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Lire : "Anatomie du Chaos" de Tom Thomas
Partisan Magazine N°25 - Juin 2025
Anatomie du chaos - Tom Thomas, Ed Critiques 2025, 200 pages, 18,00 €
Le dernier livre de Tom Thomas est le meilleur de tous. Il analyse (c’est l’anatomie) la situation actuelle (le chaos) C’est très politique et actuel de contenu, et très abordable sur la forme Résumant son propos en introduction, il se présente en vieux soixante-huitard qui, derrière « la crise économique, la crise écologique, la crise géopolitique entre impérialismes », voit se profiler une vaste crise… révolutionnaire.
Le premier chapitre désigne l’ennemi, le capitalisme international « Il ne s’agit pas d’une « polycrise », mais des « polyeffets » d’une crise ayant une cause première » (p 13). Il explique qu’après les Trente Glorieuses de la reconstruction d’après guerre, et la vague révolutionnaire des années 1968, la « troisième mondialisation n’a pu relancer la croissance mondiale que durant quelques décennies » (p 20). Le capitalisme est au bout du rouleau, au bout de la planète, au bout du pillage de la Nature et de l’exploitation des travailleurs (taux de productivité et taux de profit).
Le deuxième chapitre pose la question de savoir si la science et la technique peuvent encore sauver ce système. Il balaie différents domaines, l’écologie, l’agriculture, la santé, la recherche scientifique, la conquête spatiale, montrant qu’ils se présentent tous en formes d’impasses De même que les progrès servent d’abord à faire la guerre, les NTIC (nouvelles technologies de l’informatique et de la communication) et l’IA (intelligence artificielle) sont avant toute chose des outils de surveillance globale et de répression.
Le troisième chapitre, intitulé « Le chaos du capitalisme sénile », résume le constat et annonce la solution. Il nous vaut quelques formules imagées « Chaque fois que ses agents supérieurs [du Capital] tentent de guérir une de ses plaies, ils ne peuvent qu’en aggraver d’autres… Cette prétendue solution consiste à vouloir éteindre un incendie avec de l’essence (p 94). « Dans la mythologie grecque, le khaos n’est pas la fin d’un monde, mais son début » (p 105). Il faut « passer d’une destruction subie à une destruction organisée de telle sorte qu’elle engendre un nouveau mode de production » (p 107) « Une société communiste n’a encore jamais existé ». Plus loin (p 143), il est expliqué qu’en Russie et en Chine n’’existait pas encore la « condition matérielle indispensable à la réussite d’un processus révolutionnaire communiste ».
Le quatrième chapitre est consacré aux solutions pratiques, il s’intitule « Sortir du chaos » On ne peut pas dire que ce point est escamoté, c’est le chapitre le plus long, il occupe à lui seul 40 % du texte C’est pour ce chapitre qu’il faut acheter et qu’il faut lire ce livre ! Il est remarquablement juste lorsqu’il affirme d’emblée que toutes les luttes dispersées, sur des fronts et des pays différents, ne vaincront qu’en s’unissant sur un programme global, communiste, même si ce mot a été gravement pollué par les « staliniens ».
Ce chapitre est aussi celui qu’on aimerait approfondir sur certains points Par exemple, n’y a-t-il pas une contradiction entre constater la transformation des forces productives en forces destructrices, et faire de ces forces productives la « condition matérielle indispensable à la réussite » ? Un des objectifs communistes est la « fin du travail », mais est-ce que la formule est juste puisqu’il s’agit plutôt de la fin du caractère contraint et déshumanisant du travail, et sa transformation en « libre développement de chacun », au service de tous ? Enfin, parmi les motifs d’espoir, pourquoi ne pas citer, plus explicitement que par une brève mention (p 165), la vague féministe mondiale de ces dernières années, comme symptôme de la profondeur de la révolution qui s’annonce et qui ne remet pas seulement en cause la propriété privée mais la vie privée ?
Une citation du jeune Marx résume bien la démarche politique du (vieux) Tom Thomas (p 142) : « En 1843, Marx écrivait à Ruge, avec qui il collaborait alors : Vous ne me direz pas que je me fais une trop haute idée du temps présent, et si, malgré tout je ne désespère pas de lui, c’est que sa situation désespérée est précisément ce qui me remplit d’espoir ».