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Compte rendu de la réunion publique de VP du 9 octobre

Vive la révolution chinoise ! Vive la Révolution Culturelle !

35 personnes étaient présentes pour notre réunion publique autour des dates symboliques des 50 ans de la mort de Mao et de l’arrestation de la Bande des Quatre, et des 60 ans du déclenchement de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne en Chine.
C’est peu, pour un pays où le mouvement dit « maoïste » a été puissant, en particulier dans l’après 1968. D’autant qu’il n’y a eu aucune autre initiative similaire, de la part d’organisations qui se prétendent marxistes-léninistes, voire même maoïstes. Très peu d’articles dans la presse militante, tout au plus pour saluer le « grand dirigeant » qu’a été Mao Zedong, mais sans préciser en quoi, ou pour le réduire au fondateur de la République Populaire de Chine (cela a au moins été le cas de l’URC). Mais les 27 ans de lutte des classes intenses qui ont suivi ? Les raisons de la rupture fondamentale entre l’URSS et la Chine Populaire ? La Révolution Culturelle ? Effacées, oubliées.

C’est dire la fragilité de ce qu’a été ce mouvement dit « maoïste » sur les ruines duquel l’OCML Voie Prolétarienne s’est construite à la fin des années 1970.
Ceci dit, la réunion publique a été riche et fructueuse, avec un public jeune et curieux, pour certains polémiques – mais la contradiction et le débat font partie intégrante de la vie.
Après la projection d’une vidéo de VP (toujours disponible sur notre chaîne Youtube https://youtu.be/ty-2S-dDL3U?si=ZE0Hm9PnDp1j2E4a pour celles et ceux qui voudraient la voir ou la revoir) et un hommage au mouvement de la jeunesse d’aujourd’hui qui renvoie au mouvement de la jeunesse durant la Révolution Culturelle, le débat s’est développé de manière très intense durant deux heures, sur de multiples thèmes.

–  Quel est le lien entre le développement de la Chine maoïste et celui de l’URSS ? Vaste débat ! Notre réponse à Voie Prolétarienne, c’est que le développement économique et politique de la Chine Populaire s’est fait dans la compréhension progressive, entre 1949 et 1976, des erreurs de l’URSS et de la nécessité de rompre avec ce mode de développement pour éviter la restauration du capitalisme.
Cette compréhension n’est pas apparue comme une « révélation magique », mais au fil des expériences et de l’étude théorique critique de l’expérience soviétique. Un exemple significatif parmi d’autres c’est l’opposition de deux modes de gestion, celle de l’aciérie de Magnitogorsk en URSS et celle de l’aciérie d’Anshan en Chine Populaire (voir l’article « Révolution et contre-révolution dans les usines chinoises » https://ocml-vp.org/article2487.html). Elle a culminé dans la Révolution Culturelle avec la Commune de Shanghaï (voir https://ocml-vp.org/article1620.html), puis dans les textes théoriques de la Bande des Quatre en 1974 (voir https://ocml-vp.org/article1207.html).

–  On nous a reproché notre critique de Staline. Quelques camarades de la FJCF étaient venus avant tout pour porter la contradiction à ce propos, et n’ont pas supporté que nous traitions Staline de révisionniste bourgeois qui a permis le retour du capitalisme et ensuite l’arrivée de Khrouchtchev. Nous n’allons pas ici développer sur la question et renvoyons aux nombreux articles présents sur notre site (mot-clé « Staline »).
Rappelons quelques questions clés : la défense de la Théorie des Forces productives en matière économique, à la base de la réapparition de la nouvelle bourgeoisie. Une conception métaphysique du renforcement de l’Etat au lieu de lutter pour son dépérissement, en parallèle avec la disparition de la lutte des classes, illustrée par la Constitution de 1936 et le Xème congrès du PCUS en 1939. La dissolution de l’Internationale Communiste en 1943, en soumission aux grandes puissances impérialistes. La résistance anti-nazie menée sur une base patriotique et nationale en oubliant l’aspect principal de défense du socialisme. Une conception complètement idéaliste et métaphysique de la philosophie, illustrée par deux textes de Staline « l’homme le capital le plus précieux » et « Matérialisme historique et matérialisme dialectique ».
Staline n’était pas Khrouchtchev, mais il lui a ouvert la porte.

–  Les contradictions entre PCC et PCUS existaient bien avant la mort de Staline. C’est tout à fait juste. Un camarade rappelait que dans les années 20, Mao était minoritaire dans le PCC face au groupe de Wang Ming affilié à l’IC. Il a fallu d’un côté l’échec de la voie insurrectionnelle prônée par l’Internationale et le PCUS avec le massacre de Shanghai en 1927 et l’échec du soulèvement de Canton la même année, de l’autre l’offensive du Kuomintang contre les communistes pour provoquer une première rupture avec des conceptions erronées et dogmatiques qui avaient échoué. Un autre camarade rappelait que Brecht avait écrit un opéra en 1930, La Décision, qui évoque ces erreurs politiques dans la Chine de l’époque.

–  Il faut souligner l’importance essentielle de la notion de Nouvelle Bourgeoisie apportée par les maoïstes chinois, c’était complètement inenvisageable auparavant. A savoir une bourgeoisie qui ne vienne pas de l’ancienne bourgeoisie défaite par la révolution, qui ne soit pas « des agents de l’étranger », mais directement issue des nouveaux rapports de production interne, dans l’économie, les entreprises et même le parti. C’est un apport inestimable des maoïstes chinois, qui entraîne du coup une vision complètement différente de la transformation des rapports de production, et donc des tâches dès aujourd’hui dans la lutte des classes pour empêcher cette réapparition.

–  Que penser du culte de la personnalité autour de Mao ? La première chose à rappeler c’est que Mao était contre. Il l’a répété à plusieurs reprises, c’est Lin Piao qui l’a développé avec l’objectif à peine masqué de déifier et placer Mao sur un piédestal, en le retirant ainsi du terrain politique de la lutte des classes. Le Petit livre rouge ressemble à un assemblage de « punchlines » comme on dirait aujourd’hui, qui dépolitisent en fait le débat en restreignant la réflexion à quelques formules choc.
Il y a besoin de dirigeants reconnus pour tirer en avant le mouvement communiste, mais il ne faut certainement pas en faire des idoles intouchables.

–  Pourquoi la Révolution chinoise et la révolution culturelle ont échoué ? C’était l’appel à la réunion publique, sans doute de manière un peu présomptueuse de notre part. Le débat a permis d’ouvrir plusieurs pistes, qu’il faudra que le mouvement maoïste approfondisse à l’avenir :
• La nature de la Chine, pays essentiellement rural, peu développé, avec une classe ouvrière extrêmement faible à la création de la République Populaire de Chine en 1949. Même en 1956, pour le 8ème congrès du PCC elle ne représente que 1,7% de la population active, et encore seulement 14% dans le PCC supposé être un parti prolétarien. Même si elle va ensuite se développer durant le Grand Bond en avant, sa faiblesse numérique et politique était réelle. C’est une des raisons qui a empêché la généralisation à tout le pays de l’exemple de la Commune de Shanghai pendant la Révolution Culturelle.
Cela dit, la direction prolétarienne ne tient pas mécaniquement qu’à l’appartenance de classe, et la question est aussi posée de l’éducation proprement communiste des cadres du PCC au-delà de la Démocratie Nouvelle, malgré les nombreuses remarques et alertes de Mao Zedong à ce propos.
On peut aussi rappeler à ce propos les dernières phrases du Manifeste de Marx à propos de l’Allemagne : « le Parti Communiste lutte d’accord avec la bourgeoisie toutes les fois qu’elle agit révolutionnairement contre la monarchie absolue, la propriété foncière féodale, la petite bourgeoisie.
Mais à aucun moment il ne néglige d’éveiller chez les ouvriers une conscience claire et nette de l’antagonisme violent qui existe entre la bourgeoisie et le prolétariat afin que, l’heure venue, les ouvriers (allemands) sachent convertir les conditions politiques et sociales, créées par le régime bourgeois, en autant d’armes contre la bourgeoisie, afin que, sitôt détruites les classes réactionnaires (de l’Allemagne), la lutte puisse s’engager contre la bourgeoisie elle-même. »

• La compréhension tardive des difficultés et erreurs de l’expérience soviétique, et du coup la surestimation de ses propres forces et la sous-estimation de l’influence de la voie capitaliste. Comme on dit, quand on réalise quelque chose, c’est souvent un peu tard… Mais en même temps la compréhension juste du monde n’est pas magique, le processus de la connaissance est parfois trop lent au regard des développements objectifs. Pourtant, le travail théorique était important !
• L’appui sur l’armée considérée comme essentiellement révolutionnaire du fait de son rôle glorieux durant la Longue Marche et la guerre antijaponaise, associé aux craintes d’invasion américaine. L’armée est restée le seul appareil d’Etat stable durant ces années. Pourtant, elle s’inscrit dans la division sociale du travail dans la société, et comme l’a rappelé un camarade, et c’est un peu étrange de s’appuyer sur un appareil d’Etat pour combattre l’Etat. L’armée a ainsi été préservée durant la Révolution Culturelle, même si Mao reconnaissait qu’elle était également traversée par la lutte de ligne. Malheureusement il existe peu d’études marxistes étudiant le rôle contradictoire de l’Armée Populaire de Libération durant les diverses étapes de la Révolution Chinoise, en particulier durant les dernières années. Tout au plus peut-on noter que Lin Biao, fidèle lieutenant de Mao, militaire de haut rang, est mort de manière confuse en s’enfuyant en Union Soviétique en 1971…
Quelques pistes, mais un gros travail reste à faire !

–  Comment comprendre la révolte de la jeunesse durant la Révolution Culturelle et quelle leçon pour aujourd’hui ? La Révolution Culturelle a été lancée par Mao, minoritaire dans le PCC suite aux erreurs du Grand Bond en Avant. Face à la voie capitaliste de Liu Shaoqi et Deng Xiaoping, il lance la jeunesse à l’assaut sous le mot d’ordre « Feu sur le Quartier Général ! ». Le développement foudroyant des Gardes Rouges a été tout sauf simple et pacifique, on peut dire que c’était « un vrai bordel » avec beaucoup d’excès, avec des dizaines de groupes et factions qui se combattaient, de l’extrême gauche à la droite, dans une grande confusion. La leçon est, elle, simple : la révolte contre l’ordre établi, aussi radicale soit-elle n’est pas spontanément révolutionnaire. Il y a la nécessité impérative d’une direction politique, de directives et de formation, pour y voir clair dans les méandres confus de la lutte des classes. La leçon est toujours bonne pour aujourd’hui !

–  La vidéo introductive se termine par « Les dix leçons de la Révolution Culturelle », selon notre organisation. La leçon N°9 a intrigué un participant : « Il faut en finir avec l’hyperconcentration de l’espace capitaliste » et il a demandé de développer un peu. La réponse n’a pas été complète, mais c’est l’exemple des Communes Populaires qui illustre le mieux la tendance. Créées durant le Grand Bond en Avant, elles deviennent le fer de lance de la Révolution avec plusieurs objectifs : le développement du socialisme dans le monde rural, la réduction de la différence entre ville et campagne en permettant le développement d’unités globales d’habitation, de production, d’industrie et agricole, autonomes politiquement tout en étant reliées au plan général économique et politique de la Chine Populaire. C’est une première réponse aux mégalopoles impérialistes, une « déconcentration » et une décentralisation de l’espace dont il faudra s’inspirer à l’avenir.

–  Peu de questions sur la La Chine contemporaine, sinon pour affirmer avec force que contrairement à tous les campistes, Voie Prolétarienne considère la Chine actuelle comme un pays capitaliste et impérialiste, et que son opposition (réelle) à d’autres puissances impérialistes ne lui donne aucun caractère progressiste…
On a souligné aussi la réapparition d’un mouvement maoïste en Chine même, qui se revendique de la Chine maoïste et de la Révolution Culturelle. Pour l’instant ce sont de petits groupes éparpillés, mais c’est une tendance de fond. Par exemple le 9 septembre, à l’occasion du 50ᵉ anniversaire de la mort de Mao Zedong, des jeunes se sont rassemblés à Shaoshan, sa ville natale, pour commémorer son héritage politique. Ils brandissaient notamment une banderole affirmant que les dernières années de Mao constituaient un chapitre majeur du marxisme-léninisme et scandaient des slogans en faveur de la classe ouvrière, de la poursuite de son héritage et de la révolution. Les forces de sécurité chinoises sont intervenues contre les participants et ont notamment ciblé la banderole. Par ailleurs, on voit apparaître dans plusieurs pays, USA, Canada, Allemagne des militants chinois binationaux qui livrent leurs analyses, parfois très intéressantes et peuvent rejoindre les positions de VP, comme « Repenser le socialisme » de Deng-yuan Hsu et Pao-yu Ching publié aux USA.

Bref, on le voit, une réunion dense et intense ! Impossible bien sûr de tout approfondir lors d’une telle réunion et de son compte rendu. Nous renvoyons aux nombreux articles du site, que vous pouvez retrouver en particulier sous les mots clés « Chine maoïste » ou « Staline ». Et bien sûr nous sommes prêts à animer de telles rencontres à la demande, sur le même canevas que celui développé à Paris.
Enfin, tous les documents disponibles sur la table de presse lors de la réunion publique, livre sur la Commune de Shanghai, brochure « Le maoïsme notre arme de combat », le dossier Mao, ou autre, sont toujours en vente sur notre site !