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Editorial : Plus rien à perdre !
Partisan Magazine N°27 - Juin 2026
Ce numéro de Partisan traite de différents domaines de notre société, l’école, la santé, les conditions de travail. Il traite de différents pays, l’Iran, le Sénégal, l’Equateur ; de différents fronts de lutte, en particulier le patriarcat ou la Françafrique. Deux anniversaires, celui de la Révolution culturelle de 1966, celui de la guerre du Rif au Maroc en 1926, et un événement local, le congrès de fondation d’une Jeunesse Communiste, lui donne une profondeur politique.
Nous avons emprunté notre titre au dernier livre de Tom Thomas, qui lui-même emprunte beaucoup à Karl Marx. « Plus rien à perdre », c’est juste avant « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous » à la fin du Manifeste : « Que les classes dirigeantes tremblent devant une révolution communiste ! Les prolétaires n’ont rien à y perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner ». Un monde ! On a déjà du mal à gagner notre vie, s’il faut gagner un monde nouveau sur toute la planète, il va falloir être nombreux et assurer beaucoup de travail. Tom Thomas ne dit pas le contraire dans son livre, et on peut lui emprunter plus que le titre : quelques vérités essentielles qui nous décrivent la toile de fond de toutes nos luttes, et le cadre de notre situation politique actuelle.
« Deux seules perspectives, écrit-il dès la première page (p. 7), mourir avec le capital, ce à quoi mène le néo-fascisme partout en développement, ou l’abolir par un processus révolutionnaire communiste. Deux seulement, tel est en effet le choix aujourd’hui. » « Vivre libres ou mourir », c’était le slogan de 1789 ! Et celui des canuts lyonnais en 1831, « Vivre libres en travaillant ou mourir en combattant ». Et les Russes en 1917, « La victoire ou la mort » (Lénine, tome 28, page 170). Nous en serions déjà là aujourd’hui ? L’impasse écologique d’un côté, les préparatifs de guerre de l’autre, semblent bien indiquer qu’on n’en est qu’au début, mais qu’on est déjà dans cette confrontation, entre « danger de guerre et espoir de révolution ».
La crise du pétrole actuelle sur fond de guerre au Moyen-Orient rappelle celles de 1973 et 1979, qui sonnèrent la fin des « Trente Glorieuses » et le début d’une série de crises mondiales. Les victoires des luttes de libération nationale (sauf en Palestine, au Kurdistan, au Sahara occidental, en Kanaky…) et la mondialisation de l’industrie qui a suivi, ont redonné une vigueur temporaire au système capitaliste à la fin du siècle. Mais le XXIe s’est présenté chargé de catastrophes : économique (les « subprimes »), écologique (devenue évidente), sanitaire (la Covid 19), et militaire (Ukraine, Palestine). C’est que le capitalisme est au bout du rouleau. Et quand le gâteau ne peut plus grossir, quand le Capital ne produit plus suffisamment de profit, reste la prédation, le vol, la guerre de repartage entre impérialistes.
La guerre sociale, interne, est plus cachée. Mais elle fait elle aussi d’énormes dégâts. La contradiction de fond est pourtant encore plus nettement celle du Capital. L’augmentation de la productivité tend vers zéro au fil des années ; la spéculation et les dettes atteignent des sommets, qui ne peuvent qu’engendrer des krachs. La précarisation, les licenciements, la dégradation des conditions de travail atteignent leurs limites, touchent la petite bourgeoisie, provoquent une augmentation des maladies professionnelles. Quand le gâteau mondial ne grossit plus, c’est la guerre inter-impérialiste ; quand les profits stagnent, c’est la guerre contre les « avantages sociaux ».
La révolution nécessaire n’est pas une révolution politique, c’est une révolution économique et sociale. Notre objectif n’est pas un pouvoir ouvrier, c’est une société communiste. Comme le résume la plate-forme de VP (cahier 2, page 11), « la transition socialiste est un processus de transformation économique et sociale, porté par une volonté politique et idéologique ». Matérialistes, mais dialectiques. Le pouvoir ouvrier est un préalable, un outil nécessaire.
Tom Thomas fait exactement cette démonstration, mais il ne cache pas les obstacles idéologiques et politiques. Une loi générale incontournable fait que la conscience vient globalement après la réalité. Mais la domination de la bourgeoisie organise la diversion et, si ça ne suffit pas, la répression, à l’aide d’une armée d’amuseurs et de communicants, de « collaborateurs » et de « partenaires sociaux ». Tom Thomas note quatre types d’obstacles à la conscience communiste :
« 1) Les peuples des vieux pays capitalistes sont encore dans le souvenir des succès des luttes réformistes passées… 2) Les peuples qui ont subi le joug d’une dictature de type stalinien ont nécessairement un réflexe anticommuniste… 3) Les peuples des anciens pays colonisés sont, notamment en Afrique, soigneusement entretenus dans le souvenir vivace des dominations et oppressions coloniales par les bourgeoisies au pouvoir dans ces pays, de façon à rendre les anciens colonisateurs toujours seuls responsables… 4) La sénilité du capital engendre… une puissante et mondiale exacerbation des nationalismes, jusqu’à des sortes de fascismes... ».
Les communistes ont donc un rôle clé, pour détruire ou contourner ces obstacles. Rappelons cette phrase de Marx que nous aimons bien, prononcée lors de la fondation de l’AIT, la première Internationale : « Le nombre ne pèse dans la balance qu’uni par l’association et guidé par le savoir ». L’association (l’organisation) et le savoir (la conscience, le programme) sont liés. Le savoir ne sert à rien s’il ne dirige pas l’action collective. L’association n’ira pas loin si elle n’a pas une vision juste de la situation. Tom Thomas répond à des questions importantes qui renforcent notre savoir. Exemple : Pourquoi les révolutions russe de 1917 et chinoise de 1966 ont-elles tourné court ?
« Dans les pays développés, où donc les conditions d’un processus révolutionnaire communiste pouvaient exister, le réformisme a dominé en se nourrissant notamment de l’exploitation coloniale, tandis que dans les pays colonisés la seule révolution à l’ordre du jour ne pouvait être qu’anticoloniale et non pas immédiatement anticapitaliste » (p. 94).
Autre exemple. Pourquoi le réformisme, l’alternative de « gauche » et la démocratie bourgeoise ne marchent plus ? Tom Thomas répond à ce type de questions, et il conclut par la nécessité « d’une organisation révolutionnaire » (p. 174). Sans en dire plus à ce sujet. Or c’est la question centrale aujourd’hui. Nous ajouterons donc l’association au savoir.
Plus rien à perdre, que nos chaînes. La chaîne de l’esclavage salarié qui se dégrade de plus en plus. La chaîne de la guerre et de la catastrophe écologique qui progressent. Alors vite, travaillons à la construction « d’une organisation révolutionnaire », ouvrière et communiste !
« La classe ouvrière française se trouve placée dans des circonstances extrêmement difficiles… Les ouvriers… ne doivent pas se laisser entraîner par les souvenirs… Ils n’ont pas à recommencer le passé, mais à édifier l’avenir. Que calmement et résolument, ils profitent de la liberté républicaine pour procéder méthodiquement à leur propre organisation de classe ». Tract de septembre 1870 !