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COVID long, Chut ! Désastre sanitaire en cours !

Partisan Magazine N°25 - Juin 2026

La vie de Julien a basculé en septembre 2022 après avoir contracté le virus du Covid 19 (SARS-Cov2). Ce que certains, et pas seulement des libertariens antivaccin, appellent une « grippette », devient pour Julien un covid long, une pathologie invalidante. Arrêt de travail pendant deux ans, la découverte d’une vie en situation de handicap, des rendez-vous incessants chez des médecins et l’incertitude quant à l’avenir.
Mais, au moment où l’Etat et les Pouvoirs Publics organisent le grand déni sur la pandémie de Covid (« le covid, c’est fini... »), combien sont-elles.ils dans le cas de Julien à souffrir d’un covid long ? Pourquoi ce déni ? Et quelle politique de santé publique cela illustre-t-il ? Quels discours, plus ou moins élaborés, et venant parfois de la « gauche », l’accompagnent ?

Face au désastre sanitaire de la gestion par l’État de la pandémie de covid, des patients, des chercheurs, des médecins s’organisent comme ce fut le cas à la fin des années 80 et dans les années 90 autour de la lutte contre le Sida. Ils forgent des outils de critiques et de luttes mais jettent aussi des perspectives de ce que peut être une politique publique de santé collective. Sujet dont nous, communistes, révolutionnaires, d’extrême-gauche au sens large, devons-nous emparer.
Pour mémoire, nous renvoyons à notre déclaration de mars 2020, qui à l’époque avait aussi démarqué : « Coronavirus : vote, bosse et ferme-la ! » https://ocml-vp.org/article2093.html, également reproduite dans le N°15 de Partisan magazine.

Partisan : Vu le silence absolu sur la réalité du covid aujourd’hui en mars 2025, cinq ans après, il est sans doute nécessaire de que tu nous expliques comment le virus agit. En gros, du point de vue médical, c’est quoi le covid long ?

J : Il est établi depuis plusieurs années que le Covid est un virus aéroporté, c’est-à-dire qu’il se transmet par les voies aériennes. Il peut provoquer des phases infectieuses très lourdes et mortelles. Il peut également provoquer des conséquences à plus long terme. C’est ce qu’on appelle le Covid-long. C’est une maladie multi systémique, ce qui veut dire que plusieurs organes du corps peuvent subir des atteintes : cœur, poumons, reins, intestins, cerveau…

L’hypothèse qui semble la plus probable pour expliquer le Covid Long est la persistance virale, c’est-à-dire des fragments de virus qui persistent dans différents organes, se répliquent et entraînent une stimulation permanente du système immunitaire et une inflammation chronique. Notre système immunitaire dysfonctionne, notre corps combat une inflammation permanente et certains patients développent des caillots sanguins.

Partisan : peux-tu nous décrire la politique publique de gestion de la pandémie pendant la crise de 2020 (confinement, port du masque, pass sanitaire) et ensuite ?

J : La pandémie est toujours en cours. Il est donc erroné de parler de crise de 2020. Quand on parle du Covid, pour beaucoup, ça n’est que la période 2020-2022. Au début du mois de mars 2020, et alors que le virus était déjà là, Macron nous disait d’aller au théâtre, il a maintenu les élections municipales en nous disant d’aller voter avant de nous dire de nous confiner et d’attester pour pouvoir sortir. Macron nous a dit que le masque ne servait à rien quand il n’y avait pas en stock puis nous a obligé à porter le masque… Cette période a ainsi été marquée par une gestion autoritaire de la pandémie par les autorités avec des aides accordées pour maintenir le système d’exploitation capitaliste. Au début de l’année 2022, Macron a décrété que la pandémie était terminée.

Aujourd’hui, pour les autorités politiques et sanitaires françaises, la prévention du Covid prend la forme de la protection des personnes qualifiées par elles-mêmes de « vulnérables ». Or, il s’agit là d’un angle mort important car tout le monde a le risque de subir des formes graves du Covid et/ou un Covid Long. Les autorités sanitaires et politiques n’ont de cesse, quand ils mettent en place de prétendues politiques de prévention, de dire que les personnes vulnérables doivent se protéger. Pour les autorités, les vulnérables sont les personnes âgées, les personnes avec des maladies auto-immunes, les personnes avec des maladies déjà installées… Pourtant, je ne faisais pas partie des personnes qualifiées de vulnérables par les autorités et une contamination m’a rendu vulnérable et handicapé. Ma situation est très loin d’être isolée. Beaucoup de jeunes personnes entre 20 et 50 ans sont affectés. Des enfants, des adolescents sont également touchés par le Covid Long. Il faut vraiment comprendre que nous sommes tous et toutes à risque face au Covid. Les discours de tous ceux qui minimisent, ceux qui considèrent que le Covid n’est qu’un virus comme un autre ou qu’il n’est grave que pour certaines catégories de la population, sont criminels.

Partisan : Pendant les deux périodes de confinement et de pass sanitaire jusqu’en 2022, on a pu être surpris de découvrir certaines expressions communes à des militants libertaires ou d’extrême-gauche avec des complotistes et des activistes d’extrême-droite. C’est quoi leur fond commun, comment cela est-il possible ?

J : Ce sont des courants pour lesquels la sélection naturelle entre les « forts et les faibles » doit primer, ce qui les amène à considérer qu’il n’y a pas à se priver, à entraver sa propre liberté individuelle pour la préservation par exemple des personnes âgées ou des personnes déjà malades. Au fond, ce sont des dynamiques « eugénistes » (la sélection naturelle pour les forts) et « validistes » (on ne s’intéresse pas à tout ce qui relève du handicap, seuls les « valides » - les forts - comptent). Le vrai fond commun, c’est l’individualisme poussé à l’extrême.
Le collectif « Action Antifouchiste » (https://antifouchiste.org), qui réalise un travail de veille remarquable sur le confusionnisme et les liens entre des courants de gauche et l’extrême droite, explique que c’est un glissement idéologique de l’organisation collective de la santé sociale vers une responsabilité individuelle. Les discours des personnes refusant le port du masque en disant « je ne suis pas à risque » ou que « les virus sont importants et forgent notre immunité collective » ne prennent en compte que la logique individuelle – erronée au demeurant – sans réfléchir d’un point de vue collectif.

Partisan : En pratique, et dans le milieu militant, cela amène à quoi ce confusionnisme ?

J : Ce confusionnisme amène des organisations de gauche et d’extrême gauche à inviter des personnes d’extrême droite pour faire des conférences autour de la santé. À Toulouse, on a deux exemples. A chaque fois, ces conférences ont été annulés grâce à la veille menée par le collectif « Action Antifouchiste », mais également d’autres collectifs comme « Cabrioles auto-défense sanitaire » (https://cabrioles.substack.com).
Ces collectifs (souvent également anarchistes) ont bien identifié que la lutte contre le fascisme passait également par la lutte contre ce glissement idéologique qui permet l’extrême droite libérale et réactionnaire de diffuser ses idées.

Partisan : Les polémiques tournent beaucoup autour de la vaccination. Que peux-tu nous en dire concernant le Covid ?

La vaccination a permis la diminution du nombre de morts car elle a permis de limiter les formes graves de la phase d’infection. Elle a également permis de réduire la circulation du Covid même si elle ne l’a pas arrêté, loin de là, le virus continuant à circuler toute l’année. Pour moi, la vaccination s’inscrivait dans un cadre de défense collective en participant à la diminution de la circulation du virus. Elle n’est évidemment pas suffisante, mais c’est un outil à mobiliser contre d’autres.

Partisan : Il y a eu aussi la polémique autour des soignants qui refusaient la vaccination et/ou le port du masque à l’hôpital. La France Insoumise notamment, et quelques syndicalistes, se sont opposés à leur suspension. Comment tu vois ces prises de position et que penses-tu du refus par un soignant de prendre les mesures de protection ?

Comme malade, je dois régulièrement me confronter à du personnel soignant qui m’interroge sur les raisons pour lesquelles je continue à porter le masque. Nombre de soignants stigmatisent les malades qui se présentent devant eux avec cet outil de protection dans des lieux dans lesquels, par principe, les maladies et virus circulent allègrement.
Dans les lieux de soins, le port du masque devrait être la norme. Pour les soignants comme pour les patients. Je te protège, tu me protèges, on se protège. C’est à ça que devrait tendre la défense de la santé publique.
Dans ce contexte, l’obligation vaccinale pour les soignants ne me choque pas. En revanche, j’ai trouvé catastrophique la défense des soignants refusant la vaccination pour des raisons individualistes par des organisations politiques ou syndicales censées défendre l’intérêt collectif.

Partisan : La lutte s’organise donc autour critique de la gestion capitaliste de la santé et des idéologies plus ou moins réactionnaires qui la sous-tendent.

J : Une partie des malades et des militants anticapitalistes s’est en effet emparée de la lutte contre le Covid et pour l’autodéfense sanitaire, conscients que, comme le prédisait Gwen Fauchois, ancienne présidente d’Act Up Paris en mars 2020, « l’expérience que l’épidémie de coronavirus sera aussi sociale. L’expérience que l’Etat réagira avec retard. Et que ses priorités pourront différer des nôtres. Que sa conception de l’utilité générale est partielle et partiale. L’expérience que le gouvernement, comme ceux qui l’ont précédé minimisera, prendra des décisions d’abord économiques, prétendra donner des leçons au monde entier. »
La gestion de la pandémie par les autorités s’inscrit en effet dans le cadre de la lutte des classes avec comme moteur principal le maintien du système d’exploitation capitaliste. Il est devenu insupportable aux capitalistes de voir des travailleurs et travailleuses rester chez eux par précaution avec pour conséquence la paralysie de la production. D’autant que le télétravail ne concerne pas les prolétaires. C’est ça qui a commandé la politique du laissez-faire et laissez-circuler le virus. Qui aujourd’hui s’isole quand il a le Covid ? D’ailleurs qui se teste encore quand il a des symptômes type Covid ? La politique d’austérité du gouvernement touche d’ailleurs la prévention sanitaire avec le déremboursement récent des tests PCR sans ordonnance par un arrêté ministériel de mars 2025.
Les capitalistes ont donc fait le choix, pour des raisons financières et de préservation du système d’exploitation de sacrifier notamment des travailleurs et travailleuses qui, pour nombre d’entre eux sont morts, sont tombés malades et devenus handicapés en masse et contraints de quitter complètement le marché du travail par l’invalidité.

Partisan : Comment cette lutte est-elle menée ? L’expérience des luttes autour du Sida, peut-elle être, réinvestie pour servir les luttes autour du Covid ?

J : Oui très clairement, les luttes menées contre le SIDA sont très inspirantes pour les malades du Covid. Parce qu’elles ont en commun qu’elles sont des luttes politiques en ce sens qu’elles pourraient être évitées par des politiques de prévention sanitaire et que les recherches thérapeutiques relèvent de choix politiques. Pour le covid, des mesures comme l’aération et la ventilation des espaces clos (écoles, usines, entreprises, lieux de soins…), de port du masque notamment en lieu de soins ou encore de dépister / isoler / traiter permettraient de lutter contre la pandémie. Pour la recherche thérapeutique en France, rien n’est fait en France et c’est un choix politique que les malades doivent dénoncer.
J’ai personnellement rejoint l’association WINSLOW SANTÉ PUBLIQUE qui regroupe des malades du Covid Long et d’autres maladies chroniques ou auto-immunes ainsi que des personnes conscientes de la nécessité de lutter pour une véritable politique de prévention sanitaire au bénéfice des personnes et pour la santé publique. Des liens ont été noués avec Act Up Paris car l’histoire de la lutte des militants d’Act Up nous donne la voie à suivre pour lutter comme des personnes malades ET concernées. Un texte important a été co-écrit par Winslow et Act Up Paris en juillet 2024.
https://winslow.fr/65-millions-et-ca-continue/

Partisan : Comme communistes et révolutionnaires, qu’est-ce que nous pouvons faire pour participer à la lutte contre le Covid et pour la santé publique ?

J : S’agissant du Covid-19, il importe de promouvoir des informations de qualité et de se tourner vers les personnes directement concernées comme les membres de WSP, les collectifs dont j’ai parlés. Politiquement, c’est également important de rejeter le dogme de la responsabilité individuelle en matière de prévention, défendre les droits sanitaires COLLECTIFS et prévenir les risques de transmission aéroportés.
Dans nos espaces militants, c’est dès à présent appliquer les principes de l’auto-défense sanitaire quand on organise des réunions ou des évènements (purificateurs d’air et aération quand on est dans des espaces clos, mise à disposition de masques pour celles et ceux qui le souhaitent, choisir au maximum des espaces accessibles et aérés).
Surtout il est important de ne rien attendre de l’État en matière de prévention sanitaire. Ses intérêts ne sont pas les nôtres, et au mieux, il agira avec retard tout en s’auto-satisfaisant.
Lutter contre le capitalisme, lutter contre le fascisme et toutes les formes de dominations et d’exploitation, c’est lutter pour que toutes les vies comptent et contre le chacun pour soi.