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La restauration du capitalisme en Chine
Pour le Parti N°13 - Mars 1979
Comme nous l’avons vu dans l’article précédent à propos de la guerre Chine - Vietnam, la politique extérieure des nouveaux révisionnistes chinois est contraire aux intérêts des prolétaires et peuples du monde entier. Mais au fond cette politique extérieure n’est que le prolongement de la politique intérieure et traduit les ambitions de la nouvelle bourgeoisie chinoise dont les représentants sont au pouvoir [1]. Ambitions de se renforcer rapidement en nouvelle classe capitaliste. Ce qui implique de développer l’exploitation de la classe ouvrière chinoise elle-même.
La politique actuelle en Chine dite « des 4 modernisations » a exactement pour signification la volonté d’y accélérer le développement économique à la mode capitaliste, avec le critère : le plus de profit, le plus rapidement possible. Le prolétariat est certainement pour la « modernisation », pour le développement économique d’un pays socialiste. C’est-à-dire d’un pays où le progrès est mis au service du renforcement de la dictature du prolétariat, au service de sa libération et de celle de tous les prolétaires et peuples du monde. Mais dans la Chine d’aujourd’hui il s’agit de l’abandon de la ligne générale de la Révolution Culturelle et de la dictature du prolétariat. Les révisionnistes, experts en la matière eux qui ont déjà appliqué exactement le même processus en URSS [2], ne s’y sont d’ailleurs pas trompé. Le PCF (avec la bourgeoisie en général) approuve « le nouveau cours dans le domaine de l’économie en Chine » et en analyse ainsi lucidement les conditions :
« Cette politique économique suppose que soit réunie toute une série de facteurs favorables : il faut des cadres de valeur, d’où l’effort actuel en direction des intellectuels (au sens large). Il faut un soutien populaire, d’où la récente augmentation des salaires. Il faut recourir à la technologie étrangère... Il faut des crédits, d’où l’endettement chinois auprès des banques impérialistes... qui s’accompagne de la demande chinoise de création de sociétés mixtes ». (Cahiers du Communisme - Janvier 79).
Le PCF prévient même que cela entraînera des « tensions » : « entre les experts et les manœuvres... Les villages pauvres et les villages riches... la ville et la campagne... le chômage (à cause du souci de rentabilité) ... » etc. Mais il déclare que cela est bien moins grave que le « chaos de la bande des 4 » et que mieux vaut « la Chine des gestionnaires et des ordinateurs ». Oui ce sont bien des experts en restauration du capitalisme qui parlent. Et c’est bien ce qui se passe en Chine. Jugeons-en rapidement par quelques exemples de la politique des nouveaux dirigeants révisionnistes chinois :
1. Elimination de tous les cadres communistes pour installer à leur place dans le Parti et l’Etat les nouveaux bourgeois. Tous les secrétaires du Parti de province ont été éliminés. Tandis qu’ont été réhabilités tous ceux qui avaient été balayés dans les années 50 et par la Révolution Culturelle, jusqu’aux contre-révolutionnaires les plus avérés comme l’ancien maire de Pékin et pratiquement Liou Shao shi lui-même connu sous le nom de « Khrouchtchev chinois », ainsi que tous ceux qui s’étaient violemment opposés au déclenchement de la Révolution Culturelle.
2. Relèvement des anciens bourgeois abattus dans le cours du Grand Bond en avant (fin des années 50) et achevés par la Révolution Culturelle. Ont ainsi été prises différentes mesures comme : la restitution de leurs logements aux anciens propriétaires qui vont retrouver les spacieuses demeures qu’ils occupaient alors que des familles entières de travailleurs s’entassent dans 1 ou 2 pièces. Les anciens capitalistes retrouvent leurs biens confisqués pendant la Révolution Culturelle : dépôts bancaires, titres, or, etc. confisqués alors sont restitués à leurs « titulaires ». Qui de plus toucheront « le rappel des sommes dues » sur les salaires (élevés) auxquels ils avalent encore droit dans les années 50 en tant que dirigeants de leurs entreprises. Le droit d’héritage est rétabli pour ces capitalistes : leurs enfants auront aussi droit à recevoir leurs biens et leurs « salaires » (rente serait le mot juste). Les révisionnistes chinois déclarent qu’il s’agit ainsi d’éliminer les « séquelles » de la Révolution Culturelle et « d’éveiller l’enthousiasme des anciens commerçants et industriels capitalistes en faveur des 4 modernisations ». Gageons que l’enthousiasme des ouvriers qui feront les frais de cette opération ne sera pas, lui, de longue durée ! Pas plus que celui des paysans qui voient les anciens propriétaires fonciers « réhabilités » et autorisés à pénétrer dans les Communes Populaires comme membres de plein droit.
3. Transformation des rapports de production socialistes en rapports capitalistes. Consolidation et extension de la classe des nouveaux bourgeois.
Par exemple en application du 11ème Congrès du PCC qui entérina la nouvelle orientation capitaliste, le Comité Central déclare en décembre 1978 « qu’il faut changer les modes de gestion, d’action et de pensées » issus de la Révolution Culturelle. Examinons un peu dans quel sens vont ces changements (Cf. Pékin Information, du 13.12.78) :
a) Dégradation du système de propriété socialiste : dissoudre les formes de propriété les plus avancées (propriété du peuple entier : les entreprises ou fermes nationalisées) au profit de la propriété privée de petits groupes. Ainsi à la campagne « l’équipe de production » (quelques familles) devient « l’unité de compte de base ». Tandis que les entreprises industrielles doivent « renforcer leur autonomie de gestion ». Le but de la manœuvre est de rétablir le profit comme critère pour chaque entreprise, au lieu de la satisfaction des besoins collectifs selon le Plan. Ainsi sont rétablies les lois de la concurrence entre capitaux : que survivent et s’enrichissent ceux qui rapportent le plus. Peu importe quoi, comment et pour qui ! Que crèvent les autres.
b) Augmentation des différences entre dirigeants et ouvriers : le système du profit s’accompagne inévitablement du renforcement d’une nouvelle classe bourgeoise. Sous prétexte « d’inciter » les entreprises à être rentables, les dirigeants obtiennent de larges salaires appelés « participation aux bénéfices ». C’est ce que les révisionnistes chinois couvrent du mot d’ordre « inciter les individus à se préoccuper, sous l’angle de leurs intérêts matériels, de l’accomplissement du plan d’Etat et des résultats économiques de leurs entreprises » (Pékin Information 20.11.78). Ces dirigeants n’ont alors qu’un objectif : pousser les ouvriers à travailler plus, réaliser à leur détriment le maximum de profit, empocher tout ce qu’ils peuvent. Ainsi les révisionnistes chinois adoptent les méthodes capitalistes : « développer le système de la rémunération aux pièces et de l’attribution de primes » et « appliquer rigoureusement les systèmes d’examen professionnel, de récompense et de sanction, de promotion et de dégradation ». Aujourd’hui, sous couvert de rémunérer les cadres, spécialistes, intellectuels, etc. à leur « juste valeur », l’écart des salaires entre eux et les ouvriers dépasse la proportion de 1 à 10 - sans compter les revenus encore plus élevés des hauts dirigeants du parti et de l’Etat. Dans le même temps que pour consolider sa situation, la nouvelle bourgeoisie rétablit le vieux système d’enseignement, d’examens et de diplômes aboli par la Révolution Culturelle afin de réserver par cette méthode de sélection les postes élevés à ses fils.
c) Vendre la Chine aux capitalistes étrangers pour réaliser encore plus de profits. Par exemple vendre la main-d’œuvre chinoise par le moyen de sociétés à capitaux étrangers implantées en Chine. Attirés par « la main-d’œuvre bon marché » les capitalistes étrangers collaborent déjà avec la nouvelle bourgeoisie chinoise dans de nombreux projets : textiles, téléviseurs, etc. En plus de ce honteux trafic s’ajoute la vente sur une large échelle des richesses naturelles du pays avec le seul souci de gagner le maximum d’argent, en même temps que le pays est largement ouvert aux banques et s’endette jusqu’au cou : les travailleurs paieront demain la frénésie d’enrichissement des nouveaux bourgeois chinois.
Il ne s’agit là que de quelques exemples et non d’une analyse complète du processus de restauration du capitalisme en Chine. Mais déjà ces simples faits montrent que la politique actuelle du PCC ne consiste pas dans la rectification de quelques erreurs qui auraient pu être commises pendant la Révolution Culturelle. Mais bien d’une politique systématique pour abattre l’œuvre immense, construite par le peuple chinois à l’époque de Mao, vers le communisme. L’essentiel de cette politique c’est la destruction du Parti Communiste passé aux mains de la bourgeoisie. C’est la destruction de la dictature du prolétariat. Tous les rouages du pouvoir sont arrachés de la direction du prolétariat. Jusque dans les usines par exemple où les Comités Révolutionnaires ont été dissous pour « appliquer le système de responsabilité du directeur ». (Pékin Information 23.10.78).
Pour briser la lutte de classe, le PCC traite de « délinquants de droits communs » tous ceux qui s’opposent à sa politique contre-révolutionnaire. On voit ce que vaut la soi-disant démocratie appliquée à Pékin : bientôt les hôpitaux psychiatriques et les prisons comme en France ou en URSS ! Le PCC déclare que l’essentiel est de développer « la stabilité et l’unité », « la discipline », « de se consacrer à la production ». Sous prétexte d’arrêter la lutte de classe pour travailler, on voit qu’il s’agit de permettre à la nouvelle bourgeoisie chinoise de mener à loisir sa propre lutte contre le prolétariat.
Finalement lorsque la nouvelle bourgeoisie chinoise parle d’édifier un Etat puissant pour l’an 2000, on voit qu’il ne s’agit pour elle que de développer les bases de son propre enrichissement. Ceci est le contraire de la politique du prolétariat au pouvoir pour qui l’édification du socialisme dans un pays doit servir la lutte révolutionnaire du prolétariat dans le monde entier.
La guerre sino-vietnamienne ouvre les yeux de beaucoup sur la nature réelle du pouvoir en Chine. Mais aussi beaucoup sont influencés par la campagne que mène à ce propos la bourgeoisie visant à faire croire que la Chine est toujours socialiste, que finalement socialisme et capitalisme sont la même chose ou encore (cela revient au même dans la confusion) que la Chine n’a jamais été socialiste. Ainsi par exemple le groupe trotskyste Lutte Ouvrière déclare que la Chine n’a jamais été socialiste, que « le programe de Mao et de ses compagnons était un programme nationaliste bourgeois » et autres sornettes d’individus qui n’ont jamais rien compris aux différentes étapes que la révolution a dû parcourir dans un pays semi-féodal et semi-colonisé comme la Chine d’avant 1949 pour arriver jusqu’au socialisme dans la fin des années 50 et avec la Révolution Culturelle qui marqua une rupture décisive avec la phase primitive de la révolution démocratique nationale.
Nous devons tracer une nette ligne de démarcation entre socialisme et capitalisme. Nous devons empêcher les bourgeois et opportunistes de faire prévaloir leur propagande que la révolution ne se distingue pas de la contre- révolution. Selon eux : à quoi sert de lutter, cela ne changera jamais ! Selon eux encore les peuples des pays arriérés sont bien incapables de faire la révolution. Ils ne peuvent pas dépasser l’étape des révolutions nationales et paysannes. Ils doivent « attendre » le prolétariat européen pour construire le socialisme.
Eh bien, nous traçons cette ligne de démarcation. Nous disons que les faits prouvent à l’évidence que toutes les mesures de restauration du capitalisme en Chine ont été prises après la Révolution Culturelle et non avant ou pendant. Après que le pouvoir eut changé de main à la tête du Parti et de l’Etat et non avant. Voilà le premier point. (Et une autre question est de savoir si des erreurs ont été commises pendant la Révolution Culturelle qui ont facilité la prise du pouvoir par la nouvelle bourgeoisie).
Le deuxième point a été établi par Mao lui- même. A savoir que prévoyant que la bourgeoisie pouvait reprendre le pouvoir en Chine, il déclarait aussi que le prolétariat et le peuple chinois se dresseraient à nouveau contre elle dans une nouvelle révolution.
Cela est juste. Nous ne renions nullement le soutien que nous avons apporté, aussi modeste fut-il, à la Chine socialiste de Mao et à la Révolution Culturelle. Nous en sommes fiers au contraire et le revendiquons. Nous disons clairement que le « socialisme » de Teng Siao Ping n’est que du capitalisme à la Khrouchtchev. Et nous continuons à déployer notre drapeau rouge révolutionnaire en faisant entière confiance au prolétariat chinois pour qu’il abatte les renégats qui ont usurpés le pouvoir. Rien n’arrêtera cette marche de la spirale de l’histoire.
[1] Sur la question de l’existence de la bourgeoisie pendant toute la période du socialisme (période qui s’étend entre le capitalisme et le communisme) et donc de la poursuite de la lutte des classes sous le socialisme avec la possibilité d’une reprise du pouvoir par la bourgeoisie, voir notre brochure : « La Dictature du prolétariat, seule transition au communisme » (https://ocml-vp.org/article1206.html)
[2] Sur ce sujet le livre « URSS - La dégénérescence », édition E 100 fournit une description extrêmement intéressante, tout à fait semblable à ce qui se passe dans la Chine d’aujourd’hui.