des travailleurs par l’organisation démocratique de leur lutte.
La perspective de LO n’est pas d’offrir une alternative politique au PC (puisqu’elle partage globalement sa conception du capitalisme) mais une alternative en terme d’organisation, en qui on peut avoir confiance.
L’objectif, c’est de prendre la place du PC, laissée libre par son effondrement, en particulier en cas de nouvelle montée des luttes.
Ce qui explique concrètement la campagne d’Arlette.
– Pas de politique, ça divise, et ça risque d’aliéner des votes qu’Il faut arracher au PC. On rabaisse donc le niveau de la campagne, on vide tout contenu.
– Un racolage (le mot n’est pas trop fort) honteux auprès des militants PC.
– Une conception bourgeoise de la politique basée sur l’image, sur la forme, sur la confiance, et non pas sur le contenu.
Voter Arlette aujourd’hui c’est voter pour cette conception de la politique, de la révolution. C’est une fois de plus, remettre son sort entre les mains de « spécialistes », peut-être moins discrédités que d’autres. C’est empêcher une critique radicale du capitalisme et de l’exploitation pour envisager une société nouvelle. C’est s’interdire de faire de la politique, de débattre et réfléchir à tous les enjeux de la lutte des classes. C’est empêcher la critique de toutes les conceptions bourgeoises, dont celles du PC, de réforme du capitalisme.
C’est entraîner son espoir dans une impasse.
A. Desaimes
