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Contre la convergence des luttes !

Partisan Magazine N°25 - Juin 2025

Soyons provocateurs : on n’en peut plus de l’enchaînement des mobilisations.
Un exemple, le samedi 25 janvier 2025 sur la région parisienne :
• Manifestation de soutien à Georges Ibrahim Abdallah et manifestation de soutien au peuple palestinien
• Assemblée Générale de la Marche des Solidarités en soutien aux migrants
• Convergence féministe contre l’extrême-droite
Etc. Et on a le même phénomène partout, au moins dans les grandes agglomérations. On voudrait bien être partout, juste c’est pas possible…

On ne compte plus les chevauchements de mobilisation, pour l’emploi contre les restructurations, la défense des migrants, contre les violences policières, le soutien à la Palestine ou à Georges Abdallah, au peuple kurde ou aux femmes iraniennes, les questions écologiques et antinucléaires, les manifestations féministes, les victimes de l’amiante, la défense des retraites ou la lutte contre les groupes néo-fascistes, la lutte contre la guerre à venir etc.
Tout.te.s les camarades connaissent ces situations. C’est une caractéristique de la période actuelle : certainement toujours une mobilisation forte et motivée, et en même temps son éparpillement. C’est ce qu’on appelle le « mouvement social ». On ne compte plus les associations thématiques qui mobilisent localement ou largement sur tel ou tel sujet. En ce sens, on ne peut pas vraiment parler de baisse du militantisme, plutôt de sa transformation.

Comment on fait ?
Quelle est la caractéristique de la période ? Evidemment, la tendance à la réaction tous azimuts. La tendance au développement d’une internationale néofasciste. La tendance à la guerre impérialiste. Et nous savons tou.te.s que ça va se développer. Plus la tendance à la réaction s’accroît, plus les sujets sont nombreux, plus les occasions sont et seront importantes. Le capitalisme impérialisme pourrissant s’enfonce dans une crise structurelle dont il ne peut sortir que par la victoire d’un camp sur un autre, et toujours en faisant payer la note aux peuples et à la classe ouvrière. Voilà la situation d’aujourd’hui et ce qui nous attend pour demain.

Nous affrontons une attaque globale, cohérente, structurée de la bourgeoisie monopoliste : tout bouge en même temps, tout est lié. Et en face nous n’avons qu’une riposte éparpillée et parcellaire.
L’évidence, pour celles et ceux qui réfléchissent un peu, c’est la nécessité d’un programme politique, d’une réponse globale, d’un parti politique pour les porter, pour construire l’avenir. D’une certaine manière c’est ce qu’a compris la France Insoumise, qui tente d’orienter (pratiquement par la force !) tout le mouvement social vers sa perspective électoraliste. Le problème, c’est que c’est un programme complètement réformiste, souverainiste, de capitalisme à visage humain, d’une supposée meilleure répartition des richesses et de la paix sociale, le tout sans bouleversement majeur, juste par un bon vote aux élections. C’est une illusion complète, un faux espoir, mais il marche encore un peu, en attendant de se fracasser sur la réalité du capitalisme en crise mondialisée (on l’a vu face à la crise des droits de douane provoquée par Trump). Le pire, c’est qu’on a déjà connu, avec Mitterrand et le gouvernement de gauche (PS et PC main dans la main) en 1982 avec le plan d’austérité et les restructurations massives qui vont suivre. La mémoire est courte…
Non, l’illusion de la FI c’est une mauvaise blague qui détourne les prolétaires et les travailleurs de la recherche d’un meilleur avenir.

Il faut un vrai programme communiste, maoïste, global et cohérent qui trace une perspective positive et enthousiasmante pour notre classe. Parce que tout ce qu’on nous promet est assez sombre, en fait.
Nous avons commencé à y travailler, fruit de notre activité dans la lutte des classes depuis presque 50 ans. Nous avons commencé dès 2008 à mettre en place des « Axes et éléments programmatiques » (voir https://ocml-vp.org/article2488.html). Oh, bien sûr c’est insuffisant, critiquable, à modifier et compléter, on voit par exemple la faiblesse sur les questions du féminisme, ou de l’écologie. Mais c’est un point de départ, voir l’encadré ci-contre.

Quoiqu’il en soit, tous les militants sincères se heurtent à la situation politique actuelle, qui fait « blocage ».
Désormais, tout le monde se méfie du « politique », magouilleur et sans contrôle, qui prétend parler en notre nom en nous dépossédant de notre vie et de notre avenir. La caricature aujourd’hui étant la France Insoumise.
Du coup, on se réfugie sur ce qu’on peut contrôler, l’efficacité du local, des luttes partielles, thématiques, avec l’impression qu’on a un poids réel : quand on réussit à stopper le chantier de l’A69, petite victoire, mais bien réelle. Quand on empêche des licenciements, petite victoire, mais bien réelle. Quand on obtient la régularisation d’un groupe de sans-papiers, petite victoire, mais bien réelle. Si on obtient la libération de Georges Ibrahim Abdallah, petite victoire mais bien réelle. Et ainsi de suite.
Mais en vérité, sur le fond, sur l’évolution de notre société capitaliste-impérialiste, tout continue à empirer, rien ne change. La tendance à la réaction, le risque de guerre, l’internationale néofasciste sont toujours là. Nous sommes orphelins de NOTRE projet politique.

Certain.e.s camarades résument la période actuelle à un seul mot d’ordre, qui selon elles et eux concentre la totalité des contradictions politiques actuelles : « Palestine ou barbarie ». C’est autour de ce mot d’ordre que selon eux devraient s’unifier toutes les luttes, concentré de la période. Pour les communistes, c’est un point de vue étriqué, spontanéiste, à courte vue – et erroné. Nous avons par exemple entendu avec stupéfaction Rima Hassan affirmer qu’en période de guerre le féminisme devenait secondaire (au sens de renvoyé à plus tard)… Et quid du conflit impérialiste entre Chine et USA ? Des licenciements, de la misère et du chômage ? De l’écologie et de la destruction de la planète ? Et ainsi de suite.
Oui, tout est lié, mais on ne peut pas réduire un ensemble de contradictions à une seule d’entre elles.
La seule unification possible contre l’impérialisme dans la période actuelle, elle doit se construire par un projet global et cohérent…

Bien sûr, il y a eu les Gilets Jaunes qui au-delà de leur confusion aspiraient à combattre « le système » dans son ensemble. Bien sûr, il y a des tentatives intéressantes de donner un sens commun à des luttes diverses comme les débats autour de l’intersectionnalité (arriver à fusionner les questions de classe, de genre, de racisme et décoloniales). Mais on en reste au niveau des luttes immédiates, on ne se donne pas les moyens de construire le programme global et la solide organisation pour avancer réellement, on ne fixe pas le cadre et les priorités.
C’est quand même dire que la préoccupation existe réellement, et qu’il faut la concrétiser

Pour l’instant, la tendance à la parcellisation et à l’émiettement, chacun dans son truc, sans préoccupation sur les autres sujets, on picore à droite, à gauche. Ou plutôt on fait confiance aux « autres » sur les « autres sujets ». Avec le risque que des causes importantes soient oubliées ou négligées, que l’éparpillement n’entraîne que confusion et concurrence des causes.
L’hypothèse largement répandue, c’est qu’il faut l’addition des luttes pour les faire converger. Mais une addition des colères et des résistances ne fait pas un projet de société. Non, désolé, les petits ruisseaux ne font pas les grandes rivières. Ce qui se passe, c’est que chacun·e établit, consciemment ou inconsciemment, une hiérarchie des combats personnelle, et met en compétition les différentes luttes. Au fond, c’est le reflet de l’individualisme qui se développe dans la société actuelle, attisé par les réseaux sociaux où chacun.e peut se transformer en son propre petit parti politique individuel pour avoir sa petite audience… Au final, cela ne fait que favoriser tous les projets réformistes, qui eux se présentent comme une solution cohérente et pas trop exigeante.

En fait, cela devient en quelque sorte une concurrence des causes particulières qui va supplanter la Politique, pas la politique politicienne, la VRAIE politique pour les prolétaires et les travailleurs.
Dans un éditorial précédent de ce magazine, nous affirmions : « nous avons deux ennemis », la bourgeoisie monopoliste au pouvoir et les réformistes qui la concurrencent sur le même terrain. Il faut aller plus loin : il faut en finir avec la concurrence des causes particulières, l’émiettement des luttes, l’individualisation des combats, l’illusion de la solution par la convergence des luttes.

Contre tous nos ennemis, il faut ne pas avoir peur de s’attaquer à l’ensemble de la situation, sur l’ensemble de la planète. En un mot, faire de la politique, de la VRAIE politique, et ne pas seulement en parler. Il faut reconstruire des solidarités, pas au sens de la solidarité des luttes immédiates, la solidarité et la cohérence du projet. En vrai, c’est la période qui nous oblige, qui nous pousse malgré nous dans ce sens.
Il ne faut pas avoir peur de dépolluer et d’utiliser le mot qui résume tout : « communiste ! ». Comme le disaient Marx et Engels dans le Manifeste du Parti Communiste, « les communistes représentent toujours les intérêts du mouvement dans leur ensemble ».

Cela étant fait, tout reste à faire : étudier la situation actuelle pour actualiser le projet dans toutes ses dimensions, le transformer en politique vivante, concrète, en mots d’ordre, dans toutes les échéances de la lutte des classes, le faire connaître, militer, s’organiser, regrouper tou.te.s celles et ceux qui s’y retrouvent. Un vrai programme de parti ne pourra être élaboré que collectivement, dans cette lutte pour une construction collective.
Nouvelle ère, nouvelles questions disons-nous en couverture : n’ayons pas peur de l’incertitude, évitons de retomber dans les erreurs et ornières du passé, surmontons notre crise collective, le temps est venu !