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Lutte Ouvrière à genoux devant le PCF

Pour le Parti N°37 - Mai 1981

La campagne électorale a l’avantage de faite apparaître plus ouvertement parfois les positions politiques de certains partis politiques qui y ont accès. C’est le cas pour « Lutte Ouvrière » qui se présente depuis longtemps aux ouvriers comme une organisation révolutionnaire, mais dont les propos de la candidate ont révélé le caractère petit-bourgeois. Bien qu’au moment où nous écrivons la campagne ne soit pas terminée, on peut déjà voir que « le franc-parler d’une femme du peuple », comme s’est présentée Arlette n’est que le parler servile d’une petite-bourgeoise rabattant des voix pour la « gauche ».

Cette attitude est d’ailleurs propre à tous les groupes trotskystes dont fait partie LO. L’OCI ou la LCR ont également fait une intense campagne pour l’unité PC-PS « pour battre Giscard ». La seule chose que la LCR a reproché à LO, c’est de préférer le PCF au PS au lieu de considérer qu’il s’agit de deux partis ouvriers à mettre sur le même plan. Mais pour tous, ce qui manque aujourd’hui pour que les travailleurs puissent « gagner des grèves » c’est l’unité PC-PS, l’unité syndicale. Sans cette malheureuse désunion de la gauche, la classe ouvrière irait, unie, de l’avant vers les grèves, et de là vers la révolution.

Il ne vient pas une minute à l’idée de nos trotskystes que ce qui, justement, a causé la division de la gauche c’est que le PC et le PS ne représentent ni les mêmes intérêts de classe, ni les intérêts ouvriers. Le PC défend surtout les intérêts des aristocrates et bureaucrates ouvriers qui ont tout à perdre de la destruction de certains de leurs bastions, dans les industries traditionnelles en voie de restructuration ou dans les mairies et autres postes où ils doivent apparaître comme les meilleurs défenseurs ouvriers pour garder leurs places. Le PS représente plus particulièrement la petite bourgeoisie salariée, moins remise en cause par les restructurations, mais qui les veut moins brutales pour elle-même. Dans la crise, les intérêts de ces deux partis ont divergé. Mais cela ne fait que mieux manifester cette réalité profonde : aucun ne représente les intérêts ouvriers. Et c’est au contraire ce qui reste de leur influence sur la classe ouvrière qui freine le développement de la lutte du prolétariat contre la bourgeoisie et non pas leur division.

Alors pourquoi donc nos trotskystes prétendent-ils que l’unité de toutes ces organisations réformistes, un gouvernement de « gauche », serait favorable aux ouvriers ? Nullement, comme nous le disons, parce que cela permettrait de mieux les démasquer comme traîtres au prolétariat, mais au contraire parce qu’ils espèrent pouvoir collaborer avec eux pour rendre un peu plus radicales leurs réformes. Les trotskystes ne sont pas contre la voie réformiste, mais pensent seulement que PC et PS ne vont pas tout à fait assez loin, qu’il faut les aiguillonner pour les remettre dans le droit chemin. Montrons-le par deux exemples de la campagne de Lutte Ouvrière.

1°) La crise. Lors de l’émission à TF1, « Le grand débat » (30.3.1981), le journaliste de service, Cavada, demande à Arlette : « qu’est-ce que vous proposez aujourd’hui pour résoudre la crise, pour l’emploi ? », celle-ci ne répond pas qu’il s’agit avant tout d’une crise du capitalisme et que, tout en se défendant pied à pied contre l’exploitation accrue des ouvriers qu’elle entraîne, il est nécessaire que ceux-ci comprennent qu’il n’y a pas d’autre solution pour eux que de renverser le régime.
Non, elle prétend que, sous le capitalisme, « les solutions existent... moi j’ai quelques idées de bon sens ... il faudrait donner un peu moins pour les grosses entreprises et les trusts et un peu plus pour les classes populaires ». Ne croirait-on pas entendre Marchais avec son « prendre aux riches pour donner aux pauvres » ?

Comme si on pouvait obtenir un réel changement dans la répartition des richesses produites sans réaliser un changement dans les rapports de production eux-mêmes : ce sont ceux qui ont la possession des moyens de production, le savoir, et le pouvoir d’Etat qui y correspond, qui ont aussi la haute main sur les richesses produites. Arlette ne fait que reprendre le rêve petit-bourgeois d’un capitalisme « plus juste », distribuant mieux les richesses sans changer la façon dont elles sont produites. Ceci par la grâce d’un « bon » président de gauche, Saint-Louis des temps modernes ?

Notons que dans ce domaine, un de ses thèmes favoris a été de réduire le budget militaire pour faire servir cet argent « à quelque chose d’utile », par exemple « pour nourrir les peuples affamés d’Afrique ». Voilà une idée « généreuse » que ne renieraient pas bien des curés. Ainsi, « la faim dans le monde » serait résolue disent tous les humanistes petits-bourgeois. Sans qu’on touche à l’impérialisme qui en est la cause ! Avec l’argent des militaires, la France ferait don d’aliments à ces pauvres Africains, déclare Arlette, qui ajoute que cela permettrait « aux paysans français de vendre leurs légumes, céréales, viande, etc. ». Tout irait bien dans ce « nouvel ordre économique » cher à Giscard et Marchais. Nous disons aux peuples opprimés : comptez plutôt sur vos fusils que sur la bonté - et les mensonges doucereux - de ces défenseurs d’un monde où loups et brebis vivraient en harmonie !

Une si belle harmonie entraîne d’ailleurs que l’armée bourgeoise n’est plus nécessaire. Pour Arlette on peut réduire le budget militaire parce que c’est « du gaspillage inutile ». Elle explique longuement par exemple que « les sous-marins atomiques français sont déjà dépassés » que la France ne peut pas rivaliser avec les super-puissances, etc. Ah ! S’ils étaient plus efficaces ! Pas un mot chez LO sur le fait que la crise accroît les dangers de guerre impérialiste. Pas un mot pour appeler les ouvriers à s’y opposer par la guerre civile révolutionnaire. Non : supprimons le budget militaire puisqu’il est « inutile ». Comme cela il y aura la paix ! N’est-ce pas l’expression du pacifisme petit-bourgeois le plus ouvert ? Au fond, LO rêve de pouvoir ainsi désarmer tranquillement la bourgeoisie sans armer le prolétariat : c’est lui qu’elle désarme en réalité ! Au lieu de lui montrer la réalité, les dangers de guerre, les tâches pour s’y opposer, LO préfère jouer les moralistes sur l’armée-qui-coûte-si-cher-au-portefeuille-du contribuable.

2°) Les immigrés. Comme nous l’avons souvent expliqué, l’attaque de la bourgeoisie contre la classe ouvrière se concentre particulièrement aujourd’hui contre les immigrés. La bourgeoisie cherche ainsi à obtenir le soutien, ou au moins la neutralité, d’une fraction de la classe ouvrière française à sa politique, en faisant passer les immigrés pour responsables des maux dont souffrent les ouvriers. Et elle a reçu dans ce domaine l’appui inestimable du PCF, qui est monté en première ligne pour développer et appliquer cette politique.

Et bien LO nous explique que le PCF est « le parti qui, à la tête des municipalités, a justement fait le plus pour les immigrés ». Dans l’affaire du bulldozer de Vitry par exemple, ce que critique LO, ce sont simplement les méthodes du PCF : « Vitry, des méthodes indignes d’un parti ouvrier » (titre LO 3.1.1981). Mais quant au fond « les quelques coups de bulldozer... ne sont que peu de choses objectivement comparés aux milliers de coups de bulldozer... commis dans tous les quartiers de Paris qu’on a rénovés... ». Et d’ailleurs, « En ce qui concerne le logement des immigrés, le PCF n’avait pas une si mauvaise cause à défendre » (LdC 20.1.1981). Voilà pour dédouaner le PCF.

De la même façon que le PCF, LO s’oppose à la « liberté de l’immigration » sous prétexte que cela permettrait au patronat d’exploiter à sa guise. Et est-ce que l’immigration clandestine ou la réglementation de l’immigration ne le permettrait pas ? Car enfin, il y a ou liberté de l’immigration ou contrôle. Et la liberté, sans bien sûr empêcher aucunement l’exploitation, est plus favorable à l’unité de tous les prolétaires (de même que le mot d’ordre d’égalité des droits qui doit l’accompagner). LO ne fait au fond que reprendre les arguments hypocrites du PCF contre la liberté de l’immigration : ce serait au fond « pour leur bien » qu’il vaudrait mieux qu’ils restent chez eux. A croire qu’ils n’y connaîtront pas le chômage et l’exploitation ! Plus encore, LO lèche les bottes des réformistes en regrettant « les formulations du PCF et du Programme Commun (qui) à l’époque, avaient au moins l’avantage de mettre en avant le fait de revendiquer pour les immigrés les mêmes droits que les travailleurs français » (Lutte de Classe 20.1.1981). Alors qu’à la vérité le Programme Commun niait cette égalité des droits - notamment politiques - et ne proposait pour les immigrés qu’un statut à part, pas très éloigné sur le fond de ceux de Stoleru.

On pourrait multiplier les exemples. Le fond du soutien de LO- et des trotskystes - à la gauche se trouve dans le fait qu’ils approuvent et développent la même politique : ils luttent pour réformer le capitalisme, le rendre plus juste, plus équitable. Bien sûr au bout du chemin, de petites réformes en plus grandes, de petites grèves en grève générale, ils promettent qu’on arrivera - sans trop de douleur - à la révolution. C’est ce que dit aussi le PCF. Comment, autrement, tromper et attirer les ouvriers ? Comment les mettre à la remorque de la petite bourgeoisie démocratique dont LO est un des représentants ?

A l’heure où bien des ouvriers sont déçus, découragés par les impasses des partis réformistes ; à l’heure où parmi eux les ouvriers les plus avancés recherchent une autre voie, la voie de la lutte révolutionnaire, LO se fixe pour but de capter leur attention par une opposition superficielle au PCF. Loin de chercher à approfondir et rendre consciente la rupture des ouvriers avec le réformisme, LO se fixe pour but de les ramener au bercail.

Sa campagne électorale visait à ratisser large, à rassembler tous les « mécontents » de la gauche (et même d’ailleurs). Arlette « le franc-parler », « le peuple », « la femme », etc. il y en avait pour tous les goûts. Le rassemblement des « honnêtes gens de bon sens ». La même cible que feu le candidat Coluche. Interrogée sur lui par un journaliste, elle répond : « s’il ridiculise cette élection et les institutions, si la satire peut faire mieux que ce que je peux faire, je dirai simplement bravo Coluche ». Et cette masse de gens écœurés de la politique, Arlette leur caresse le poil pour les amener à soutenir Mitterrand, à soutenir l’unité de la gauche, à redorer le blason de la voie réformiste. Ils en ont ras le bol du cirque des quatre, alors au premier tour « disons leur à tous leur fait en votant Arlette ». Et puis au deuxième et après : soutenons la gauche. « Voter Arlette, ça leur permettra de voter dans la dignité sans affaiblir la Gauche » (à TF1). Voilà, le rôle d’Arlette, c’est de ramener au bercail de la gauche réformiste ceux qui commençaient à s’en éloigner.

LO = les rabatteurs du PCF et de la gauche. A l’opposé, complètement à l’opposé, nous disons qu’il faut tout faire aujourd’hui pour amener le maximum d’ouvriers à rompre avec le PCF et la gauche et à affaiblir ces organisations, à élever leur conscience révolutionnaire contre le réformisme, à s’organiser indépendamment de toutes les organisations petites-bourgeoises, y compris LO, qui freinent le processus, ne jouent qu’un seul rôle : le retarder, éloigner le prolétariat de la seule unité qui soit possible et qui compte, l’unité classe contre classe.