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Congrès de la Fédération des Jeunesses Communistes de France
Partisan Magazine N°27 - Juin 2026
Le week-end de Pâques a eu lieu un Congrès dont il mérite qu’on reparle : la création de la Fédération des Jeunesses Communistes de France, en fait la réunification de deux organisations qui s’étaient séparées en 2021 suite à une affaire de viol de la part d’un cadre (qui n’est plus aujourd’hui militant) – affaire dont d’ailleurs plus personne ne parle aujourd’hui.
Outre la Ligue de la Jeunesse Révolutionnaire (LJR) et les Jeunes Révolutionnaires (JR), le Congrès n’a rassemblé que peu de militants nouveaux, contrairement aux attentes des organisateurs, à l’exception peut-être de quelques jeunes venus du MJCF. D’autres collectifs jeunes (« La Jeunesse Communiste », également issue des jeunes du PCF) se sont formellement démarqués du processus.
Néanmoins 80 délégués venus de toute la France, représentant en gros 250 à 300 militants jeunes et très actifs ce n’est pas banal. En tous cas la preuve que la jeunesse n’est pas dépolitisée, et autre preuve, qu’ils ont réussi là où nous avons échoué. Nous, OCML Voie Prolétarienne, mais pas que nous, il suffit de voir le nombre d’organisations qui se disent marxistes-léninistes saliver et fayoter avec ce congrès, de l’URC à l’UPml en passant par le Parti Révolutionnaire Communistes de Pelikan pour voir ce que cette expérience a d’intéressant.
A l’heure où nous écrivons, nous n’avons pas les textes issus de ce Congrès, et nous les attendons avec impatience. Parce qu’il ne s’agit plus là de « Jeunesse » en général, de « Ligue », de « révolutionnaires », formules assez vagues qui prêtent à toutes les interprétations, il s’agit de JEUNESSE COMMUNISTE, c’est-à-dire en référence explicite à l’histoire du mouvement ouvrier et des Partis Communistes. D’ailleurs, cette création se situe explicitement dans la continuité de la JC du PCF jusqu’en 1945, comme « reconstitution de la JC » et son 12ème Congrès.
C’est d’ailleurs la première curiosité de ce congrès : la constitution d’une jeunesse communiste SANS parti communiste ! Alors que ces militants ne cessent de répéter que l’objectif central c’est justement de construire le Parti. On peut même dire que c’est une grande innovation dans l’histoire du mouvement communiste. Partout se sont D’ABORD constitués des partis communistes qui, à un moment de leur développement, ont créé ensuite des jeunesses communistes SOUS LEUR DIRECTION pour élargir leur influence, les « troupes de choc » du parti, comme il est rappelé à plusieurs reprises dans l’ interview de la nouvelle direction élue (voir https://www.causedupeuple.net/2026/04/14/interview-exclusive-de-la-direction-nationale-de-la-jeunesse-communiste/). Alors qu’on s’entende bien : la question de la création d’un parti communiste n’est pas affaire d’âge, c’est une question de programme et d’implantation dans la classe ; des jeunes peuvent parfaitement être partie prenante de la construction du Parti. La Jeunesse Communiste, c’est une organisation annexe, plus large, dirigée par le Parti en s’appuyant sur son enthousiasme et sa disponibilité.
La jeunesse a BESOIN d’une direction politique prolétarienne, d’un parti pour diriger son action, ce n’est pas du mépris que de le rappeler. L’histoire du mouvement ouvrier est remplie de dérapages politiques de la jeunesse militante, liés à des caractéristiques particulières :
• Pour l’essentiel, la jeunesse n’est pas une caractérisation de classe, c’est une notion interclassiste. Et dans un pays impérialiste comme la France, c’est avant tout une jeunesse lycéenne ou étudiante, issue de la petite-bourgeoisie, avec un avenir de petit-bourgeois. Si la centralité ouvrière n’est pas au cœur des choix politiques, avec des politiques volontaristes de travail dans la classe ouvrière (établissement en usine ou logement dans des cités ouvrières par exemple), on va reproduire un mode de vie, un mode de pensée et une organisation petite-bourgeoise.
Ces jeunes communistes en parlent, reconnaissent que la majorité des militants doivent aller en milieu ouvrier – tout en s’opposant apparemment à l’établissement. Ce thème n’a semble-t-il été qu’effleuré, à l’occasion de l’élection de la direction, savoir si elle devait être majoritairement prolétarienne ou pas – on n’a pas la réponse, ou plutôt elle est évacuée d’un revers de main par une autre formule « avoir une direction qui nous ressemble », mais qu’est-ce que cela peut vouloir dire ? Justement, NON ; la direction doit être une direction de classe.
D’où l’importance de la direction d’un parti communiste – qui n’existe pas.
• L’activisme de la jeunesse est bien connu, et un atout fort pour le mouvement communiste s’il est correctement dirigé et canalisé. Avec tous les risques de spontanéisme, de radicalité spectaculaire de l’action immédiate, d’héroïsation de la violence comme démarcation en tant que telle. Cela a été le cas pour les Gilets Jaunes, le mouvement antifa, les Blacks Blocs, Sainte Soline, les révoltes pour Nahel, toutes ces mobilisations où une partie de ces jeunes ont fait leurs armes, sans aucune orientation prolétarienne. La Cause du Peuple en arrive à se gargariser du nombre d’inculpations dans leurs rangs, ce qui pose question quand même : le militant communiste n’a pas pour objectif de se faire réprimer, mais de se protéger pour protéger le développement du Parti.
• A propos d’héroïsation, l’imagerie de ces jeunes se focalise sur les « héros » du mouvement ouvrier, surtout s’ils sont morts en martyrs. C’est le cas de Guy Moquet, Danielle Casanova, Colonel Fabien, Gilles Tautin, Pierre Overney présentés comme symboles de ce congrès. Aucun étranger d’ailleurs.
Si ces héros sont importants comme symboles du combat éternel contre l’exploitation capitaliste, le militantisme n’est pas avant tout un acte héroïque, mais conscience et organisation. En forme de clin d’œil, on rappellera que la nièce de Danielle Casanova qui était présente au Congrès a longtemps travaillé pour Mitterrand et pour le PS…
• Une vision métaphysique du monde, lié au manque d’expérience et de formation théorique, inévitables d’ailleurs quand on commence à s’investir dans l’activité militante. Métaphysique qui, rappelons-le, s’oppose au matérialisme dialectique et qui ne laisse pas la place au doute, aux interrogations, aux contradictions. Avec l’empilage de certitudes et le refus du débat avec des positions jugées immédiatement réformistes et révisionnistes, sans d’ailleurs le début de commencement de démonstration. En passant, nous, OCML Voie Prolétarienne, maoïstes, avons essayé plusieurs fois sans succès de débattre avec la LJR. Nous sommes juste ignorés et blacklistés, alors qu’à ce fameux congrès, les forces révisionnistes qui passent la brosse à reluire étaient invités à la tribune. Métaphysique qui s’illustre jusque dans les tics de langage des militant.e.s, par exemple l’adjectif « glorieux » mis à toutes les sauces…
Autant de caractéristiques, un peu inévitables, qui doivent être dirigées, canalisées autour de l’orientation du Parti. Le PCC a fait un texte célèbre en 1939 sous la plume de Mao, « L’orientation du mouvement de la jeunesse », qui insistait avant tout sur la nécessité de se lier aux masses ouvrières et paysannes. C’est cette orientation qui est décisive.
Sur les positions de cette nouvelle « Fédération des Jeunesses Communistes de France », à l’heure où nous écrivons, nous n’avons pas encore les textes finaux votés par le congrès, et peut-être nous en diront-ils plus. Nous avons quatre comptes-rendus de séance, forcément assez vagues et flous (ce n’est pas une critique), pour se faire une idée de ce Congrès (voir https://www.causedupeuple.net/2026/04/06/chronique-du-congres-n4-6-avril-2026/) en plus de l’interview de la nouvelle direction citée plus haut.
Alors, en attendant, qu’en dire à partir de ces éléments et des positions passées de la LJR ?
• Dans les textes disponibles, il y a beaucoup de choses intéressantes sur l’importance des combats démocratiques et anti-impérialistes dans un pays comme la France. Rappelons que la LJR a été extrêmement active pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah, l’activisme de la jeunesse a du bon !
• Si le marxisme est bien affirmé à plusieurs reprises, comme le cœur de l’idéologie du prolétariat, il n’y a pas de référence idéologique affichée bien précise au-delà, en particulier au léninisme ou au maoïsme, et encore moins à Gonzalo. Juste une référence confuse « au marxisme de notre époque » supposée recouvrir un peu tout ça, mais sans le dire clairement. Ce congrès a été en particulier surprenant sans un mot sur la mort de Mao (c’était en 1976 il y a 50 ans), ou sur la Révolution Culturelle (la circulaire du 16 mai 1966, c’était il y a 60 ans). C’est quand même un sacré problème pour une organisation qui s’affirme « communiste ». Ce qui est en jeu ce n’est bien sûr pas une étiquette, c’est se positionner dans l’histoire du mouvement ouvrier et ses multiples sursauts et contradictions : l’histoire du communisme n’a jamais rien eu d’un long fleuve tranquille et il ne suffit pas de se démarquer sur des enjeux politiques. En privé, les militants de la LJR se disent maoïstes, mais en public il faudrait le cacher ? Ou alors, il faudrait ne pas heurter d’autres forces qui refusent le maoïsme pour espérer en rallier quelques membres (les jeunes de l’URC par exemple, ou les autonomes qui circulent dans les Blacks Blocs) ? Ou alors cette référence est dépassée et n’a plus lieu d’être ? Rappelons ce que nous disions au début de ce texte : on ne parle plus de jeunesse en général, de ligue ou autre formule floue, mais bien de « Jeunesse Communiste »…
• La centralité ouvrière est discrète quoique répétée pour l’importance du travail politique. Une vague référence au prolétariat qui n’est pas défini, et on sait que dans les pays impérialistes comme la France, gangrenée par la petite-bourgeoisie, la tentation est grande « d’élargir » le prolétariat bien au-delà de la classe ouvrière et des fractions inférieures d’employés totalement soumis à la dictature du capital. Nous le répétons : c’est une pierre de touche dans un pays impérialiste et on connaît des forces d’extrême-gauche qui considèrent que les enseignants ou les cadres, certes des salariés, font partie du prolétariat. On retrouve là les positions traditionnelles des partis révisionnistes.
• Le réformisme n’est vu que comme une domination idéologique, l’influence de l’idéologie bourgeoise au sein des organisations de classe. Pour ces camarades, les masses sont spontanément révolutionnaires, seulement polluées par les révisionnistes et l’idéologie bourgeoise qui les empêchent de faire la révolution. On voit les effets dans le débat sur les élections et l’abstention : s’il y a de bonnes choses (refuser de se ranger derrière une fraction de la bourgeoisie, comme on l’a vu derrière Mélenchon, Tsipras ou Lula – très bien), les camarades en arrivent à juger l’abstention comme une démarcation révolutionnaire, « un potentiel de 21 millions de prolétaires révolutionnaires », on est là au bout du bout du spontanéisme et de l’incompréhension complète de ce qu’est le réformisme.
Rappelons les positions de VP : dans le capitalisme, le prolétaire est un sujet qui vend sa force de travail comme une marchandise, soumise aux lois du marché, concurrence entre les travailleurs à la clé. C’est la base économique. Mais cela se traduit au plan politique et social par ce que nous appelons le réformisme spontané, la préoccupation de « vendre sa force de travail au meilleur prix possible ». C’est là-dessus que s’appuient politiquement les réformistes organisés pour détourner les prolétaires vers l’aménagement du capitalisme. Et sur ces bases que se développent les idéologies réformistes et révisionnistes pour justifier cet abandon de la révolution. Heureusement pour les communistes, cette tendance inéluctable (nous répétons, inéluctable) se heurte à la réalité féroce de l’exploitation, qui dégage des potentiels révolutionnaires en conscience et en organisation, potentiels qui ne peuvent se révéler qu’avec une activité communiste, elle-même consciente et organisée. Contre toutes les variantes réformistes de gestion du capitalisme.
Ce qu’ont repris les nouveaux jeunes communistes, c’est la vieille « théorie du couvercle » qui a déjà fait faillite dans les années 70 : retirons le couvercle réformiste, et la vague révolutionnaire profonde des masses surgira.
• Concernant l’anti-impérialisme, nous attendons de voir les textes pour nous prononcer plus avant. Pour l’instant, nous avons constaté dans les positions de l’ex-LJR un abandon de toute référence de classe qui aboutit au soutien clair et net aux forces les plus réactionnaires (mollahs d’Iran, forces islamistes en Palestine), au nom de la seule contradiction « impérialisme / nations opprimées ». Voir un autre article de ce magazine sur les démarcations autour de la guerre en Iran. Ce qui lui permet de faire l’unité avec les forces campistes les plus révisionnistes, comme l’URC, l’OCF (une scission récente du PRCF) ou d’autres. Cela dit, un article récent de la Cause du Peuple s’emmêlait les pinceaux en affirmant la même chose tout en reconnaissant le caractère réactionnaire voire fasciste du régime iranien…
Il y a là un vrai problème récurrent, et nous y reviendrons.
Dans l’immédiat, faute des textes officiels du Congrès, nous en resterons là.
Rappelons pour l’occasion que nous avons déjà eu l’occasion de faire en Octobre 2023 une petite brochure de démarcation avec ce courant, disponible en ligne (https://www.ocml-vp.org/article2475.html), également au format papier, « A propos de la création de la Ligue Communiste Internationale et du débat que cela a provoqué dans le mouvement communiste international », l’occasion d’y revenir !