Archives > L’unité du Mouvement Communiste International
L’unité du Mouvement Communiste International
Pour le Parti N°19 - Octobre 1979
Approfondir la critique du révisionnisme
La résolution de notre Comité Central, publiée en juillet 1979 en annexe à notre brochure « Première réponse à Enver Hoxha » [1], marque une évolution de la position de notre organisation. Une évolution dans le sens d’une meilleure prise en mains de nos tâches en général et en particulier un approfondissement de notre compréhension des tâches internationales des marxistes-léninistes. Bien sûr, depuis le débat sur la « théorie des trois-mondes », nous avons défini les tâches internationales des communistes, indiqué la nécessité d’une union internationale de tous les marxistes-léninistes [2]. Aujourd’hui nous avons précisé notre orientation à ce sujet, à savoir : dans quelle direction doit s’orienter le débat nécessaire au sein du MCI à partir de quel point de vue nous devons aborder ce débat (la position de Mao), et quelles sont les conditions de l’unité internationale des ml (ligne générale et question de l’organisation).
Cette évolution positive de notre organisation est due à deux facteurs principaux :
• L’unification des deux organisations VxP et PLP a été l’occasion d’un débat et donc d’une progression dans le sens d’une meilleure définition de nos tâches théoriques, et surtout, d’une meilleure compréhension des rapports-entre les tâches théoriques et les autres tâches de l’organisation [3]. D’autre part, l’unification dans l’OCML VOIE PROLETARIENNE a aussi renforcé nos capacités de travail et donc favorisé une réflexion plus autonome et diversifiée de notre organisation. Certains camarades nous ont reproché de ne pas avoir suffisamment tiré parti de la création de l’OCML-VP, de ne pas avoir montré les apports et le bond en avant que constituait cette unification. Reproche sans doute justifié ; mais c’est l’ensemble de notre activité qui montre et va montrer de plus en plus les progrès accomplis sur 1a voie de la construction d’une solide organisation communiste.
• Le débat actuel sur le rôle et la place de Mao Zedong a énormément contribué à nous faire percevoir les enjeux considérables que cette question représentait. En nous interrogeant sur la place de Mao parmi les théoriciens du marxisme-léninisme, nous avons du même coup mieux compris que l’approfondissement de la critique du révisionnisme, la recherche de ses racines historiques devait se faire à partir des apports de Mao à cette critique et surtout en adoptant le point de vue et la méthode du matérialisme dialectique que Mao a contribué à restaurer en face du révisionnisme moderne. On pourrait résumer cet apport de Mao, qui est pris en compte dans la résolution du CC, de cette façon : préserver les acquis du MCI et défendre la pureté du marxisme-léninisme, ne peut se faire qu’en adoptant un point de vue critique à l’égard de l’expérience passée du MCI.
Une voie étroite
Une des caractéristiques d’une période comme celle que nous vivons, c’est que les marxistes- léninistes le plus souvent minoritaires, faibles et divisés, doivent se délimiter le plus soigneusement possible des courants opportunistes au sein du mouvement ouvrier et que cette délimitation théorique méticuleuse doit s’accomplir après vingt ans d’existence d’un mouvement marxiste-léniniste qui n’a pas su ou pu la mener vraiment à fond. Ce fait est important dans la mesure où, depuis vingt ans, les choses ne sont pas restées en l’état : une multitude de courants, de nuances, de variétés d’opportunisme se sont affirmés et une non moins grande variété de déviations ont vu le jour parmi les marxistes-léninistes. Sans compter le découragement et le défaitisme qui a envahi une partie des militants à la suite d’échecs répétés. Cela veut dire qu’aujourd’hui la voie que nous empruntons est forcément étroite.
Sur cette voie étroite de l’approfondissement de la critique du révisionnisme, de la recherché de ses racines historiques dans le passé du MCI, de l’analyse des apports de Mao et de la révolution chinoise (la GRCP notamment), nous devons nous garder des déviations portées aujourd’hui, par un certain nombre de cercles ou groupes. La résolution du CC rejette deux formes d’idéalisme : « Considérer que, du moment qu’une révolution est victorieuse, qu’une période historique est principalement révolutionnaire et positive, tout est bon à prendre, c’est de l’idéalisme. Rejeter aux orties tout le passé du MCI sous prétexte qu’à telle ou telle époque la ligne n’était pas « pure », c’est aussi de l’idéalisme ».
Or, le débat actuel au sein du M.C.I. nous permet de mieux nous débarrasser de ces deux formes d’idéalisme que nous ne l’avons fait par le passé. Par exemple, en face des « puristes » (type Eugène Varlin) qui jettent au panier la IIIème IC, Staline, Mao, le PTA etc. sur la base d’explications de textes, nous avons eu tendance à opposer l’attitude des idéalistes « gardiens des icônes » (le courant qui suit aujourd’hui le PTA). Nous avons eu tendance à leur opposer la « vérité absolue » du passé du MCI et à leur reprocher de chercher les erreurs dans le passé (PLP N°5NS, éditorial conclusion par exemple). Or, en vérité, il est nécessaire de « chercher les erreurs ». Cette activité est indispensable au redressement du MCI car il continue dans une certaine mesure à les reproduire aujourd’hui. Mais dans le cours de cette activité, il faut se garder d’avoir un point de vue et une méthode contraire au matérialisme historique. Du fait que certaines déviations actuelles au sein du MCI ont leur source dans le passé, ou bien que l’on peut percevoir les germes de certaines erreurs dans des périodes antérieures, les « puristes » en concluent que tout ce passé est à rejeter, qu’il ne vaut rien... Ils cherchent la ligne pure à toutes les époques et ils ne peuvent pas la trouver, pour la bonne raison que le marxisme-léninisme progresse avec l’expérience accumulée de la lutte révolutionnaire, que cette expérience est contradictoire, et que le MCI a toutes les époques s’édifie par une lutte entre marxisme et opportunisme. De fait, les puristes ne nous ont rien appris sur les erreurs passées [4], car on ne peut juger le passé qu’en rapport avec le développement de la lutte des classes de l’époque considérée et non pas « dans l’absolu ».
Seule une organisation communiste
Ce n’est pas une originalité de notre organisation que de mettre en avant la nécessité d’approfondir le travail théorique (ce qui dépasse de beaucoup la seule analyse de l’histoire). Un bon nombre de groupes ou cercles marxistes-léninistes l’ont dit avant nous ou le disent aujourd’hui en même temps que nous. Ce qui nous différencie de ces camarades, c’est que nous nous donnons les moyens d’avancer dans la réalisation de ces tâches. Bon nombre de camarades qui mettent en avant ces tâches théoriques, n’avancent pas d’un pouce dans leur réalisation et l’expérience passée du mouvement ml en France a montré que les cercles théoricistes n’ont jamais avancé sur ce terrain : soit ils stérilisaient leur activité dans le dogmatisme et s’en tenaient aux « principes », soit, ayant une aversion légitime du dogmatisme, ils se contentaient de défendre la nécessité de ce travail théorique et discutaient de méthodes pour l’accomplir. La raison en est qu’ils coupent les tâches théoriques des autres tâches des marxistes-léninistes et ne comprennent pas que pour construire une organisation communiste, il faut entreprendre cette construction par tous les bouts à la fois et avoir une conception juste du rapport entre les tâches des marxistes-léninistes, tâches théoriques, politiques et organisationnelles. On ne fait de la théorie que pour la transformer en politique, on n’étudie que pour diriger notre activité révolutionnaire. Seule une organisation communiste peut mener à bien l’approfondissement de la critique du révisionnisme, pour deux raisons essentielles :
1. Parce qu’on ne peut mener une telle activité qu’en liaison avec le mouvement ouvrier et qu’en se situant en plein dans la lutte de lignes qui le traverse. On ne peut détruire idéologiquement le révisionnisme qu’en le détruisant aussi pratiquement. Toute notre activité théorique ne peut que se nourrir de la lutte politique au sein du mouvement ouvrier pour pouvoir ensuite porter cette lutte à un niveau supérieur. « On apprend à faire la guerre en la faisant ».
2. Seule la construction par tous les bouts à la fois d’une organisation, permet de transformer toute avancée théorique et politique en force matérielle et donc de porter notre activité à un niveau supérieur, de dégager les forces nécessaires à l’approfondissement de notre ligne ; et cela est inaccessible à un cercle théoriciste.
Nous pensons que les camarades préoccupés à juste titre par la nécessité de la lutte théorique doivent également réfléchir aux conditions concrètes dans lesquelles cette lutte peut se développer et liquider les conceptions théoricistes, au risque de gaspiller leurs forces au lieu de les faire servir le but qu’ils se fixent. Or nous avons besoin des forces de tous les marxistes-léninistes pour avancer, nous sommes encore faibles malgré les progrès accomplis.
L’unité du MCI et le PTA
La publication de la résolution de notre CC, la brochure en réponse à Enver Hoxha et les lettres envoyées au PTA, font que de nombreux sympathisants nous posent cette question : pourquoi ne tirez-vous pas de conclusions définitives sur le PTA, sur l’Albanie ? Les plus malveillants posent la question d’une autre manière : « Sacrés centristes ! vous vous gardez bien de tirer les conclusions qui s’imposent ! ».
Justement les conclusions ne s’imposent pas. Il est bien évident que pour la catégorie des purs et durs, pour qui toute erreur ou déviation est le signe de la trahison définitive, notre position ne peut-être qu’une abomination opportuniste. Mais nous faisons une distinction entre une déviation aussi grave soit-elle et la trahison définitive. Ce n’est pas la même chose. Cette distinction est aujourd’hui nécessaire pour juger de l’évolution du PTA. Une trahison est scellée par des actes politiques définitifs et bien que nous ayons souligné la gravité des déviations et les conséquences qu’elles auront si elles ne sont pas corrigées, nous ne serions pas matérialistes si nous tirions des conclusions définitives tant que des actes politiques majeurs ne viennent pas confirmer une évolution négative. Il n’y a pas là l’ombre d’une concession à l’opportunisme ou une attitude « centriste ». Le « centrisme » c’est une variété de l’opportunisme, il se caractérise par l’adoption de la ligne opportuniste sous une forme plus subtile.
Or, nous ne faisons pas de concessions sur les questions fondamentales de théories et de ligne politique et nous n’avons pas l’intention d’en faire. Nous continuerons à critiquer les déviations car c’est seulement ainsi que nous apporterons notre contribution à la reconstruction d’un Parti en France et de l’unité internationale des marxistes-léninistes. Quant aux « conclusions définitives » nous les tirerons lorsque nous aurons les éléments pour les tirer. Pas avant. Et d’ailleurs, à côté des questions de fond qui sont si importantes et sur lesquelles nous serons intransigeants, le débat sur les « conclusions définitives » fait partie de l’accessoire.
L’objet de la résolution du CC sur l’unité du MCI n’est pas de renier le passé. On ne distingue pas dans ce passé ce qui serait « tout bon » et ce qui serait « tout mauvais ». Le mouvement prolétarien connaît des avancées et des reculs, il nous faut faire nôtre ce qui est avancé et juste, et rejeter ce qui est erroné. Le monolithisme de circonstance pèse sur nos épaules et il est ancré comme une habitude dans les mauvaises traditions du MCI, c’est ce que Mao nous a réappris.
Xavier Nelson
[1] https://ocml-vp.org/article2505.html
Dans la résolution du CC de l’OCML-VP publiée dans cette brochure, une « coquille » obscurcit le sens d’une phrase : p74, dans le paragraphe 3 du point 7, il faut lire : « …une analyse des sources du chauvinisme et du démocratisme autour de l’expérience de la 2ème Guerre mondiale, et une étude de la GRCP qui est la plus grande révolution prolétarienne de notre époque… »
[2] Voir notre brochure sur la Question Nationale notamment
[3] Voir PLP N°17, Documents du CC : document 1
[4] Il existe une caricature de l’idéalisme puriste : le groupe « La Nouvelle Internationale » (scission du Bolchevik) est en train de chercher la conciliation avec le social-pacifisme dans l’activité de Lénine avant 1914 ! On va bientôt reprocher à Marx de ne pas avoir achevé le marxisme en tant que système fini et donnant une réponse à chaque question posée par la vie. Les « puristes » cherchent une théologie qui les mette à l’abri des incertitudes de l’histoire.